Covid-19 : les Français se relâchent en vacances, les autorités tirent le signal d'alarme

Covid-19 : les Français se relâchent en vacances, les autorités tirent le signal d'alarme
La rue principale du Touquet (Pas-de-Calais), le 27 juin.

, publié le samedi 25 juillet 2020 à 08h00

Les autorités sanitaires, Santé publique France et la Direction générale de la Santé, soulignent que le virus circule toujours, sur l'ensemble du pays, et mettent en garde contre le risque de transmission durant les réunions de famille et autres rassemblements, publics ou privés. 

Les images de rues et de plages bondées, comme un été normal, inquiètent. Et vont de paire avec les signaux d'une reprise de l'épidémie.

La progression de la transmission du virus augmente depuis trois semaines consécutives et cette "augmentation s'intensifie", a indiqué Santé Publique France dans son rapport épidémiologique hebdomadaire du 23 juillet. 




"Cette tendance de fond indique que nos habitudes récentes" (relâchement de l'application des gestes barrière, augmentation du nombre de contacts à risques...) "favorisent la circulation du virus depuis déjà plusieurs semaines", souligne la DGS dans un communiqué. "Une attention particulière mérite d'être portée sur les clusters survenant dans les milieux familiaux élargis (plusieurs foyers familiaux concernés) ainsi que les événements et rassemblements temporaires de personnes, alerte Santé publique France. Ces clusters, qui représentent respectivement 15% et 12% des clusters investigués, sont susceptibles d'augmenter au cours de la période estivale". 


- Le "R effectif" repassé au-dessus de 1

Au niveau national, le taux de reproduction effectif du virus (ou "R effectif", basé sur les tests virologiques positifs) est repassé légèrement au-dessus de 1 depuis la première semaine de juillet, et se situe actuellement à environ 1,30, selon Santé publique France, un "niveau comparable" à celui de la fin de la période du confinement. 



Cela signifie que chaque malade du Covid-19 contamine en moyenne 1,3 autre personne, ce qui va dans le sens d'une tendance à l'augmentation de la circulation du virus. Il dépasse le seuil de 1 dans huit régions de France métropolitaine sur 12, selon des données de l'agence sanitaire, atteignant même 1,55 en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, 2,62 en Bretagne et 2,9 en Nouvelle-Aquitaine. 

Au pic de l'épidémie, en France, le taux avait dépassé 3 avant de retomber autour de 0,5 après les mesures de confinement. L'enjeu est de le maintenir en dessous de 1 pour que le nombre de nouveaux cas continue de diminuer.




Le taux de reproduction est "un des paramètres importants pour évaluer la dynamique de la transmission du virus", mais il peut aussi "être influencé artificiellement à la hausse" : par exemple une action de dépistage massif après la détection d'un cluster peut faire "augmenter ponctuellement" ce taux "sans pour autant qu'il y ait une réelle intensification de la circulation du virus", nuance toutefois Santé publique France. 



En revanche, un autre indicateur - le nombre de cas détectés en une semaine pour 100.000 habitants - progresse dans d'autres endroits et se situe au-dessus du seuil de vigilance, fixé à 10 cas pour 100.000 habitants, dans sept départements de France métropolitaine (la Mayenne, les Vosges, le Finistère, le Val d'Oise, le Haut-Rhin, Paris et la Seine-Saint-Denis). Il est même au-dessus du seuil d'alerte (de 50 pour 100.000) en Mayenne. 



Un point illustre le relâchement récent des Français : "alors qu'il y a un mois, les enquêtes épidémiologiques retrouvaient en moyenne deux sujets contact par personne contaminée, aujourd'hui on est plutôt un peu au-dessus de quatre", alerte le directeur général de la Santé Jérôme Salomon. 

- Respecter les gestes barrière même en famille

Mardi, la préfète de Bretagne Michèle Kirry a mis l'accent sur la nécessité de respecter les gestes barrières lors des rassemblements et fêtes privés. "Ce qui est sans doute plus difficile à comprendre", a-t-elle reconnu, donnant l'exemple d'un cluster qui s'est formé lors d'une fête qui a rassemblé environ 200 personnes.




L'épidémie de coronavirus a fait 30.182 morts en France, selon les chiffres de la Direction générale de la Santé (DGS) jeudi 23 juillet. A l'occasion des vacances, "les déplacements, événements et regroupements familiaux ou amicaux, sont des facteurs susceptibles de favoriser la reprise de l'épidémie", souligne la DGS. 

- 209 foyers actifs 

"Le virus circule sur l'ensemble du territoire national, comme le montre le nombre de clusters (570 cas groupés)", note la DGS. "Cette période estivale et festive est plus propice à la circulation du virus localement et entre les régions, et rend plus difficile la gestion de l'épidémie", avertit encore cette instance sanitaire. 

"Il convient en cette période estivale de ne pas relâcher nos efforts", insiste la DGS, qui appelle à appliquer les gestes barrière : "mettre un masque grand public dans tous les lieux clos, se tenir éloignés d'au moins un mètre, ne pas se serrer la main, éternuer dans son coude, se laver les mains fréquemment, protéger les personnes âgées et fragiles."

Il y avait 209 foyers encore actifs au 23 juillet. Dans le détail, sur ces 209 clusters, 66 sont considérés comme "maîtrisés", ce qui signifie que le suivi des contacts est en cours et qu'il n'y a pas de nouveaux cas 7 jours après le dernier connu, a précisé le ministère de la Santé à l'AFP. 

- "Inquiétant" 

Un cluster est défini par la survenue d'au moins trois cas confirmés ou probables, dans une période de 7 jours,  qui appartiennent à une même communauté ou ont participé à un même rassemblement. Les clusters clôturés signifient qu'aucun nouveau cas n'y a été constaté "14 jours après la date de début des signes du dernier cas et la fin de la quatorzaine de tous les contacts".

"Nous constatons qu'il y a des signes inquiétants de reprise épidémique sur le territoire national", a de son côté averti le ministre de la Santé Olivier Véran lundi. Toutefois, "à ce stade, nous sommes très loin de la deuxième vague". 

"On est sur une ligne de crête un peu instable. Les chiffres ne sont pas bons, ils sont inquiétants", a martelé le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy, mardi sur RMC-BFMTV

- Le port du masque, "indispensable" 

"Aucun des indicateurs n'est totalement au rouge. On voit très bien comment la France peut rester sur cette ligne de crête avec difficulté pour les semaines qui viennent, en étant très armée, en utilisant les tests, en entourant les clusters de façon très massive, ou au contraire basculer dans quelque chose qui ressemblerait plus à l'Espagne, à la Catalogne", où plusieurs villes, dont Barcelone, ont été reconfinées, a estimé le président du Conseil scientifique.

Selon lui, le décret sur le port du masque obligatoire dans les lieux clos "était indispensable". "Il est frappant de voir que les Français ont perdu les grandes notions de distanciation, de grande précaution", a-t-il souligné, en admettant que ce relâchement pouvait se comprendre. 

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