Covid-19 : l'argent de la recherche a été trop "éparpillé", déplore la Cour des comptes

Covid-19 : l'argent de la recherche a été trop "éparpillé", déplore la Cour des comptes
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publié le jeudi 29 juillet 2021 à 15h35

Si les initiatives ont pullulé au sein de la communauté médicale et scientifique, la recherche contre le virus a été pénalisée par des difficultés d'organisation et de fonctionnement.

Un effort "notable" mais trop dispersé. La Cour des comptes a dressé un bilan des investissements consentis dans le cadre de la recherche sur le coronavirus. Le montant total des ressources affectées à la recherche publique française sur le virus "s'élève à 530,17 M€, fonds européens compris, ou à 502,48 M€ sans ces fonds", résume la Cour des comptes dans une note publiée jeudi 29 juillet.

Il s'agit d'un effort notable, mais nettement en retrait par rapport à celui fourni par l'Allemagne ou constaté au Royaume-Uni", ajoute t-elle. L'Allemagne a ainsi mis environ 1,5 milliard d'euros sur la table, dont 1 milliard pour ses biotechs comme CureVac et BioNTech, et le Royaume-Uni 1,3 milliard d'euros.

Dans ses conclusions, la Cour constate que "les financements se sont avérés trop dispersés pour répondre aux enjeux de la crise, notamment en matière de recherche vaccinale", et le "défaut d'organisation a accentué leur éparpillement".



Cette situation découle de "défauts structurels" que la mobilisation en urgence de tous les acteurs n'a pas suffi à pallier, ainsi que de l'absence d'un "chef de file" clair, analyse l'organisme de contrôle dans un "audit flash", mené en quatre mois. Entre janvier 2020 et mars 2021, "le montant total des ressources affectées à la recherche publique française sur la Covid-19 s'élève à 530,17 millions d'euros, fonds européens compris, ou à 502,48 millions d'euros sans ces fonds", calcule la Cour des comptes.  Cette estimation a été obtenue en additionnant tous les "crédits d'intervention" (donc hors rémunération des chercheurs titulaires) attribués aux organismes de recherche, aux universités et aux centres hospitaliers universitaires, de sources publiques et privées. Du fait du calendrier particulier de cet audit, elle a pris en compte les crédits alloués et non les dépenses effectivement exécutées.

Pas de "chef de file"

La Cour juge également ces financements "trop dispersés pour répondre aux enjeux de la crise, notamment en matière de recherche vaccinale", un échec illustré aux yeux de l'opinion publique par l'absence de vaccin tricolore disponible à ce jour. 

"A la différence d'autres pays à forte tradition scientifique en matière biomédicale, la stratégie d'ensemble, le pilotage et la structuration ont été insuffisants", ajoute-t-elle, citant l'exemple de l'agence fédérale BARDA (Biological Advanced Research and Developpment Authority) aux Etats-Unis, bâtie après les attentats de 2001 et l'utilisation de l'anthrax. "Cette situation s'est trouvée amplifiée par l'absence d'un chef de file reconnu par tous", insiste l'audit, soulignant que les "efforts d'organisation" représentés par la création de l'ANRS-Maladies infectieuses émergentes, en janvier 2021, "sont intervenus tardivement et sans moyens immédiats". En plus des "lourdeurs administratives", la Cour diagnostique aussi une "impréparation à la prise de risque" et recommande davantage de coopération entre public et privé, et "un continuum entre recherche académique et industrie".

L'audit met également en cause "le déficit de financement antérieur à la crise, en particulier dans le secteur biologie-santé", que des efforts d'urgence "ne sauraient compenser". Il recommande de soutenir davantage et sur le long terme la recherche fondamentale dans ce domaine.
 

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