Covid-19 : l'épidémie freine, mais l'hôpital n'en voit pas le bout

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Le ministre de la Santé Olivier Véran (c), celle des Services publics, Amélie de Montchalin, et le Premier ministre Jean Castex (d), à l'issue de conseil des ministres, le 5 mai 2021 à l'Elysée à Paris
Le ministre de la Santé Olivier Véran (c), celle des Services publics, Amélie de Montchalin, et le Premier ministre Jean Castex (d), à l'issue de conseil des ministres, le 5 mai 2021 à l'Elysée à Paris
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© AFP, Anne-Christine POUJOULAT
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publié le mercredi 05 mai 2021 à 20h43

À deux semaines de la prochaine étape du déconfinement, la situation épidémique s'améliore en France, mais les hôpitaux restent surchargés de malades du Covid-19 et des experts sanitaires s'inquiètent toujours d'une réouverture prématurée.

Baisse du nombre de malades en réa (5.402 contre 5.504 mardi), taux de positivité, d'incidence et de reproduction en baisse, les indicateurs de circulation du SARS-CoV-2 sont plus favorables.

Depuis le milieu de la semaine dernière, entre 20.000 et 30.000 cas positifs sont comptabilisés au quotidien (plus de 26.000 mercredi). Moins que les plus de 50.000 cas quotidiens détectés entre fin mars et début avril, mais encore très loin du seuil, finalement jamais atteint, de 5.000, retenu par le gouvernement pour sortir du confinement à la mi-décembre.

"Le repli de l'épidémie s'accélère" mais "il reste toujours plus long qu'au mois de novembre après le deuxième confinement. Notre hôpital et nos services de réanimation sont toujours extrêmement sollicités", a résumé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, à la sortie du Conseil des ministres, précédé d'un conseil de défense sanitaire.

Le porte-parole a annoncé que face à "la menace des variants (qui) reste réelle", "nous allons faire rentrer plusieurs autres pays dans la liste" des territoires dont les voyageurs sont soumis à des mesures de quarantaine à l'arrivée en France métropolitaine (Brésil, Inde, Chili, Afrique du Sud, Argentine, région française de Guyane), mais il n'a pas précisé lesquels.

Très surveillés par les autorités sanitaires en raison de leur contagiosité accrue et de craintes de résistance plus forte aux vaccins, les variants sud-africain et brésilien restent stables au niveau national, mais leur part a augmenté dans certains territoires, avec des estimations à 11% en Ile-de-France, par exemple. Gabriel Attal a aussi cité la Charente (15%) et la Vendée (14%).

- "Leçons de morale" -

L'exécutif n'a pas fixé d'objectif chiffré de contaminations pour rouvrir les terrasses, commerces, lieux culturels et repousser le couvre-feu à 21h le 19 mai, Emmanuel Macron ayant seulement évoqué la possibilité d'"actionner des +freins d'urgence+" dans les départements qui dépassent un taux de 400 nouveaux cas pour 100.000 habitants sur sept jours. Beaucoup trop léger, jugent nombre d'épidémiologistes.

"Tous les autres pays retiennent des seuils beaucoup plus bas", déplore dans Le Monde Dominique Costagliola, directrice de recherche à l'Inserm.

"Le nombre de cas baisse, mais on a à peine passé le pic. On relâche sans avoir diminué vraiment la pression à l'hôpital", ajoute cette épidémiologiste.

Quant à la vaccination, elle progresse: 542.811 personnes ont reçu le sérum ces dernières 24 heures, au début d'une nouvelle phase où les 18-50 ans peuvent se faire vacciner sur "déclaration" d'une comorbidité mais sans prescription médicale. 

Interrogé sur la brèche créée par ce flou pour des adultes en pleine santé, Gabriel Attal a répondu qu'il n'était "pas là pour faire des leçons de morale", faisant "confiance à la responsabilité de chacun".

16,1 millions des Français ont désormais reçu une dose, et 7,1 millions ont reçu deux doses de vaccins.

C'est près d'un tiers de la population majeure qui a reçu une première dose mais "cela reste sans doute trop faible pour garantir une diminution de la circulation du virus", prévient Dominique Costagliola.


S'il baisse depuis le 26 avril, le nombre de malades soignés dans les services de réanimation s'élevait toujours à plus de 5.402 mercredi.

- "Trop vite" -

A l'hôpital Louis-Mourier de l'AP-HP à Colombes, où la réa est pleine, la troisième vague est encore bien réelle.

"Si on en croit le nombre de sollicitations qu'on a pour trouver des places de réanimation, la gravité des patients qu'on prend en charge et le taux d'occupation qu'on a actuellement, clairement nous ne sommes pas encore sur une phase de décroissance et nous craignons qu'elle soit assez lente", explique le chef du service de réanimation, Jean-Damien Ricard.

"Lors de la décroissance de la 2e vague, on était descendu à 30 admissions en réanimation en Ile-de-France, actuellement on dépasse 100 entrées par jour", souligne-t-il à l'AFP, en craignant que le déconfinement aille "trop vite".

Après l'étape du 19 mai, marquée aussi par la réouverture aux spectateurs des établissements sportifs (avec des jauges et une limite de 800 personnes en intérieur), l'agenda de l'exécutif prévoit une étape ultérieure le 9 juin, avec réouverture des cafés et restaurants (tables de 6 maximum), des salles de sport et la possibilité d'accueillir jusqu'à 5.000 personnes dans les lieux culturels et sportifs avec pass sanitaire. Puis, le 30 juin doit sonner la fin relative des jauges et du couvre-feu.

Certains territoires n'attendent pas pour desserrer doucement l'étau. 

Dans les Alpes-Maritimes, l'obligation du port du masque a été levée mardi par la préfecture pour les espaces verts urbains et aux abords des plans d'eau, plages et bases de loisirs comprises. Une décision intervenue notamment à la demande de la municipalité de Villeneuve-Loubet, commune très boisée à l'origine d'une campagne d'affichage décalée et critique représentant des sangliers masqués.

Depuis le début de l'épidémie, au moins 105.660 personnes sont mortes du Covid en France.

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