Covid-19 : la France est-elle préparée pour une campagne massive de rappels ?

Covid-19 : la France est-elle préparée pour une campagne massive de rappels ?
Depuis jeudi dernier, 4,5 millions de personnes ont pris rendez-vous sur Doctolib pour un rappel.

publié le mercredi 01 décembre 2021 à 12h06

Les autorités souhaitent réaliser trois millions d'injections chaque semaine. Pour y arriver, le gouvernement a notamment annoncé la réouverture de 300 centres de vaccination.

Les experts comme le gouvernement le martèlent : foin d'Omicron, l'ennemi en France, aujourd'hui, c'est le variant Delta, responsable de la 5e vague qui risque de mettre à mal le système hospitalier français.

Et l'arme pour combattre ce variant est bien connue, insistent-ils : c'est la vaccination.

Et après les annonces de l'exécutif pour inciter les Français à se faire vacciner ou à recevoir une dose de rappel, une question se pose : la logistique va-t-elle suivre pour assurer cette vaste campagne ?

"Freiner cette (...) vague et si possible l'arrêter, c'est vraiment ça l'objectif" de la généralisation de la "troisième dose", a résumé le ministère de la Santé mardi lors d'une conférence de presse hebdomadaire. Car les faits sont là : en France et en Europe, la flambée épidémique commence déjà à mettre la pression sur le système hospitalier.

Le gouvernement compte particulièrement sur les rappels de vaccin pour faire face : depuis samedi, tous les adultes peuvent en recevoir un, à condition d'avoir été vacciné au moins cinq mois auparavant. Cela représente actuellement 18 millions de Français qui peuvent demander leur "troisième dose", et ce chiffre va augmenter rapidement ces prochaines semaines car de nombreuses personnes passeront le délai des cinq mois. Depuis jeudi dernier, ce sont 4,5 millions de personnes qui ont pris rendez-vous sur Doctolib pour un rappel, a indiqué mercredi la plateforme.


En parallèle, le "combat" continue pour inciter les Français non vaccinés et éligibles -environ un dixième de la population- à recevoir leur première dose.

Mais le gouvernement mise bel et bien sur le rappel pour entraver la propagation du virus. Derrière ce changement de perspective, il y a un constat : les vaccins anti-Covid perdent en efficacité au fil du temps, alors qu'un rappel relance l'immunité dans toutes les tranches d'âge. On parle ici d'une simple infection. Le rappel réduit aussi les risques d'hospitalisations, mais ces derniers sont déjà faibles parmi les vaccinés, en particulier les plus jeunes chez qui les formes graves sont de toute façon rares.

La généralisation de la "troisième dose" vise donc un bénéfice d'abord collectif en limitant la circulation du virus et, mécaniquement, l'exposition des personnes les plus menacées : non vaccinés, vaccinés de plus de 65 ans...

Ce calcul a le soutien d'une large partie de la communauté scientifique. Dans des prévisions publiées lundi, l'Institut Pasteur estime qu'une campagne généralisée de rappel peut éviter la surcharge des hôpitaux. Le pic des hospitalisations, prévu début 2022, serait presque réduit de moitié avec une dose de rappel ouverte à tous les adultes, selon ces modélisations. Si elle restait réservée aux plus de 65 ans, la différence ne serait que de 20% par rapport à une absence totale.

Mais la France peut-elle assurer les 400.000 injections par jour prévues dans les modélisations de l'Institut ? C'est en tous cas l'objectif du gouvernement, avec trois millions de doses de rappel chaque semaine. 

Rouvrir 300 centres de vaccination

"Il faut à la fois qu'il y ait beaucoup de personnes qui acceptent d'avoir leur dose rapidement, et il faut avoir la capacité de le faire : les deux sont importants", résume le modélisateur Simon Cauchemez, derrière les prévisions de Pasteur. Sur le premier plan, peu d'inquiétude, du moins dans un premier temps : il y a eu un afflux de rendez-vous. Pour les encourager, le gouvernement a usé de l'arme du pass sanitaire en privant les Français vaccinés de son usage s'ils ne reçoivent pas un rappel dans les sept mois. Ce n'est pas non plus un problème d'offre. Les stocks de vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna, les seuls destinés aux rappels, sont largement suffisants.

La difficulté, c'est d'organiser la vaccination elle-même. Le ministère de la Santé promet de rouvrir 300 centres, alors qu'il avait commencé à en fermer avant la reprise épidémique, et fait état de commandes soutenues de vaccins chez les médecins, pharmaciens et infirmiers.

Reste enfin une grande incertitude. Tout juste identifié, le variant Omicron résistera-t-il aux vaccins ? C'est ce que l'on peut craindre au vu de ses mutations. Aucune donnée cependant n'appuie encore cette hypothèse, notamment faite mardi par le patron de Moderna.

Pour le moment, les chercheurs appellent à ne pas changer de stratégie vaccinale, soulignant que le défi immédiat consiste à combattre la vague actuelle, liée au variant Delta.

"Peut-être que (les doses de rappel) permettront de freiner ce variant Omicron : ça on ne le sait pas encore, on va avoir les données dans les semaines qui viennent", a résumé sur France Inter l'épidémiologiste Arnaud Fontanet.

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