Covid-19 : faut-il vacciner les enfants de 5 à 11 ans ? La France prend des pincettes

Covid-19 : faut-il vacciner les enfants de 5 à 11 ans ? La France prend des pincettes©ANDREJ IVANOV / AFP

publié le samedi 04 décembre 2021 à 08h00

En plein redémarrage de l'épidémie, les autorités avancent prudemment sur la question, qui relance le débat récurrent sur leur niveau de contamination et leur rôle dans la transmission du virus. 

Pour les 5-11 ans à risque de faire des formes graves, la vaccination devrait être ouverte "à compter de la mi-à fin décembre", a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran, vendredi 3 décembre sur Franceinfo. C'est ce que recommande la Haute autorité de santé (HAS).

Elle préconise le vaccin pour les jeunes enfants obèses, immunodéprimés ou atteints par certaines maladies (cardiaques, respiratoires...). 




Pour tous les autres, cela viendra "probablement au début du mois de janvier, de façon progressive et facultative", selon le ministre, qui confirme une précédente annonce du gouvernement. Auparavant, il faudra le feu vert de la HAS, qui "a besoin d'un peu plus de temps pour nous dire si le vaccin est parfaitement sûr et efficace et si la balance bénéfice-risque est positive".

Feu vert en Italie 

La vaccination des 5-11 ans est théoriquement possible depuis son autorisation dans l'Union européenne le 25 novembre, avec une version moins dosée du vaccin Pfizer. En Italie, les autorités sanitaires ont donné leur feu vert cette semaine. 

En France, certains trouvent que cela prend trop de temps. Dans une tribune publiée sur le site de L'Express, un collectif de médecins et de parents réclame "une décision sur la vaccination des enfants fondée sur des données scientifiques" et déplore un "attentisme" sur la question. Ils font valoir que le taux d'incidence (proportion des nouveaux cas) chez les enfants a fortement augmenté à l'occasion de la cinquième vague en cours. Chez les 6-10 ans, il est de 750 cas pour 100.000 enfants. "Il faut en finir, en France, avec le mythe de l'enfant non concerné par le Covid-19", plaident les signataires. 

Les scientifiques divisés 

À l'inverse, des sociétés savantes de pédiatrie ont estimé mi-novembre que "l'urgence de la vaccination des enfants de 5-11 ans n'apparaît pas pour l'instant comme évidente en France", puisqu'ils "présentent le plus souvent des formes mineures de la maladie". Selon ces spécialistes, il est nécessaire de voir comment la vaccination des 5-11 ans se déroule dans les autres pays, comme les États-Unis. Il s'agit d'avoir du recul sur le "rapport bénéfice-risque". En d'autres termes, savoir à quel point les bénéfices attendus dépassent le risque d'effets secondaires. 

Pour ses partisans, la vaccination immédiate des 5-11 ans aurait des vertus collectives : limiter les contaminations venant des enfants et éviter les fermetures de classes. Selon le ministère de l'Éducation, 4.578 classes (soit 0,9% du total) ont été fermées cette semaine à cause du Covid-19. C'est moitié moins que la semaine précédente, mais cette baisse est artificielle puisque le protocole a changé. Il n'y a désormais plus de fermeture de classe dans les écoles primaires dès le premier cas de Covid détecté chez un élève, et seuls ceux testés positifs sont isolés. 

"Il vaut mieux vacciner une seule personne de 75 ans que 500 enfants !"

"La balance coût-bénéfice (de la vaccination chez les 5-11 ans) est probablement légèrement positive", estime de son côté l'épidémiologiste suisse François Balloux, directeur de l'Institut de génétique de l'University College de Londres. "Mais si l'on doit choisir entre vacciner les enfants ou améliorer la couverture vaccinale chez les personnes âgées, il n'y a pas photo : il vaut mieux vacciner une seule personne de 75 ans que 500 enfants !"

Signe que la question n'est pas simple à trancher, le gouvernement n'a pas seulement demandé leur avis à ses instances scientifiques, mais aussi à l'organisme chargé de le conseiller sur les questions d'éthique, le Comité national d'éthique

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