Covid-19 : "Le risque d'une troisième vague existe", préviennent les spécialistes

Covid-19 : "Le risque d'une troisième vague existe", préviennent les spécialistes©Lionel BONAVENTURE / AFP
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, publié le samedi 28 novembre 2020 à 09h53

L'assouplissement des mesures de confinement mis en place pour permettre aux Français de passer les fêtes en famille fait craindre aux experts une troisième vague début 2021. Ils insistent sur l'importance de ne pas relâcher les efforts. 




Un mois après la mise en place du reconfinement pour faire face à la deuxième vague de Covid-19, la première phase de l'assouplissement des mesures débute ce samedi 28 novembre, avec notamment la réouverture des magasins. Une deuxième phase doit entrer en vigueur le 15 décembre avec la levée du confinement, remplacé par un couvre-feu, si les indicateurs sanitaires continuent à s'améliorer. 

C'était le cas vendredi avec un passage sous le cap des 4.000 patients en réanimation, à 3.871 personnes.

Le nombre de personnes hospitalisées, 28.620, est aussi en baisse sur 24 heures, tout comme le nombre de nouveaux cas de Covid. Le nombre des décès était en revanche en hausse avec 396 victimes du Covid-19 à l'hôpital en 24 heures, soit près de 52.000 personnes au total depuis le début de l'épidémie. Si la situation épidémique se maintient après les fêtes de fin d'année, à savoir rester sous le seuil de 5.000 nouveaux cas par jour et 2.500 à 3.000 personnes en réanimation, le couvre-feu pourrait prendre fin le 20 janvier et les restaurants rouvrir. 

Mais le risque d'une troisième vague de Covid-19 est encore réel. "Psychologiquement on ne pourra pas résister à une troisième vague et à un troisième confinement, avec les gens qui sont fatigués, qui n'en peuvent plus", prévient auprès de l'AFP le professeur de santé publique au CHU de Lille, Philippe Amouyel. Pourtant, "le risque existe", ajoute-t-il aussitôt, en repérant "deux événements critiques : le Black Friday" vendredi 4 décembre, qui fait craindre une ruée dans les magasins, puis la période "du 24 décembre au 1er janvier", avec les fêtes de Noël et du jour de l'An. "Parce que vous n'allez pas pouvoir empêcher les gens de se voir, surtout qu'ils sortent d'un confinement et qu'ils en ont souffert".

La réouverture des commerces "va avoir pour effet de ralentir la baisse"

"Si les restrictions sont levées le 20 janvier", comme l'a annoncé Emmanuel Macron, "et que le niveau de circulation du virus, à ce moment-là, est proche de celui du mois d'octobre, la troisième vague risque d'arriver assez vite", analyse aussi Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l'université de Montpellier.

Dès ce week-end, les commerces comme les librairies, les magasins de jouets ou les coiffeurs peuvent rouvrir. "C'est une première inconnue. Vraisemblablement, cela va avoir pour effet de ralentir la baisse" du nombre de nouveaux cas, estime Mircea Sofonea. La situation reste "fragile" et "il ne faut pas confondre le pic et la fin d'une épidémie", souligne Laëtitia Huiart, directrice scientifique à Santé publique France, où l'on insiste sur la nécessité de maintenir les gestes barrière et la distanciation sociale.

La question de l'isolement des cas positifs et du dépistage massif

Au-delà de ces mesures de protection, il y a urgence à améliorer les autres leviers, notamment pour mieux dépister et isoler les cas positifs, font valoir les experts de la santé interrogés par l'AFP. Témoin de cette difficulté, un peu plus de 23% seulement des nouveaux cas de Covid-19 sont aujourd'hui des cas déjà identifiés comme contact d'un précédent cas positif, selon les données hebdomadaires de Santé publique France. Philippe Amouyel regrette que le gouvernement ne lance pas un dépistage de la population toute entière avant les fêtes de Noël, même si le ministère de la Santé n'exclut pas une opération ciblée localement. "On sait que le virus va forcément circuler plus vite à Noël, cela permettrait de partir de plus bas", juge-t-il.

Autre outil, l'application Tousanticovid a pour l'instant été téléchargée par 9,8 millions d'utilisateurs, un meilleur bilan que son ancêtre, StopCovid. Mais à ce jour, l'appli n'a envoyé que 14.000 notifications à de potentiels cas contacts, un chiffre relativement faible.

Enfin, le gouvernement a promis de rendre plus effectif l'isolement des cas positifs, mais il doit encore présenter un projet de loi sur le sujet et trouver le juste équilibre entre la contrainte et l'accompagnement des malades.

"Si on veut éviter une 3e vague, il faut que tout le reste fonctionne : que l'on aide les malades à rester isolés, qu'on accélère les tests, qu'on maintienne tous les gestes barrières, qu'on responsabilise les gens", énumère Philippe Amouyel, pour qui "c'est plus que jamais le moment de mettre en oeuvre le 'en même temps' cher au président" Emmanuel Macron.

Et les vaccins ?

Après les annonces de Pfizer, Moderna et AstraZeneca sur l'efficacité de leur vaccin anti-Covid, Emmanuel Macron a annoncé mardi soir qu'une campagne de vaccination débuterait en France "dès fin décembre, début janvier" pour "les personnes les plus fragiles". La stratégie vaccinale française sera présentée la semaine prochaine par le gouvernement, a précisé jeudi le Premier ministre Jean Castex.

L'arrivée prochaine de vaccins contre le Covid-19 devrait permettre le retour à "une vie normale" à "l'automne" 2021, à condition que "80% à 90%" de la population française se fasse vacciner, a estimé jeudi l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique. Un tel niveau de couverture représente "un objectif extrêmement ambitieux compte tenu de la défiance qui existe aujourd'hui vis-à-vis des vaccins", a-t-il toutefois souligné.

Arnaud Fontanet a aussi averti que l'espoir mis dans les vaccins en développement restait conditionné à "une série de 'si'": que les résultats communiqués par les laboratoires "soient confirmés par des publications scientifiques", que la durée de l'immunité induite soit suffisante, qu'ils marchent chez les personnes âgées et à condition de "s'assurer qu'il n'y a pas d'effets indésirables graves ou qu'ils restent exceptionnels".
 

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