Covid-19 : comment recycle-t-on les masques en France ?

Covid-19 : comment recycle-t-on les masques en France ?
(Photo d'illustration)

publié le dimanche 23 mai 2021 à 15h00

Entre 6,8 et 13,7 milliards de masques jetables sont utilisés par an en France depuis le début de la crise sanitaire, soit 40.000 de déchets non recyclés en 2020. Face à ce phénomène, plusieurs filières de recyclage ont émergé. 

En cherchant à ralentir la propagation de la pandémie de Covid-19, la planète en a accéléré une autre : la pollution plastique.

Au moins 129 milliards de masques chirurgicaux, composés de polypropylène, élastique et métal, sont utilisés chaque mois dans le monde, selon la Société américaine de chimie, soit plus de quatre milliards par jour. Résultat : ils s'accumulent sur les parkings de supermarchés, le long des rivières, bouchent des égouts, ou étouffent des animaux marins. 



En France, entre 6,8 et 13,7 milliards de masques jetables sont utilisés par an depuis le début de la crise sanitaire, selon l'Agence pour la diffusion de l'information technologique (ADIT), citée fin janvier dans le rapport d'une "mission flash" des députés Danielle Brulebois et Gérard Leseul sur la question. Cela représente 40.000 tonnes de déchets non recyclés en 2020, précise le même rapport en s'appuyant sur un chiffre de la direction générale de la prévention des risques (DGPR). Une fraction des quelque 3,5 millions de tonnes de déchets plastiques produits annuellement en France, qu'il ne faut pas néanmoins négliger. 

Si le recyclage des masques progresse, il se heurte néanmoins à une faible rentabilité. "Le coût de collecte, de tri et de recyclage est très élevé, comparé à la valeur du matériau qui en résulte", explique à l'AFP Tom Szaky, directeur général de TerraCycle, basée dans le New Jersey aux Etats-Unis, contrairement à l'aluminium des canettes par exemple.

Dans l'Hexagone, des filières voient néanmoins le jour. Les hôpitaux de Paris et plusieurs grands groupes comme le géant des matériaux Saint Gobain ou la chaîne de télévision TF1 récupèrent leurs masques dans des boîtes de tri. 

Quelles méthodes de recyclage?

Une méthode consiste à séparer les composants (barrette en métal, élastiques de maintien) pour ne garder que le polypropylène, qui constitue 90% des masques jetables. Transformée en granulés, cette "matière première secondaire" pourra être utilisée dans l'industrie, notamment automobile ou textile.

Il est aussi possible de broyer ensemble les composants du masque. Mixé avec une résine, le broyat pourra être utilisé pour fabriquer de nouveaux objets par moulage (manches d'outils ou encore règles et rapporteurs).

Une autre piste est évoquée par le rapport parlementaire des députés Danielle Brulebois et Gérard Leseul : le lavage des masques chirurgicaux pour les réutiliser. Selon un consortium de chercheurs "les masques chirurgicaux maintiennent leurs performances de protection après plusieurs cycles de lavage à 60°C avec détergent".

Quelles filières ?

"Les outils industriels des acteurs majeurs (du recyclage) ne sont pas adaptés, car on est sur des petits gisements", ce sont donc "beaucoup d'initiatives locales, surtout des start-up", résume Marc Cheverry, directeur "économie circulaire et déchets" à l'Agence de la transition écologique (Ademe). La première difficulté tient à la collecte des masques. Impossible de les jeter avec les autres plastiques, d'abord pour des raisons sanitaires -ils peuvent être contaminés- mais aussi parce qu'ils sont trop légers et se coincent dans les machines de tri automatique.

Des filières locales de collecte -via des poubelles à masques- et de tri se mettent ainsi en place. Plusieurs entreprises en France sont ensuite capables de les recycler, comme par exemple Cosmolys (Nord), Neutraliz (Indre-et-Loire), Plaxtil (Vienne), Cycladd (Ain), Versoo (Maine-et-Loire) ou encore FabBRICK (Paris). Et la liste est susceptible de s'allonger : "Nous sommes régulièrement contactés par des entreprises" qui proposent de nouvelles solutions de recyclage, indique le député Gérard Leseul.

Les précautions sanitaires passent par une mise en quarantaine des masques, leur désinfection aux UV ou à haute température ou encore le port d'équipements de protection par les agents chargés de les manipuler.

Que deviendront ces filières après la crise du Covid? "Je suis persuadé que toute la réflexion menée ici peut trouver d'autres issues" par exemple pour le recyclage "des blouses ou des charlottes" dans le secteur de la santé ou même de l'agroalimentaire, anticipe le député Gérard Leseul.

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