Covid-19: deux Français sur trois désormais soumis au couvre-feu

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Le couvre feu square Kléber à Strasbourg, le 24 octobre 2020
Le couvre feu square Kléber à Strasbourg, le 24 octobre 2020
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© AFP, Patrick HERTZOG

, publié le samedi 24 octobre 2020 à 23h00

Alors que deux Français sur trois sont désormais soumis à un couvre-feu nocturne pour tenter d'enrayer la progression exponentielle du Covid-19, l'Assemblée nationale a adopté samedi en première lecture la prorogation de l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 16 février.

Le projet de loi qui vise à prolonger ce régime d'exception, redéclenché samedi dernier, a été voté par 71 voix contre 35 et devrait être adopté définitivement début novembre, après un passage mercredi au Sénat.

Il autorise l'exécutif à instaurer des restrictions pour faire face à une "période qui sera longue et difficile", a prévenu le ministre de la Santé Olivier Véran, alors qu'un nouveau record de 45.422 nouvelles contaminations au Covid-19 a été atteint samedi en 24 heures, la barre du million de cas confirmés ayant été franchie la veille.

Un décret publié dans la nuit de vendredi à samedi avait déjà étendu le couvre-feu imposé à l'Ile-de-France et aux grandes métropoles pour toucher au total 54 départements en plus de la Polynésie, soit 46 millions de Français privés de déplacements entre 21H et 6H00 du matin.

Face à la deuxième vague de l'épidémie qui déferle sur le pays, "le meilleur moyen" de "soulager l'hôpital, c'est finalement de ne pas tomber malade", a justifié le Premier ministre Jean Castex à l'issue d'une visite à l'Hôpital Nord de Marseille. "Cela dépend de chacune et chacun et d'entre nous" a-t-il insisté, appelant la population à respecter "à tout prix" le couvre-feu et "encore mieux, tous les gestes barrières", y compris dans la sphère privée.

La veille, le président Emmanuel Macron a jugé qu'il était trop tôt pour prévoir "des reconfinements locaux ou plus larges", préférant attendre "le milieu de la semaine prochaine (pour avoir) une vision plus claire de l'impact des mesures" prises. Mais il faudra vivre avec le virus "au mieux jusqu'à l'été 2021", a-t-il averti.

Le taux de positivité des tests ne cesse de grimper, atteignant samedi 16% contre 15,1% la veille, et seulement 4,5% début septembre. Le bilan s'alourdit aussi chaque jour, avec 138 nouveaux décès, portant le total à au moins 34.645 morts.

Et la pression s'accentue à l'hôpital, où le nombre de malades graves du Covid-19 frôle désormais les 2.500 dans les services de réanimation.

"La différence par rapport à la première vague c'est qu'on a toutes les pathologies chroniques de la période hivernale à prendre en charge", a souligné sur CNews Agnès Ricard-Hibon, médecin urgentiste.

- "Atteinte aux libertés" -


"On essaie d'anticiper un peu plus, un peu mieux, on a plus de moyens matériels mais pas assez de personnels soignants", a renchéri sur BFMTV Nadège Houbgbo, infirmière en réa à Lariboisière. 

Armements de lits de réa supplémentaires, déprogrammation d'opérations, annulation de congés et appel aux volontaires... L'hôpital a sonné l'alerte générale.

Mais dans la vallée du Gier (Loire), la situation est déjà si tendue que des maires ont réclamé à l'Etat l'assistance sanitaire de l'armée pour pallier le manque de soignants, comme pour Mulhouse au printemps dernier.

Au rythme actuel, "tous les patients qui le nécessiteront ne pourront plus être admis en réanimation dans l'Hôpital du Gier d'ici 15 jours", s'alarme notamment Vincent Bony, maire de Rive-de-Gier.

Si la population échappe pour l'heure au confinement, le couvre-feu n'en reste pas moins difficile à digérer pour certains.

"Ça va beaucoup nous affecter", s'inquiète le patron d'un bar-restaurant de Strasbourg, Franck Meunier, qui gère plusieurs établissements et s'attend à une baisse de chiffre d'affaires entre "30 et 40%".

A Lyon, les bouchons privés de clients le soir renouent avec la tradition du "mâchon", un repas de cochonnailles bien arrosé à déguster le matin. "Même si on a le sourire, la situation est compliquée", soupire le patron du "Poêlon d'Or" Yann Lalle.

Dans une tribune parue dans Le Monde, la défenseure des droits Claire Hédon se demande si le couvre-feu est la mesure "la plus adéquate, considérant l'ampleur de l'atteinte aux libertés qu'elle implique" et en appelle à un "débat public approfondi".

De son côté, le généticien Axel Kahn a estimé sur franceinfo que la réouverture des universités à la rentrée était une "erreur grossière" compte tenu du nombre "considérable" de "contaminations d'étudiants". 

Pendant ce temps, le virus continue de jouer les trouble-fêtes : le match de Ligue 1 Lens-Nantes a été reporté samedi après la découverte de 11 cas positifs dans l'effectif lensois à la veille de la rencontre.

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