Covid-19 : des "défauts manifestes d'anticipation et de gestion" de la crise, selon les experts mandatés par Emmanuel Macron

Covid-19 : des "défauts manifestes d'anticipation et de gestion" de la crise, selon les experts mandatés par Emmanuel Macron
Une fabrique de masques chirurgicaux, en août 2020.

, publié le mardi 13 octobre 2020 à 20h50

Les experts ont en revanche souligné que la "gestion des conséquences économiques" de la crise paraissait "satisfaisante" et que le système hospitalier avait "tenu" en France, "contrairement à d'autres endroits".

"Retard d'appréciation" de la gravité de la crise sanitaire, retard dans le déploiement à grande échelle des tests, manque de coordination entre les différents acteurs... A la veille d'une allocution du président de la République sur l'épidémie de Covid-19, le rapport d'étape de la mission d'évaluation de la gestion de la crise du coronavirus, mandatée en juin par Emmanuel Macron, juge sévèrement l'exécutif.



Présenté mardi 13 octobre, le rapport des cinq experts de la mission pointe des "défauts manifestes d'anticipation, de préparation et de gestion" dans les aspects sanitaires.

Selon ces experts, présidé par l'infectiologue suisse Didier Pittet, disponibilité des masques, déploiement des tests, coordination entre les différents acteurs et déclin de la priorité accordée à la prévention constituent des points faibles dans les décisions prises ces derniers mois.

Les "principaux constats" ont été réunis dans un rapport d'étape "pour donner des conseils qui puissent être utiles éventuellement en ce moment", a expliqué le Pr Pittet au cours d'une conférence de presse, alors que la France connaît une nette recrudescence de l'épidémie et que le président de la République s'exprimera mercredi soir, sans doute pour annoncer de nouvelles mesures. Le rapport final sera rendu au mois de décembre. 

Ce premier rapport "pointe des erreurs", mais "c'est précisément pour cela que le président de la République l'a demandé. Pour (...) qu'on sache, à la lumière de ce qui nous a fait défaut, ne plus reproduire les mêmes erreurs", a assuré l'Elysée à l'AFP.

Comparée à ses voisins européens, la France occupe "une position intermédiaire" en matière d'excès de mortalité, mais "présente une chute de PIB particulièrement forte", liée "pour l'essentiel à l'intensité des mesures de confinement", constate la mission. Pour apprécier la sévérité de l'épidémie, le rapport calcule notamment que la France est restée pendant 68 jours au-dessus du seuil d'un décès lié au Covid-19 par million d'habitants, contre 44 jours en Allemagne, mais 97 en Italie, 100 en Espagne et 183 aux Etats-Unis.

Parmi les points faibles, "la dynamique de l'épidémie a pris de vitesse" les systèmes de surveillance sanitaire, entraînant un "retard d'appréciation" sur la gravité de la crise, estime le rapport. "Les capteurs de détection (...) n'ont pas bien fonctionné", résume Didier Pittet : l'envolée du nombre de contaminations n'a pas été repérée et c'est seulement lorsque les patients ont afflué dans les réanimations que l'on a pris la mesure de l'ampleur du problème.

En matière de tests de dépistage, les experts font à leur tour le constat d'un "retard dans leur déploiement à grande échelle", en particulier par rapport à l'Allemagne, qui s'explique en partie parce que la France n'avait "pas l'habitude d'associer les laboratoires de biologie privée à la stratégie", a expliqué au cours de la conférence de presse Pierre Parneix, membre de la mission d'évaluation. Le médecin de santé publique au CHU de Bordeaux regrette aussi le faible nombre d'"épidémiologistes de terrain" qui auraient été utiles pour un meilleur contrôle des chaînes de transmission du coronavirus.

En revanche, la "gestion des conséquences économiques" de la crise sanitaire "apparaît satisfaisante", l'emploi notamment ayant "bien résisté" au regard de l'ampleur du choc sur l'activité économique, "grâce aux dipositifs d'activité partielle". Autre motif de satisfaction : le système hospitalier "a tenu" en France, "contrairement à d'autres endroits", souligne le Pr Pittet. Mais l'"effort considérable d'adaptation et de mobilisation" fourni par les professionnels de santé "n'est pas forcément aisément renouvelable dans les mois à venir", avertit le rapport.

La mission estime aussi que "la communication gagnerait à être améliorée", déplorant "un manque de pédagogie sur la pertinence des mesures mises en oeuvre, un appel réduit à la responsabilité des citoyens et une communication insuffisamment tournée vers les jeunes".

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