Covid-19: en cours de langue ou de musique, la "barrière" du masque

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Rentrée masquée pour tous dans une école à Lille le 1er septembre 2020
Rentrée masquée pour tous dans une école à Lille le 1er septembre 2020
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© AFP, DENIS CHARLET

, publié le vendredi 11 septembre 2020 à 10h57

En cours de langue, de musique ou encore en maternelle, le masque est clairement vécu comme une gêne par les professeurs, qui utilisent en temps normal le mouvement des lèvres pour transmettre leur discipline.

Depuis le début de l'année, de nombreux professeurs de langue ont partagé leur expérience et le message est toujours le même: "il est extrêmement compliqué de travailler avec un masque", rapporte Jean-Luc Breton, secrétaire général de l'association des professeurs de langues vivantes (APLV).

La raison est évidente: "pour pouvoir apprendre une langue, il faut qu'on voit la bouche de celui qui l'enseigne", souligne-t-il. Obligés de porter un masque, comme l'ensemble de leurs collègues, les profs de langues semblent ainsi particulièrement "frustrés de ne pas pouvoir exercer leur métier correctement".

Sandrine, professeure d'anglais dans un collège du XIIe à Paris, en fait l'amer constat : "Avec un masque, il est quasiment impossible de transmettre certaines prononciations, comme le son +th+, si particulier". 

Si en juin dernier, elle profitait de groupes restreints dans les classes pour s'éloigner des élèves et baisser son masque quand elle le jugeait opportun, elle ne se permet plus cet écart au protocole depuis la rentrée, avec des effectifs pleins. 

Pour Marion, professeure d'allemand dans le Val-de-Marne, l'apprentissage avec masques va surtout être compliqué pour les débutants. "Les élèves, notamment au début, ont besoin de lire sur nos lèvres pour comprendre", explique-t-elle. "En temps normal, ils ne parlent déjà pas très fort et là, je leur demande souvent de répéter, d'articuler, ce n'est pas facile pour eux non plus".

"On ne s'entend pas", renchérit Katrin, prof d'allemand dans un collège de l'académie de Versailles.

 - "Mode dégradé" -

Cette enseignante a trouvé une parade: elle utilise en classe un petit micro, qui lui permet de "ne pas trop forcer sur la voix" et d'être audible. Mais cela ne suffit pas à gommer les inconvénients du masque. "Plus que dans d'autres matières, en langue les expressions du visage sont extrêmement importantes, on donne des indications cruciales avec les mimiques que l'on fait", explique-t-elle.

Mieux vaut encore des masques que pas de cours du tout, reconnaissent les enseignants interrogés. Mais "il ne faudrait pas que ça dure comme ça toute l'année", lance Katrin, qui a le sentiment d'enseigner "en mode dégradé". 

Elle songe déjà à projeter dans sa classe des vidéos avec des professeurs prononçant explicitement les sons enseignés, ce qu'il lui est impossible de faire sous son masque.

Les professeurs de langues ne sont pas les seuls à être particulièrement incommodés par ce nouvel accessoire.

En cours de musique aussi, la gêne est évidente. "Enseigner la musique est un sport", explique Anne-Claire Scebalt, présidente de l'association des professeurs d'éducation musicale (Apemu). "Chanter est bien plus physique que parler, on mobilise beaucoup de souffle". Chanter avec un masque s'avère donc..."épuisant" !,  décrit cette prof de musique à Epinal (Vosges).  

Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a expliqué à la rentrée qu'il était tout à fait possible de chanter avec un masque, à condition de ne pas rechercher la puissance vocale.

"Chanter 7 heures d'affilée dans des classes de 25 ou 30 élèves, ce n'est pas le même enjeu avec ou sans un masque", insiste Mme Scebalt.  

Tous ces professeurs regrettent de ne pas être éligibles aux masques transparents, qui ont été promis aux enseignants de maternelle ou à ceux qui ont des élèves malentendants.

Jean-Michel Blanquer a annoncé lundi que 300.000 masques de ce type seraient bientôt déployés.

Pour Laetitia, professeure en grande et moyenne section à Paris, ce pourrait être "un moindre mal". "Dès qu'on fait de la phonologie, qu'on travaille sur les sons, les enfants entendent moins bien, ont du mal à répéter", raconte-t-elle. Son école du XVIIIe arrondissement compte par ailleurs de nombreux élèves allophones, qui maîtrisent mal le français. "Pour eux, le masque est une barrière de plus", regrette-t-elle.

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