Covid-19 : l'hydroxychloroquine inefficace, selon une étude du CHU d'Angers

Covid-19 : l'hydroxychloroquine inefficace, selon une étude du CHU d'Angers
Le Pr Didier Raoult, le 27 août à Marseille.

, publié le dimanche 08 novembre 2020 à 15h00

Le médicament plébiscité par le professeur Raoult n'a pas fait ses preuves, à l'issue d'un test réalisé sur 250 patients pendant 28 jours. 

Le traitement à l'hydroxychloroquine n'a pas eu d'effet bénéfique par rapport au traitement habituel utilisé pour soigner les patients atteints du Covid-19, selon cette étude menée par le CHU d'Angers sur un échantillon de 250 patients. 




"Dans cet essai impliquant principalement des patients âgés atteints de Covid-19 de forme légère à modérée, ceux traités à l'hydroxychloroquine n'ont pas présenté une meilleure évolution clinique ou virologique que ceux qui ont reçu un placebo", explique à l'AFP le professeur Vincent Dubée, coordinateur de cette étude baptisée "Hycovid".

Des patients présentant un risque d'aggravation 

Les 250 malades inclus dans cet essai, d'un âge médian de 77 ans, retenus parce qu'ils présentaient un risque important d'aggravation, ont été répartis en deux groupes. Le premier a reçu 800 mg (en deux prises) d'hydroxychloroquine le premier jour, puis 400 mg (en deux prises) par jour pendant huit jours; le second groupe a reçu un placebo.

Les patients pouvaient être inclus dans l'essai s'ils présentaient au moins l'un des trois facteurs de risque d'aggravation suivants : être âgé de 75 ans ou plus, avoir entre 60 et 75 ans et présenter une maladie chronique augmentant le risque de complication en cas de Covid (hypertension artérielle, diabète, obésité), ou souffrir de problèmes respiratoires nécessitant un traitement par oxygène.

"Bien entendu, les patients ont continué à bénéficier, simultanément, des traitements qui leur étaient administrés", soulignent les auteurs de l'étude.

Résultat similaire au placebo

"L'efficacité du traitement a été jugée en comparant le nombre de patients décédés ou transférés en réanimation en raison d'une aggravation respiratoire" dans chacun des deux groupes au cours des 14 jours suivant le début du traitement, explique le professeur Dubée.

Dans ces 14 premiers jours après le début du traitement, neuf patients auxquels avait été administré le dérivé de chloroquine sont décédés ou ont été intubés, tandis que huit l'ont été dans le groupe sous placebo, a précisé le médecin, spécialisé dans les maladies infectieuses et tropicales. 

Pas de différence significative à la fin

Vingt-huit jours après l'inclusion dans l'un des deux groupes, neuf patients traités par hydroxychloroquine étaient décédés ou intubés, contre douze patients ayant reçu le placebo. "La différence entre les deux groupes est très minime et n'est pas statistiquement significative, ce qui veut dire qu'elle peut être due au hasard", estime le praticien.

L'étude devait initialement inclure 1.300 patients atteints du Covid-19, afin de "clore le débat" sur l'efficacité de l'hydroxychloroquine. Elle a finalement été arrêtée par son promoteur, le CHU d'Angers, après avoir inclus 250 patients, en raison de la baisse du nombre de malades à la fin de la première vague d'épidémie.

Vifs débats 

"Nous avons calculé qu'il fallait inclure 1.300 patients pour répondre avec certitude à l'objectif de l'étude  (...) mais 250 patients, c'est un effectif confortable", considère le professeur Dubée, tout en reconnaissant que "le manque de puissance statistique" laisse planer "une incertitude dans nos conclusions".

Fin mai, cette étude avait été suspendue "une dizaine de jours", après une décision de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), en raison de doutes sur la sécurité de l'hydroxychloroquine. Cela faisait suite à un article douteux dans la revue scientifique The Lancet. Ce dernier avait "fait l'objet d'une rétractation, s'appuyant sur des données non fiables", rappelle le professeur Dubée. 

L'usage de l'hydroxychloroquine a largement débordé le domaine scientifique pour devenir à travers le monde l'objet d'un débat politique clivant dans l'opinion publique, donnant lieu à des débats violents sur les réseaux sociaux. 
 

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