Covid-19 : la production de vaccins en France en 5 questions

Covid-19 : la production de vaccins en France en 5 questions©Damien MEYER / AFP

, publié le dimanche 11 avril 2021 à 07h00

La mise en flacons de vaccins anti-Covid a démarré cette semaine, dans une usine en Eure-et-Loir, et plusieurs autres sites vont bientôt lui emboîter le pas. Mais cette étape du conditionnement n'est qu'un chaînon parmi d'autres dans la fabrication des doses, un processus réalisé dans de multiples pays européens.

1) Que font exactement les usines françaises ? 


L'usine Delpharm (Eure-et-Loir) a commencé mercredi 7 avril à mettre en flacons les vaccins du laboratoire allemand BioNTech, partenaire de l'américain Pfizer.

En tout, dans les prochains mois, cinq sites industriels devraient être à pied d'oeuvre pour produire des vaccins en France. Pour autant, il ne faut pas imaginer que des vaccins anti-Covid 19 seront désormais intégralement produits sur le sol français. Les sites concernés sont, pour quatre d'entre eux, des sous-traitants qui vont mettre la dernière main à des vaccins développés par d'autres laboratoires.




Il s'agit d'opérations de remplissage des flacons, d'emballage ou d'aseptisation. Mais les "principes actifs" de ces vaccins - la substance biologique qui les fait fonctionner - seront fabriqués ailleurs, dans l'immédiat, en attendant la mise au point d'un vaccin français.

Le défi logistique reste de taille : "Nous avons acheté 55 congélateurs et cinq tonnes de glace carbonique seront nécessaires pour assurer l'expédition à -70°C  de chaque lot de vaccins", selon Stéphane Lepeu, directeur général délégué de Delpharm, cité par le magazine Challenges.

2) Quels vaccins vont être fabriqués en France ? 

Il s'agira de trois vaccins déjà approuvés par l'Union européenne : Pfizer/BioNTech, Moderna, Johnson and Johnson et CureVac, encore en attente de l'autorisation de mise sur le marché de l'Agence européenne des médicaments. 

Outre Delpharm, le Suédois Recipharm va produire des vaccins pour l'entreprise américaine Moderna, à compter de mi-avril, dans son usine de Monts (Indre-et-Loire). L'entreprise Fareva devrait lancer "fin mai, début juin" la production du vaccin allemand CureVac, dans ses usines de Pau et de Val-de-Reuil (Eure). 

3) Où en est le vaccin de Sanofi ? 

Enfin, Sanofi va produire pour Janssen (filiale de l'Américain Johnson and Johnson), à Marcy-l'Etoile (Rhône), à une date qui reste floue, mais cela pourrait être au début de l'été, selon Bercy. Le géant français pourrait produire à terme son propre vaccin, mais vraisemblablement pas avant le deuxième semestre 2021, si les essais cliniques se révèlent concluants. "Le fait d'avoir un léger retard nous aide aussi à regarder sur quel type de variants il faut qu'on intensifie notre recherche, pour pouvoir arriver en deuxième ligne avec des réponses, y compris sur les variants", a assuré mi-mars le président France du groupe pharmaceutique, Olivier Bogillot.

La France espère, selon Bercy, produire sur son propre sol quelque 250 millions de doses d'ici la fin de l'année, sans compter ces possibles vaccins "maison" de Sanofi. 

4) Où est produit le reste des vaccins ?

Les vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna ont en commun de se baser sur de l'ARN messager. Ils sont respectivement produits dans un site allemand de BioNTech, à Mayence, et chez un partenaire suisse de Moderna, Lonza. 

Cette première étape ne débouche pas tout de suite sur un conditionnement final. Il faut en passer par la "formulation", l'ajout d'autres substances que le principe actif, afin de renforcer sa stabilité et son efficacité. Pour Moderna, c'est Lonza qui s'en occupe en Suisse. Pfizer recourt à l'une de ses propres usines en Belgique, avec le soutien depuis mars d'un nouveau site BioNTech en Allemagne, à Marbourg.

Cas sans précédent, des concurrents de Pfizer, dont le Suisse Novartis et Sanofi dans une usine allemande, ont accepté de lui prêter main forte pour le conditionnement final, respectivement dès le deuxième trimestre et au deuxième semestre. Enfin, le troisième vaccin approuvé dans l'UE, celui d'AstraZeneca, ne compte aucune étape de fabrication en France.

5) Quel intérêt à produire en France ? 

Cette fabrication française ne signifie pas que les Français en profiteront directement. Le nombre de doses distribuées dans chaque pays est régi selon les commandes passées au niveau de l'UE. La France ne peut donc pas s'arroger les vaccins fabriqués sur son territoire. 
Mais l'intérêt pour la France est aussi politique, en démontrant la capacité de ses usines à agir, alors que le gouvernement et les industriels font l'objet de critiques quant à une supposée insuffisance de l'industrie nationale. 

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