Covid-19 : "Le système de santé publique n'était pas prêt à un tel tsunami", estime Jean-François Delfraissy

Covid-19 : "Le système de santé publique n'était pas prêt à un tel tsunami", estime Jean-François Delfraissy
Jean-François Delfraissy, le 15 septembre 2020 devant la commission d'enquête du Sénat.

, publié le mardi 15 septembre 2020 à 14h48

Auditionné devant la commission d'enquête sénatoriale mardi 15 septembre, le président du Conseil scientifique a mis en garde contre la "fatigue" du système de soins français en cas de deuxième vague.


La crise sanitaire liée au Covid-19 a été "une crise sans précédent", a martelé mardi matin devant la comission d'enquête sénatoriale le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy, alors que l'épidémie, qui a fait près de 31.000 morts en France, connaît un regain d'intensité. Et pour l'immunologue, "le système de santé publique et de vision de santé publique français n'était pas prêt à un tel tsunami".

Le scientifique a par ailleurs mis en garde contre la "fatigue" du système de soins français en cas de deuxième vague.

"Les soignants français ont une capacité à répondre. Ils l'ont fait une fois, je ne suis pas sûr qu'ils puissent le faire une deuxième fois. Ils sont dans une fatigue générale, une lassitude", a souligné le médecin. "Il faut faire très attention à ça. (...) Cet exemple extraordinaire s'est produit en mars-avril. Il y aura une grande difficulté si on avait besoin de revenir à des choses difficiles et à ce que le modèle hospitalier réponde aux besoins", a-t-il insisté.

Le scientifique a également formulé un regret sur la mauvaise prise en charge de l'épidémie dans les Ehpad, qui ont payé un lourd tribut. "Je voudrais faire part d'un regret que j'ai dans notre gestion de la crise : c'est ce qu'il s'est passé dans les Ehpad", a-t-il déploré, expliquant qu'ils s'étaient rendu compte qu'ils étaient beaucoup moins médicalisés qu'ils ne le pensaient. "S'il y avait une reprise du virus dans les semaines ou les mois qui viennent, qu'on ne recommence pas ce qu'il s'est passé, il faut qu'on soit prêt", a-t-il insisté. 




Devant les sénateurs, Jean-François Delfraissy a également défendu le rôle du Conseil scientifique. "Nous ne sommes pas des énarques, nous ne sommes pas des hauts-fonctionnaires qui doivent répondre à l'ordre politique. Nous sommes des médecins et scientifiques sans relations hiérarchiques, y compris au plus haut niveau de l'Etat", a-t-il fait valoir, tout en reconnaissant une "grande facilité de parole". 

"Le Conseil scientifique est dans son rôle, qui est technique", mais c'est aux dirigeants politiques de "prendre des décisions", avait rappelé Emmanuel Macron la semaine dernière, alors que le président du Conseil scientifique entrevoyait la prise de "décisions difficiles" de la part du gouvernement."La science se construit sur les incertitudes", a répondu M. Delfraissy mardi matin. 

Les auditions vont se poursuivre jusqu'à la fin de la semaine. La commission doit notamment recevoir le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, ainsi que Marisol Touraine et Roselyne Bachelot, les anciennes ministres de la Santé, et le professeur Didier Raoult. 

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