Covid-19 : le cap des 100.000 décès franchi depuis des semaines selon l'Inserm

Covid-19 : le cap des 100.000 décès franchi depuis des semaines selon l'Inserm
Une victime du Covid le 5 avril 2021 à Mulhouse.
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publié le jeudi 15 avril 2021 à 11h40

Les chiffres de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) s'appuient sur l'ensemble des certificats de décès pour établir son bilan du nombre de décès dus à la crise sanitaire en France, contrairement à Santé publique France qui ne décompte par les décès à domicile.  

La France s'apprête à dépasser le lourd bilan de 100.000 morts depuis le début de l'épidémie de Covid-19 selon les chiffres de Santé Publique France (SPF).

Toutefois, selon les données du centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès de l'Inserm (CépiDc), ce cap symbolique des 100.000 morts serait franchi depuis plusieurs semaines déjà. Les chiffres du CépiDc, vendredi 9 avril, communiqués lors d'un séminaire en ligne sur la mortalité du Covid-19, s'appuient sur l'ensemble des certificats de décès remplis par les médecins.




Selon Le Monde, qui a rapporté l'information mercredi 14 avril, ces chiffres, plus fiables, permettent de mieux connaître les défunts - sexe, tranche d'âge, zone géographique et lieu du décès (hôpital, domicile...). "Pour la période allant du 1er mars au 31 décembre 2020, il y a déjà 75 732 certificats mentionnant le Covid-19 comme cause initiale ou associée de la mort, a détaillé le démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine, également conseiller scientifique auprès de la direction de l'Institut national d'études démographiques (INED). Au 31 décembre 2020, le tableau de bord de l'épidémie de SPF faisait, lui, état de 64 632 décès, 44 852 dans les hôpitaux et 19 780 dans les Ehpad [établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes] et autres établissements médico-sociaux".

Une surveillance avec des "angles morts"

Au 31 décembre 2020, le CépiDc qui prend également en compte les décès à domicile, comptait déjà plus de 11 000 décès de plus que Santé publique France. Depuis 2021 et l'arrivée de la troisième vague toujours en cours, l'écart a dû continuer à se creuser, puisque SPF ne prend en compte que les décès dans les hôpitaux et Si-Vic (système d'information pour le suivi des victimes d'attentats et de situations sanitaires exceptionnelles) et les remontées des Ehpad et de l'ensemble des établissements médico-sociaux. L'écart avec les chiffres de l'Insee se resserre toutefois avec 68 000 décès recensés. 


"Cette surveillance comporte plusieurs angles morts, explique au Monde Jean-Marie Robine. D'abord, elle ne tient pas compte des morts à domicile. Ensuite, Si-Vic ne comptabilise pas les décès dans les unités de soins de longue durée (USLD), soit 30 000 lits d'hôpitaux en France. Or, les patients des USLD sont particulièrement fragiles et sensibles aux maladies opportunistes. Les décès survenant aux urgences, dans les services de psychiatrie et de soins de suite et de réadaptation ne sont pas bien dénombrés, ce qui sous-estime beaucoup de cas nosocomiaux." Quant à l'Insee, les chiffres sont exhaustifs mais faussés car ne prenant pas en compte les causes du décès.  

Depuis 2003 et la surmortalité due à la canicule, Jean-Marie Robine plaide pour un recours systématique au certificat électronique. "Dans cette épidémie, on devrait pouvoir communiquer avec fiabilité sur les décès de la veille. La solution serait simple : rendre obligatoire pour tout médecin la certification électronique des décès dans les quarante-huit heures", demande le scientifique.

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