Covid-19 : le lourd tribut des personnes immunodéprimées

Covid-19 : le lourd tribut des personnes immunodéprimées©Richard BOUHET / AFP

publié le mardi 04 janvier 2022 à 15h20

En cas de contamination, la mortalité des personnes immunodéprimées, peu ou pas réceptives aux vaccins, est très élevée, de l'ordre de 15 à 20% selon les associations.

Ils sont environ 300.000 en France. Greffés, dialysés, transplantés, atteints de certains cancers ou prenant des traitements qui affaiblissent leur système immunitaire, les immunodéprimés vivent avec la peur d'attraper le Covid, parfois terrés chez eux.

Peu ou pas réceptifs aux vaccins, ils payent un lourd tribut à la pandémie et occupent un quart des lits en réanimation, malgré leurs précautions.

Ces immunodéprimés sont depuis le début de la crise du Covid-19 considérés comme "à très haut risque". L'arrivée du variant Omicron, extrêmement contagieux, n'a rien arrangé. Delphine Blanchard, greffée du rein mais qui a toujours besoin de dialyses, n'a vu personne depuis deux mois, hormis son mari et du personnel médical. "J'ai 44 ans, je n'ai pas envie de mourir", confie-t-elle à l'AFP. "Je me déplace deux fois par semaine pour ma dialyse, c'est tout". Quasiment "auto-confinée" chez elle, elle vit dans la hantise d'être contaminée par "Omicron, au sujet duquel on sait très peu de choses".



Comme beaucoup de personnes immunodéprimées, les vaccins ne sont pas efficaces sur elle. "J'ai déjà reçu quatre doses mais ça ne marche pas, alors on s'est arrêté là", explique-t-elle. Pour environ 30% de cette population, la vaccination n'apporte aucun anticorps. Et "quand des anticorps sont produits, la protection conférée par les vaccins reste bien inférieure au reste de la population", souligne Yvanie Caillé, fondatrice de Renaloo, une association de patients atteints de maladies rénales.

En cas de contamination, la mortalité des personnes immunodéprimées est très élevée, de l'ordre de 15 à 20% selon les associations. Malgré leurs précautions, elles occupent actuellement environ un quart des lits de réanimation, aux côtés des non-vaccinés essentiellement.

Face à ce constat, six présidents d'associations ont exhorté ce week-end dans Le JDD le président Emmanuel Macron à tout faire pour "protéger les plus fragiles". "Ces personnes vivent recluses ou dans un stress permanent, beaucoup sont en dépression", témoigne Jean-Marc Charrel, président de l'association France Rein. 

À 73 ans, greffé et recevant un traitement immunosuppresseur (qui diminue l'activité du système immunitaire pour éviter le rejet de la greffe), Jean-Marc Charrel a "la chance de bien répondre aux vaccins". Mais Omicron l'inquiète. "J'ai peur de le choper, je viens d'acheter un stock de masques FFP2", ajoute-t-il. Les associations de malades souhaiteraient une prise en charge intégrale de ces masques, qui protègent davantage que les chirurgicaux mais sont plus chers.

"L'un des moyens d'augmenter la protection serait que tout le monde se vaccine", plaide aussi Yvanie Caillé. À maintes reprises, Alain Fischer, le Monsieur vaccin du gouvernement, a martelé que "la sécurité des personnes les plus fragiles dépendait des autres", appelant à la vaccination au nom d'une "solidarité entre citoyens d'un même pays".

L'accès aux traitements préventifs reste aussi un talon d'Achille de la lutte contre le Covid pour les plus fragiles, selon les associations. "En théorie, on oriente les personnes immunodéprimées chez qui le vaccin n'est pas efficace vers des anticorps monoclonaux", explique Éric Buleux, président de la fédération Transhépate, des transplantés du foie. "Mais en pratique, c'est très compliqué", ajoute-t-il.

Le Ronapreve (laboratoires Roche et Regeneron) administré à titre préventif via une perfusion en intraveineuse a été jugé trop lourd par certains hôpitaux. En outre, selon des résultats préliminaires dévoilés fin décembre par l'agence de recherche ANRS/Maladies infectieuses émergentes, ce traitement semble avoir perdu son efficacité face à Omicron.

Un autre traitement par anticorps, l'Evusheld d'AstraZeneca, dont l'accès précoce vient d'être rendu possible, doit être mis en place en urgence, plaident les associations. "Il faut faire cet effort logistique", demande Pierre Foucaud, le président de Vaincre la mucoviscidose, prônant une administration via "un dispositif de soins à domicile comme c'est le cas en Angleterre et dans l'État de New York". "Cette population est actuellement sur-représentée dans les services de réanimation, on a les moyens de l'éviter", estime-t-il.

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