Covid-19 : interféron et anticorps monoclonaux, quels sont les deux "traitements très innovants" évoqués par Olivier Véran ?

Covid-19 : interféron et anticorps monoclonaux, quels sont les deux "traitements très innovants" évoqués par Olivier Véran ?
Le ministre de la Santé Olivier Véran, le 25 février à Paris.

, publié le samedi 27 février 2021 à 15h00

Durant le point hebdomadaire sur la crise sanitaire jeudi, le ministre a évoqué deux types de traitement à l'essai en France. 

1. Le traitement par interféron 


C'est un "vieux médicament qu'on utilise dans différentes maladies (certains cancers, ndlr) et qui vient compenser des déficits d'interférons chez certaines personnes", a expliqué Olivier Véran lors de sa conférence de presse avec le Premier ministre Jean Castex.

Les interférons sont des protéines de la famille des cytokines, produites notamment par les cellules du système immunitaire en réponse à la présence d'une infection. 




Le défaut d'interféron de type 1 entraîne une réaction exagérée de l'organisme pour compenser ce manque. Il produit ainsi d'autres cytokines, provoquant un emballement inflammatoire funeste, "l'orage de cytokines", observé dans les cas très graves de Covid.

L'administration précoce d'interférons aux patients qui en manquent est donc une piste thérapeutique. Ces médicaments, disponibles depuis des décennies, sont a priorisans effets secondaires notables s'ils sont pris pendant une courte période. 

Une étude de chercheurs français, parue en juillet dans la revue américaine Science, avait montré que "le déficit en interférons de type 1 dans le sang pourrait être une signature des formes sévères de Covid-19". Des travaux confirmés en septembre par une équipe franco-américaine, dont les recherches, également parues dans Science, ont aussi pointé un défaut en interférons (IFNs) de type 1 pour expliquer certaines formes graves du coronavirus. 

Cette anomalie touche plus d'hommes que de femmes, d'après l'étude, alors que les maladies auto-immunes (dysfonctionnement du système immunitaire qui le conduit à s'attaquer à certains de ses constituants normaux) concernent généralement beaucoup plus les femmes. 

Olivier Véran a indiqué jeudi que "des équipes françaises" planchent sur ce traitement, notamment celle du professeur Jean-Laurent Casanova. Ce généticien spécialiste des maladies infectieuses, qui travaille à l'institut Imagine à Paris et à l'université Rockefeller à New-York, a co-dirigé l'étude parue dans Science en septembre.  À la manœuvre également, l'étude Coverage, pilotée par le Pr Denis Malvy, du CHU de Bordeaux. Cet infectiologue, responsable de l'unité des Maladies tropicales au CHU, est membre du Conseil scientifique. 

2. Le traitement par anticorps monoclonaux 

Un nouveau médicament par anticorps de synthèse vient d'être autorisé en France, pour les patients les plus à risque de formes graves, visant à leur éviter hospitalisation et passage en réanimation. C'est celui de l'américain Eli Lilly qui est pour l'heure autorisé en France. "Ce sont des espoirs nouveaux (...) qui renforcent notre arsenal anti-Covid", se félicite Olivier Véran. 

"Quelque 83 centres hospitaliers ont déjà reçu des milliers de ce traitement qui pourront commencer à être administrés avec prudence, initialement dans un cadre hospitalier pour des patients âgés de 80 ans et plus, et qui ont des troubles de l'immunité", a précisé Olivier Véran jeudi. Selon une note de la Direction générale de la Santé (DGS), il sera aussi à destination des patients transplantés d'organes, dialysés ou sous chimiothérapies. 

Le ministre a aussi évoqué la commande "de dizaines de milliers de doses d'anticorps monoclonaux d'une génération supérieure qui arriveront en France d'ici à la mi-mars". Outre Eli Lilly, le laboratoire Regeneron (américain également) a lui aussi mis au point un traitement de ce type, ainsi que le Sud-Coréen Celltrion.

Les traitements par anticorps monoclonaux ont connu une certaine notoriété en octobre, lorsque l'ancien président américain Donald Trump, brièvement hospitalisé pour Covid, a reçu à titre expérimental celui de Regeneron. L'Agence américaine du médicament les avaient autorisés peu après dans le cadre d'une procédure d'urgence.

Fabriqués et "clonés" en laboratoire, ces anticorps de synthèse miment l'action des anticorps naturellement produits par le système immunitaire en cas d'infection. Un anticorps monoclonal est précisément conçu pour reconnaître et cibler un agent infectieux. S'ils sont déjà utilisés depuis une trentaine d'années pour traiter cancers ou maladies inflammatoires, leur principe a été adapté au Sars-CoV-2, virus à l'origine du Covid-19 : ils s'attaquent à la fameuse protéine S, qui forme les petites pointes à la surface du virus, qui lui servent de porte d'entrée dans l'organisme. L'anticorps s'agrippe à ces pointes, les empêchant de s'arrimer à la cellule humaine pour l'infecter.

Pourtant, on est loin pourtant d'un traitement miracle, en raison notamment de son coût et de son mode d'administration, qui doit se faire à l'hôpital par voie intraveineuse. Bonne nouvelle, cet anticorps "marche bien contre le variant britannique, ce qui est précieux, alors que ce variant va devenir dominant", explique à l'AFP Brigitte Autran, experte en immunologie à Sorbonne Université. Ce variant, plus contagieux, représente désormais "près de la moitié des cas positifs" en France, selon le Premier ministre Jean Castex. En revanche, "l'efficacité de ce traitement sur les variants dits sud-africain et brésilien n'est pas démontrée", souligne la DGS. Certaines de leurs mutations peuvent leur permettre d'échapper aux anticorps, qu'ils soient naturels ou artificiels. 

De plus, l'autorisation temporaire d'utilisation délivrée par la France exige une prescription par un médecin hospitalier. La perfusion, qui dure une heure, doit en outre "être administrée dans un délai maximal de 5 jours après le début des symptômes pour garantir un maximum d'efficacité", selon la DGS. 

Ce qui suppose un effort logistique des hôpitaux, qui "doivent organiser la venue des patients concernés pour recevoir l'injection", relève l'immunologue Hervé Watier, coordinateur du laboratoire MAbImprove, dédié aux anticorps thérapeutiques. Cet expert note aussi que selon sa composition, ce type de traitement coûte entre 1.000 et 2.000 euros - un prix qui reste toutefois inférieur à une journée d'hospitalisation en réanimation (2.932 euros par jour en moyenne en région parisienne, selon Les Échos). 
 

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