Covid-19 : la France est-elle prête à éviter une quatrième vague épidémique ?

Covid-19 : la France est-elle prête à éviter une quatrième vague épidémique ?
"La stratégie vaccinale seule ne suffit pas pour éviter des vagues ou un rebond trop important"

publié le samedi 03 juillet 2021 à 14h30

Vaccination, séquençage, isolement ... Pour éviter une quatrième vague de coronavirus due au variant Delta, la France dispose de plusieurs outils, mais cela s'avèrera-t-il suffisant ? 

Augmentation du séquençage, amélioration du traçage, isolement plus coercitif : la France est-elle désormais outillée pour "traquer le virus", comme le promet le gouvernement, et éviter une quatrième vague de Covid-19 due au variant Delta?



"La vaccination ne suffira pas" 

C'est le rempart le plus efficace, mais "la stratégie vaccinale seule ne suffit pas" pour éviter "des vagues ou un rebond trop important", prévient l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève.  

Avec un variant Delta considéré comme 40% à 80% plus contagieux que l'Alpha, "le niveau d'exigence de la couverture vaccinale minimum est plus élevé que ce qu'on pensait au départ", explique-t-il.  

Un tiers de la population complètement vaccinée 

Il faudrait "85% de personnes immunisées pour que l'épidémie s'arrête", évalue Pascal Crépey, chercheur en biostatistiques à l'EHESP.

Pour l'instant, seul un tiers de la population est complètement vacciné en France et le gouvernement table sur 35 millions de personnes fin août, soit 52%.  

Il faut donc "coupler la vaccination avec une stratégie de circulation minimale du virus très offensive", plaide le professeur Flahault. La bonne nouvelle, c'est que la France est "mieux armée" que l'été dernier pour empêcher que le scénario de la vague automnale se répète. 

Reflux épidémique  

Le reflux de l'épidémie redonne de l'efficacité aux mesures classiques (dépistage, traçage, isolement), débordées lorsque des dizaines de milliers de nouveaux cas sont détectés chaque jour. Emmanuel Macron avait évoqué en novembre un seuil de 5.000 cas par jour, suivant lequel il est possible d'identifier rapidement les malades et leurs contacts.

Cet hiver, l'objectif n'avait pas été atteint, mais c'est désormais le cas. La semaine dernière, le pays est même passé sous les 2.000 nouveaux cas quotidiens en moyenne. 

"C'est nous qui le traquons" 

"Ce n'est plus le virus qui nous traque, c'est nous qui le traquons", a récemment assuré le ministre de la Santé, Olivier Véran. Le renforcement du dispositif "tester-tracer-isoler" doit permettre de répondre au risque que représentent les réouvertures et le relâchement estival, explique le ministère de la Santé. 

Un dépistage à perfectionner 

Les autotests et les tests salivaires, présentés comme des outils complémentaires des tests PCR et antigéniques, ont fait des débuts poussifs. De nombreux pharmaciens constatent que les premiers n'ont pas trouvé leur public, tandis que les seconds, majoritairement réalisés dans le cadre de campagnes de dépistage dans les établissements scolaires, n'ont jamais dépassé les 300.000 par semaine, et sont en nette baisse. 

Autotests gratuits cet été ? 

Olivier Véran a promis des autotests gratuits cet été, avec 7,5 millions de kits distribués sur la route des vacances, les lieux de villégiature, dans les centres de loisirs et auprès des publics précaires. A la rentrée, l'enjeu sera "le dépistage massif au niveau des écoles, parce qu'on sait que c'est dans cette population" non vaccinée "que va courir le virus", a estimé le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy sur France Inter. 

Doubler les capacités des plateformes de séquençage 

Le séquençage des virus permet de repérer les variants et de savoir comment ils circulent. D'abord largement jugées insuffisantes, les capacités de séquençage publiques, dispersées sur quatre plateformes spécialisées et plusieurs laboratoires hospitaliers, ont été progressivement renforcées et coordonnées, au sein d'un consortium. 

Depuis son lancement fin janvier, 79.011 prélèvements positifs ont été séquencés, contre environ 2.000 séquences en 2020, soit "un bond très important en peu de temps", a souligné Yazdan Yazdanpanah, directeur de l'agence ANRS-MIE. 

On est toutefois encore loin de l'objectif des 10.000 séquences par semaine un temps annoncé. "Le séquençage doit être systématique", estime en revanche Antoine Flahault, selon qui cela peut "aider au traçage des contaminations". 

Retrouver les superprogateurs  

La baisse du nombre de contaminations a permis à l'Assurance maladie de mettre en place une autre mesure préconisée de longue date : en parallèle du traçage classique des cas contacts, ses équipes vont généraliser le traçage rétrospectif. 

Les patients positifs étaient jusqu'ici interrogés sur leurs contacts en remontant sur 48 heures pour les symptomatiques et 7 jours pour les asymptomatiques, pour identifier les personnes qu'ils auraient pu infecter. Désormais le questionnaire porte aussi sur les 10 jours avant leur test, pour cerner les raisons, les éléments ou les moments de contamination, plus ou moins collectifs, qui ont pu être la source de cette contamination. 

Avec cette technique, "vous augmentez vos chances d'identifier" des personnes contaminées "que vous avez ratées avec le traçage classique" et d'identifier "des événements de super-propagation", explique Samuel Alizon, biologiste au CNRS, spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses. En effet, seulement 10% des personnes infectées par le coronavirus vont contaminer deux personnes ou plus. "C'est ces gens là", parfois appelés superpropagateurs, "qui sont des moteurs de l'épidémie et qu'il faut retrouver", abonde Antoine Flahault.

Isolement et contrôle aux frontières 

Depuis l'émergence des variants Beta, Gamma et Delta, les autorités ont durci les conditions d'isolement, mettant progressivement en place une quarantaine obligatoire pour les voyageurs en provenance de pays à risque. Lors de l'extension de cette mesure au Royaume-Uni, fin mai, il a toutefois été précisé que "le dispositif de contrôle systématique à domicile ne leur sera pas appliqué". 

Interrogé sur l'opportunité de restreindre drastiquement les vols avec les pays concernés, le professeur Delfraissy a estimé qu'il était "déjà trop tard" pour espérer empêcher ainsi la progression du variant Delta. 

Concernant les cas positifs à ce variant sur le territoire, le ministre de la Santé a annoncé le 20 juin un cadre "plus coercitif", avec la possibilité pour les préfets de prendre des mesures de quarantaine pour ceux qui ne répondraient pas aux équipes de traçage ou ne respecteraient pas les recommandations.

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