Covid-19 : la situation dans les hôpitaux franciliens bientôt "hors de contrôle" ?

Covid-19 : la situation dans les hôpitaux franciliens bientôt "hors de contrôle" ?
Des malades du Covid transférés vers Bordeaux le 14 mars 2021.

, publié le lundi 15 mars 2021 à 10h14

Bruno Riou, directeur médical de crise de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) plaide lundi pour un changement de stratégie contre l'épidémie de coronavirus, estimant que celle actuellement en cours est un "échec relatif". 

"La situation dans les hôpitaux d'Ile-de-France n'est pas encore hors de contrôle, mais elle va l'être. J'entends beaucoup dire qu'une semaine sans confinement est une semaine gagnée, pour mois c'est l'inverse", a estimé lundi Bruno Riou, directeur médical de crise de l'AP-HP, invité de France Inter lundi 15 mars.

"C'est une semaine perdue notamment lorsqu'on considère le nombre de décès, le nombre de patients en réanimation, dont il faut rappeler qu'un sur quatre décédera. Certains vont garder des séquelles", a-t-il ajouté soulignant l'impact du Covid long.




"Le Covid long toucherait un sur dix de ces patients, nous sommes à 4 millions de contamination. Déjà, 400 000 français vont avoir ou auront un Covid long. Et puis il y a tous les patients qui n'ont pas de Covid, pour lesquels les déprogrammations, les non-dépistages de cancer vont poser d'énormes problèmes. Les conséquences sont considérables", juge Bruno Riou. 

Le recours aux transferts mis en cause 

Il a par ailleurs estimé que les transferts de patients vers d'autres régions, qui ont débuté ce week-end depuis l'Ile-de-France, ne permettraient pas de régler la saturation qui menace. "Ces transferts sont destinés à être une soupape de soulagement", a-t-il commenté. Mais "à partir du moment où on n'a pas une vision sur ce qui va se passer dans les semaines (qui viennent), puisqu'il n'y a pas de décisions importantes qui vont modifier la courbe de l'épidémie, on utilise une partie de notre arsenal thérapeutique probablement un peu tôt par rapport au débordement qui risque d'arriver".



Pour lui, ces transferts devraient par ailleurs est moins "massifs" que prévu, les places disponibles dans les autres régions étant limitées et les familles étant réticentes à laisser partir leurs proches.

Selon le Pr. Riou, la pression hospitalière devrait se poursuivre les quinze prochains jours : "En l'absence de décisions importantes, les quinze jours qui viennent en terme d'admission en réanimation sont déjà écrites puisque ce sont les contaminations qui ont lieux maintenant. Toute décision qui sera prise, n'aura d'effet au plus tôt, que dans quinze jours sur les lits de réanimation". 

Le virus anglais plus contagieux et plus grave 

Sur la stratégie mise en place pour lutter contre l'épidémie, elle "a permis de contenir en partie la progression exponentielle, mais reste est un échec relatif parce que le virus a muté. Le virus anglais a des capacités de contagiosité et de gravité plus importantes, il faut donc revoir la stratégie. Nous n'avons pas réussi, ces dernières semaines, à inverser la courbe des contaminations et des admissions en réanimation", souligne le médecin. Sur France Inter, Bruno Riou affirme que l'épidémie progresse "à toute vitesse surtout sur les jeunes, les 20 à 60 ans". 

"Il n'y a que deux traitements qui sont connus comme efficaces aujourd'hui contre l'épidémie, le confinement et la vaccination. Et la vaccination n'aura des effets que dans plusieurs mois alors que là, on raisonne en terme de semaines", a-t-il ajouté.
 

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