Covid-19 : le "lourd tribut" payé par les étudiants en "situation d'isolement, de solitude, de difficultés pédagogiques"

Covid-19 : le "lourd tribut" payé par les étudiants en "situation d'isolement, de solitude, de difficultés pédagogiques"
Un professeur donne un cours en extérieur à ses étudiants de La Roche-sur-Yon, en décembre 2020.

publié le mardi 12 janvier 2021 à 22h40

Les représentants de la communauté universitaire vont être reçus vendredi par le Premier ministre Jean Castex.

Moins malades du Covid-19, mais frappés par ses conséquences sociales, éducatives ou psychologiques : le "lourd tribut" payé par les jeunes à la crise sanitaire a été reconnu unanimement mardi 12 janvier par les députés, lors du premier débat de 2021 à l'Assemblée. 



Présidents d'université, syndicats d'étudiants, professeurs ou élèves, ils sont nombreux à tirer la sonnette d'alarme.

Un collectif d'étudiants de Mulhouse (Haut-Rhin) a adressé dimanche une lettre à Emmanuel Macron, l'appelant à entendre leurs "appels à l'aide" et réclamant un "retour en présentiel dans les plus brefs délais" pour "sauver ce qui reste à sauver".

A Lyon, le GAELIS (Groupement des associations et élu.e.s étudiant.e.s de Lyon) veut faire de la santé mentale des étudiants une urgence nationale après la tentative de suicide d'un étudiant en droit, dans la nuit de vendredi à samedi à Villeurbanne. Le président de l'université Lyon 3 Eric Carpano a également appelé mardi à "une prise de conscience nationale" et à un plan d'urgence pour la santé mentale des étudiants alors que les cours en présentiel sont suspendus depuis près de dix mois.

Des représentants de la communauté universitaire reçus vendredi par Jean Castex

Etudiants démoralisés par l'isolement, "petits boulots" qui disparaissent, accès à l'emploi encore plus incertain... beaucoup de jeunes connaissent une situation de "souffrance et d'interrogation" inédite, a souligné Sylvie Charrière (LREM). "Les dégâts de la crise sur certains jeunes risquent d'être durables", s'est alarmé pour sa part Stéphane Viry (LR).

Le Premier ministre Jean Castex, présent juste avant le débat pour les questions au gouvernement, a évoqué devant les députés le "lourd tribut" payé en particulier par les étudiants en "situation d'isolement, de solitude, de difficultés pédagogiques". Le chef du gouvernement a annoncé qu'il recevrait dès vendredi les représentants de la communauté universitaire, tout en précisant que la situation sanitaire laissait "peu de marge de manoeuvre".



La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a promis "des solutions pour l'ensemble de ces jeunes" étudiants en difficulté, des parlementaires évoquant des risques psychiques pouvant aller jusqu'à la tentative de suicide. Sur RTL mardi soir, la ministre a annoncé un "doublement du nombre de psychologues dans les établissements". "Nous allons aussi recruter des assistantes sociales, parce que nous avons doublé les aides d'urgence, elles sont portées à plus de 50 millions pour l'année 2021", a-t-elle détaillé. La ministre a également annoncé le recrutement supplémentaire de "20.000 tuteurs dans les universités", "des étudiants pour aider les étudiants, qui font des cours de rattrapage, des aides pour leurs travaux dirigés".

Un rapport parlementaire issu d'une commission d'enquête, présenté en décembre par l'ancienne ministre communiste Marie-George Buffet, avait déjà tiré la sonnette d'alarme en soulignant qu'enfants et jeunes, bien que peu malades du Covid-19, subissaient "de plein fouet" la crise sanitaire sur le plan psychologique, social ou matériel.

Les moyens consacrés à la jeunesse triplés 

Ce "débat sur le plan gouvernemental en faveur de la jeunesse", sans vote, avait été proposé par le groupe LREM pour la reprise des travaux dans l'hémicycle en ce début d'année, dans le cadre d'une "semaine de contrôle" de l'action gouvernementale.

Les députés de la majorité comme la ministre du Travail Elisabeth Borne ont souligné que le plan "un jeune, une solution" lancé en juillet avec 6,5 milliards d'euros à la clé, permettait de tripler les moyens consacrés à la jeunesse en difficulté. Sa mesure phare consiste en une aide à l'embauche versée aux entreprises. "Cette stratégie est en train de porter ses fruits", a estimé la ministre. Elisabeth Borne a notamment souligné une année 2020 "historique" pour l'apprentissage avec un nombre record de 440.000 contrats signés.

Fin novembre, dans le cadre de ce plan, le gouvernement a annoncé le doublement du nombre de bénéficiaires de la Garantie jeunes en 2021 à 200.000. Une formule axée sur l'insertion, préférable selon lui à une extension du RSA aux moins de 25 ans prônée par la gauche. Le gouvernement en a aussi étendu le principe à d'autres dispositifs : les jeunes entrant sur le marché du travail pourront bénéficier d'un accompagnement intensif à Pôle emploi - pour 240.000 d'entre eux - ou d'un atelier "Objectif 1er emploi", via l'Apec.

Divergences concernant la réponse gouvernementale 

Comme de nombreux orateurs de l'opposition, le député (app. PS) Régis Juanico a toutefois déploré un "plan insuffisant" pour répondre aux difficultés de jeunes qui sont depuis des années déjà "devenus une variable d'ajustement". "Les tentatives de suicide se multiplient" parmi eux, s'est-il alarmé, en relevant que la France ne compte par exemple qu'un psychologue pour 30.000 étudiants. Le communiste Hubert Wulfranc s'est aussi indigné du manque de moyens des médecins scolaires, en première ligne pour répondre aux difficultés des enfants mais qui sont "en déficit chronique et isolés sur le terrain".

François Ruffin (LFI) a quant à lui pressé le gouvernement de "rouvrir les amphis" pour redonner espoir aux étudiants. Elisabeth Borne lui a fait observer qu'ils étaient aussi fermés partout en Europe pour les mêmes raisons sanitaires.

Soucieux de ne pas tenir qu'un discours pessimiste à l'égard des jeunes, plusieurs intervenants ont également salué l'engagement civique et associatif de nombre d'entre eux face à la crise. Elodie Jacquier-Laforge (Modem) a souligné "le courage et la résilience des jeunes Français" face à la pandémie et ses conséquences.
 

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