Covid-19 : face à la 4e vague, qui plaide pour la vaccination obligatoire pour tous ?

Covid-19 : face à la 4e vague, qui plaide pour la vaccination obligatoire pour tous ?
Olivier Véran et Alain Fischer, le 26 janvier à Paris.
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publié le lundi 02 août 2021 à 12h20

REPÈRES. Face à la quatrième vague de l'épidémie, de nombreuses voix, scientifiques et politiques, préconisent l'obligation vaccinale pour toute la population.

Le gouvernement l'exclut. 

Comment endiguer la propagation de la Covid-19, due notamment au variant Delta ? Pour certaines autorités sanitaires, cela passe par la vaccination obligatoire. 

Dernier appel en date, celui du président de la Fédération hospitalière de France (hôpitaux et Ehpad publics), Frédéric Valletoux, ce week-end dans le Journal du dimanche. "Nous n'avons plus le luxe de prendre des demi-mesures", estime-t-il. Il souhaite que la France devienne "un pays pionnier et enclenche un mouvement mondial en faveur de la vaccination obligatoire". Celui qui est aussi maire (Agir, droite) de Fontainebleau voit dans la vaccination de tous "l'arme absolue" face au virus. "Il faut avoir la lucidité de dire qu'il faut aller vers cette vaccination obligatoire, la seule possibilité de préserver nos libertés de vivre, d'agir", ", a-t-il insisté lundi 2 août sur Franceinfo




Également interrogé sur le sujet lundi, le professeur Alain Fischer, le "monsieur Vaccin" du gouvernement, l'envisage aussi. "Si malheureusement l'épidémie était encore présente à un niveau élevé et avec une immunité de groupe, non loin d'être atteinte, alors peut-être faudrait -il recourir à l'obligation vaccinale", a-t-il reconnu sur RTL. "C'est un devoir de protection collective, on est en train de protéger la vie des gens, de protéger notre système hospitalier qui peut être à tout moment menacé par une reprise de l'épidémie", explique le président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. 

L'exécutif reconnaît que la question se pose. "En fonction de l'évolution de la situation, nous devrons sans doute nous poser la question de la vaccination obligatoire pour tous les Français", avait averti Emmanuel Macron, lors de sa dernière allocution télévisée le 12 juillet. 

Olivier Véran s'y oppose 

Mais le ministre de la Santé l'exclut. "Nous ne contraindrons pas les Français à se faire vacciner, la vaccination n'a pas à être obligatoire en population générale", avait déclaré Olivier Véran, interrogé par des journalistes le 2 juillet. "Si la question est abordée pour les soignants, elle ne l'est pas pour la population générale", avait-il alors insisté. 

Le ministre assure que la vaccination obligatoire pour certaines professions et le pass sanitaire sont assez efficaces et pointe les difficultés d'application d'une obligation vaccinale pour tous. "Nous avons l'exemple de la vaccination obligatoire chez les nourrissons parce que c'est simple. Vous ne rentrez pas en crèche et vous n'allez pas à l'école, le nourrisson ou l'enfant n'est pas vacciné, c'est très facilement contrôlable. En revanche, chez les adultes, je ne sais pas comment on fait ! Comment on fait avec une personne qui a 50 ans et qui n'est pas vaccinée ? Elle ne peut plus faire ses courses ? On lui met une amende à chaque fois qu'elle sort de chez elle ?", s'est-il interrogé lors d'une audition au Sénat le 22 juillet. 

"La seule option réaliste" 

Pour la Haute Autorité de santé, dans un communiqué du 16 juillet, la question de "l'obligation de la vaccination de l'ensemble des professionnels en contact avec le public et au-delà en population générale" se poserait, "si elle s'avérait nécessaire et justifiée au vu du rythme de progression de l'épidémie et de son impact prévisible sur le système de santé". 

"Concernant l'ensemble de la population âgée de 12 ans et plus, l'obligation vaccinale contre la Covid-19 constitue la seule option réaliste en termes de responsabilisation personnelle et d'engagement solidaire permettant de préserver sa santé, celle des autres et de parvenir à l'immunité collective", abondent l'Académie nationale de médecine et l'Académie nationale de pharmacie dans un communiqué du 9 juillet. "L'obligation s'impose quand une vaccination efficace et bien tolérée peut maîtriser une infection sévère, potentiellement mortelle et incontrôlable par tout autre moyen. Plusieurs maladies ont justifié une telle décision en France", rappellent les deux instances, citant la variole, la diphtérie, le tétanos, la tuberculose, la poliomyélite, ou les 11 vaccins obligatoires pour les bébés depuis 2018. 

Les parlementaires PS pour une vaccination obligatoire au 1er octobre 

Les parlementaires socialistes ont aussi plaidé en ce sens durant l'examen de la loi étendant le pass sanitaire. Le 20 juillet, députés et sénateurs socialistes se sont prononcés pour "la vaccination obligatoire", présentée comme une alternative au pass sanitaire "tel que proposé par le gouvernement", pour ne pas que "la moitié de la population contrôle l'autre moitié de la population".

"Face à la progression du variant qui fait peser le risque de reconfinement, il nous paraît important de franchir une nouvelle étape avec la vaccination obligatoire contre le Covid sauf contre-indication médicale. Nous proposons que cette obligation soit progressive et entre en vigueur au 1er octobre", plaidaient les groupes PS de l'Assemblée et du Sénat, emmenés par Valérie Rabault et Patrick Kanner. 

Interrogé par Le Monde jeudi 29 juillet, Patrick Kanner, voit dans le pass sanitaire une obligation vaccinale "déguisée, cynique et hypocrite". Il alerte également sur "l'impossibilité matérielle d'appliquer le passe sanitaire sur les terrasses ou dans les centres commerciaux par exemple, le tout avec des contrôles effectués par des policiers qui n'ont aucune exigence de vaccination". Pour lui, "l'obligation demeure une solution plus claire, plus compréhensible et surtout plus mobilisatrice". 

"C'est "le vrai sujet"

La vaccination obligatoire à aussi ses soutiens à droite chez Les Républicains. L'ancien négociateur pour le Brexit et potentiel candidat à la présidentielle Michel Barnier plaide pour. "Cette vaccination c'est la clé pour sortir de cette crise" sanitaire et "il faut rendre cette vaccination obligatoire pour tout le monde", a-t-il déclaré le 11 juillet sur LCI

Même son de cloche pour le député LR Julien Aubert, pour qui "la vaccination obligatoire est "le vrai sujet" - plutôt que le pass sanitaire. "J'aurais préféré un calendrier plus large en disant : 'au 1er octobre, le vaccin deviendra obligatoire, mais peut-être pas pour tout le monde', parce qu'il y a un bilan coût-avantage à faire par rapport aux effets", a-t-il précisé le 20 juillet France 2

Des voix pour dans la majorité 

Cette idée a aussi ses soutiens dans la majorité. Le Haut-commissaire au plan François Bayrou  a plaidé, le 11 juillet sur BFMTV, pour "la vaccination obligatoire pour tout le monde". "La vaccination, c'est la seule digue contre ce qui nous pend au nez, ce qui menace d'arriver, qu'il y ait une quatrième vague, pourquoi pas une cinquième vague", a justifié le président du MoDem. "J'ai toujours pensé que ça finirait par la décision collective de rendre la vaccination obligatoire, comme les onze vaccinations qu'on donne au bébé à la naissance", avait-il déjà estimé la semaine précédente, au "Grand jury" RTL/LCI/Le Figaro

Le député LREM François Jolivet, lui, "reste convaincu que la vaccination obligatoire pour tous est une solution plus simple, plus efficace, et plus juste" que le pass sanitaire, affirme-t-il dans un communiqué le 27 juillet. "Je me positionne clairement pour le déploiement de la vaccination obligatoire pour tous, c'est déjà le cas avec 11 vaccins (contre la diphtérie, le tétanos, l'hépatite B, la rougeole...)". 

Chez les Français, l'idée fait son chemin. Ils sont désormais 58% à être favorables à la vaccination obligatoire, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Franceinfo et Le Figaro le 1er juillet, contre 38 % en novembre. 

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