Covid-19 : la France pourrait-elle confiner les non vaccinés comme le fait l'Autriche ?

Covid-19 : la France pourrait-elle confiner les non vaccinés comme le fait l'Autriche ?©LUDOVIC MARIN / AFP

publié le lundi 15 novembre 2021 à 13h00

Plusieurs pays européens subissent de plein fouet une cinquième vague. Parmi eux, l'Autriche, qui a décidé de confiner, à partir de ce lundi, les personnes qui n'ont pas été vaccinées contre le Covid-19.

Aux Pays-Bas, où un reconfinement partiel est en vigueur pour trois semaines, il se prolongera pour les non vaccinés. Et en France ? Le nombre de cas continue de grimper. Si les autorités excluent à ce stade de  telles mesures, "toutes les hypothèses sont sur la table". 




"La situation est grave (...). Nous ne prenons pas cette mesure le cœur léger mais malheureusement elle est nécessaire", a déclaré le chancelier autrichien Alexander Schallenberg, dimanche 14 novembre lors d'une conférence de presse à Vienne au cours de laquelle il a décrété le confinement des personnes non vaccinées. Environ 65% de la population a un schéma vaccinal complet en Autriche, un chiffre inférieur à la moyenne européenne de 67% et loin de pays comme l'Espagne (79%) ou la France (75%). 




Concrètement, les deux millions de personnes concernées n'ont pas le droit de quitter leur domicile sauf pour faire leurs courses, du sport ou pour des soins médicaux. La mesure s'applique à partir de l'âge de 12 ans. Les contrevenants risquent 500 euros d'amende, et ceux qui refuseraient de se soumettre aux inspections trois fois plus. Le gouvernement évaluera l'effet de ces restrictions dans 10 jours. Les non-vaccinés étaient déjà bannis des restaurants, hôtels et salons de coiffure. Plus de 13.000 nouveaux cas ont été enregistrés samedi dans ce pays de 9,8 millions d'habitants, un record depuis le début de la pandémie, qui y a tué 11.700 personnes. 

Aux Pays-Bas, restaurants et lieux de loisirs interdits aux non vaccinés

L'Europe est touchée par une nouvelle vague de la pandémie qui a incité plusieurs pays à rétablir des restrictions. Les Pays-Bas sont ainsi le premier pays qui reconfine partiellement sa population, pour trois semaines. Depuis samedi, les bars, restaurants et magasins essentiels, comme les supermarchés, doivent fermer à 20H00, et les magasins non essentiels à 18H00. Les citoyens néerlandais sont appelés à ne pas accueillir plus de quatre personnes chez eux et à faire du télétravail. Les manifestations publiques sont supprimées. Les écoles restent toutefois ouvertes et les sorties hors du domicile autorisées. Le gouvernement va également restreindre l'accès aux lieux de restauration et de loisirs après la période de trois semaines aux seules personnes vaccinées ou guéries du Covid-19, et plus à celles personnes présentant un test négatif. 

Le pays de 17 millions d'habitants a enregistré 2,2 millions de cas et 18.612 décès (chiffres du 12 novembre) depuis le début de la pandémie. Le pic survient malgré le fait que 82% des Néerlandais âgés de plus de 12 ans ont été entièrement vaccinés. Les personnes non vaccinées représentent la plupart des cas en soins intensifs (69%) et des admissions à l'hôpital (55%). 

Plus de 10.000 cas par jour depuis une semaine

En France, le nombre de cas continue à augmenter. Dimanche soir, 7.111 malades positifs au Covid-19 étaient hospitalisés, avec 125 nouvelles admissions recensées depuis la veille. Dans les services de soins critiques, qui accueillent les patients les plus touchés, 1.210 malades étaient soignés dimanche, dont 26 nouvelles admissions. Au cours des dernières 24 heures, 12.496 nouveaux cas ont été confirmés. Le taux de positivité reste stable, à 3,4%. Le nombre de nouveaux cas est repassé au-dessus des 10.000 en moyenne sur les sept derniers jours, selon les chiffres de Santé publique France. Depuis le début de l'épidémie, au printemps 2020, le nombre de décès s'élève à 118.154, dont 91.257 à l'hôpital. 17 nouveaux décès ont été enregistrés dimanche.


 

Par ailleurs, plus de 51,5 millions de personnes ont reçu au moins une injection de vaccin, soit plus des trois quarts de la population, selon les chiffres de la Direction générale de la Santé. 50,4 millions ont désormais un schéma vaccinal complet. Mais la baisse de l'efficacité des vaccins, en particulier chez les personnes âgées, est pointée du doigt. 

"Nous ne le souhaitons pas", mais...

Pour autant, la France exclut de confiner les non vaccinés. "On espère (pouvoir éviter un nouveau confinement), on va tout faire pour", a assuré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, dimanche soir sur France 2. "Je ne veux pas affoler les gens, aujourd'hui, il n'est absolument pas question d'un reconfinement dans notre pays", a-t-il affirmé. "Il faut tout faire pour éviter un nouveau confinement". La décision de l'État autrichien, "c'est tout ce que nous voulons éviter", a confirmé le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, dimanche sur BFMTV

Même son de cloche lundi du côté du président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner. "Nous ne le souhaitons pas, et nous devons tout faire pour empêcher que nous ayons besoin d'aggraver les moyens de protection des Français", a-t-il déclaré lundi sur France 2. Mais "une dizaine de pays européens connaissent une tension extrêmement forte sur ce sujet avec une reprise épidémique, et la France n'est pas à l'abri d'une nouvelle vague", a-t-il souligné. "Toutes les hypothèses sont sur la table car nous sommes face à un virus qui nous surprend et peut encore nous surprendre", a poursuivi Christophe Castaner. 

Sensé mais pas constitutionnel

Pour Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, reconfiner les personnes non vaccinées "d'un point de vue médical, ça du sens". "Il faut expliquer que le remplissage des services hospitaliers, le remplissage des réanimations et les décès sont très essentiellement dus aux non vaccinés. Sur les 8 lits que j'ai, j'ai 7 non-vaccinés", a-t-il insisté, lundi sur BFMTV

Mais il est peu probable que la France puisse mettre en place un confinement différencié en fonction du statut vaccinal de la population car cela ne serait pas constitutionnel. "Je ne pense pas que l'on puisse prendre des mesures différenciées en fonction du statut vaccinal, car la seule différenciation que permet l'état d'urgence sanitaire est territoriale", précise à BFMTV le spécialiste du droit constitutionnel Jean-Philippe Derosier. De toute façon, le pays est sorti de l'état d'urgence sanitaire. 

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