Covid-19 : la France peut-elle passer l'hiver sans reconfiner ?

Covid-19 : la France peut-elle passer l'hiver sans reconfiner ?
Une rue déserte à Lyon, le 17 octobre 2020

, publié le samedi 13 février 2021 à 08h00

L'exécutif a tenu bon, refusant d'imposer un troisième confinement. Et les chiffres semblent lui donner raison : les indicateurs de l'épidémie sont stables, voire en légère baisse.

Mais la propagation des variants du coronavirus fait toujours planer la menace d'une aggravation de la situation. La situation Moselle interpelle notamment. 

"Il est possible et même souhaitable qu'on ne soit jamais reconfinés", a assuré cette semaine le ministre de la Santé Olivier Véran, estimant qu'Emmanuel Macron "a eu raison de ne pas décider de confinement généralisé". "Il existe bien un chemin pour éviter le reconfinement (...) il n'est pas large mais il existe", a confirmé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, à l'issue du Conseil des ministres et du Conseil de défense sanitaire réunis autour du chef de l'Etat. 

L'émergence plus rapide des variants du coronavirus dans certaines régions relance néanmoins l'hypothèse de mesures restrictives localisées, avec en première ligne la Moselle où aucun reconfinement n'a toutefois été décidé à ce stade, au grand dam de certains élus. 

Fermetures de classes à cause des variants 

Les chiffres semblent confirmer jour après jour que la circulation du coronavirus n'explose pas. Jeudi soir, sur les sept jours précédents, on comptait 10.396 nouvelles hospitalisations, dont 1.756 admissions en réanimation. Ces chiffres lissent les effets de pics et de creux quotidiens. Ils sont relativement stables depuis quinze jours, même si les autorités sanitaires craignent un afflux de malades à cause des nouveaux variants. 




La propagation de ces variants, qui ont d'abord circulé au Royaume-Uni, en Afrique du sud et au Brésil, fait toujours peser une menace. Ces derniers jours, des cas de variant sud-africain ont été détectés dans plusieurs établissements scolaires, à Eaubonne (Val-d'Oise), Colmar, Mulhouse (Haut-Rhin) ou aux Sables-d'Olonne (Vendée), entraînant des fermetures de classes temporaires

Le variant britannique majoritaire "entre le 1er et le 15 mars" 

L'épidémie s'accélère de manière "préoccupante" à Dunkerque et Gravelines (Nord), et le variant anglais y est très présent, ont alerté cette semaine les autorités sanitaires, qui organiseront la semaine prochaine "une campagne exceptionnelle de dépistage" dans le secteur. 

Le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique chargé d'éclairer le gouvernement, a confirmé mercredi sur France Inter que le variant anglais, qui s'avère plus contagieux, se situe aux alentours de 30 à 35% des cas en Ile-de-France. Mais "pour l'instant, on a l'impression d'un certain freinage de ce virus, même s'il deviendra majoritaire", "quelque part entre le 1er et le 15 mars", a relevé le scientifique, chargé de suivre l'évolution de ces nouvelles formes.

Le confinement, "une arme extrêmement efficace mais avec des conséquences terribles"

Selon cette hypothèse, ce variant progresserait moins vite en France qu'au Portugal ou au Royaume-Uni, parce que des restrictions sanitaires, comme la fermeture des bars, restaurants et lieux culturels, puis le couvre-feu à 18H00, étaient déjà en cours pour ralentir sa progression. Le gouvernement compte aussi sur les vacances scolaires, qui ont démarré cette semaine sur une partie de la France et vont se dérouler jusqu'au 8 mars, pour que l'épidémie reste maîtrisée. 

"Tout l'enjeu est de voir si l'équilibre, même fragile, peut être maintenu", estime Bruno Lina, comparant le confinement à une "bombe nucléaire", "une arme extrêmement efficace mais avec des conséquences terribles". Après avoir renoncé in extremis à y recourir fin janvier, le gouvernement s'accroche à sa promesse de tout faire pour éviter un troisième confinement.

Dans les hôpitaux, "nous n'avons pas de réserves"

Une gageure, selon des médecins et épidémiologistes. "Il ne faut plus avoir peur d'un confinement total, à condition qu'il soit de courte durée", estime dans une tribune au Monde le directeur médical de crise de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Bruno Riou. Il souligne que "de mi-décembre 2020 à début février, malgré les mesures restrictives prises, l'épidémie a continué à prendre de l'ampleur" et que ce scenario ne satisfait ni les médecins, ni les restaurateurs, ni les étudiants, ni les économistes.

Mais dans les hôpitaux, "nous n'avons pas de réserves", s'est alarmé sur BFMTV Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon à Paris. La situation y est en effet tendue, avec près de 27.000 patients diagnostiqués Covid-19 jeudi, pas loin des pics de la première et de la seconde vagues épidémiques (33.000 à l'automne, 32.000 au printemps), un niveau qui met les équipes soignantes à flux tendu. Plus de 3.300 (3.327) malades se trouvaient en réanimation jeudi, moins que les plus hauts de la première et de la deuxième vagues (7.000 et 4.900).

"On peut seulement retarder l'échéance"

La barre des 80.000 morts en France depuis le début de l'épidémie a été franchie mardi, sur un total de 500.000 dans l'Union européenne. "On est au début d'une courbe exponentielle. Les modèles prédisent une explosion pendant la première quinzaine de mars. Si l'on a vraiment un variant britannique dominant qui est 50% plus transmissible", les "nombres de cas et d'hospitalisations (...) seront bien au-dessus de ceux de l'année dernière lorsqu'on est monté à 7.000 patients en réanimation", assure l'épidémiologiste Dominique Costagliola dans L'Obs, parlant de "prévisions (...) assez apocalyptiques".

Pour cette chercheuse de l'Inserm, qui aurait "profité du mois de février, pendant lequel chaque zone géographique a deux semaines de vacances, pour confiner tout le monde pendant quatre semaines", "on peut seulement retarder l'échéance. En espérant qu'un grand nombre de personnes soient vaccinées d'ici-là". Selon les derniers chiffres de la Direction générale de la Santé jeudi, près de 2,5 millions de personnes ont reçu une ou deux injections de vaccin. 

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