Covid-19 : 6 questions sur les risques de contamination chez les enfants

Covid-19 : 6 questions sur les risques de contamination chez les enfants
Dans une école de Bischwiller (Bas-Rhin) le 2 novembre.

, publié le dimanche 08 novembre 2020 à 07h00

Alors que les élèves de primaire doivent désormais porter un masque et que le protocole sanitaire a été renforcé au lycée (mais allégé dans les écoles le 22 septembre), les scientifiques ont toujours des doutes sur la contagiosité des plus jeunes. Les enfants peuvent-ils attraper et transmettre le coronavirus ? A partir de quel âge ? Le point sur l'état des connaissances. 

1. Quels risques pour les enfants ?


Ce qu'on sait, car toutes les études le confirment, c'est que les enfants tombent rarement très malades du Covid-19.




"En cas de diagnostic positif, les enfants sont beaucoup moins susceptibles d'être hospitalisés ou d'avoir une issue fatale que les adultes", selon un rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

Le texte souligne que les moins de 18 ans ne représentent qu'une "petite proportion (moins de 5%)" des cas de Covid-19 répertoriés en Europe.

"Les enfants sont plus susceptibles d'avoir une forme légère, voire asymptomatique" (sans symptômes) et donc d'échapper à toute détection, poursuit l'ECDC. La dernière étude en date est parue fin août dans la revue médicale britannique BMJ. Elle montre que sur 69.500 malades hospitalisés en Grande-Bretagne en janvier et juillet, seuls 650 avaient moins de 19 ans (soit moins de 1%). Et seuls six sont morts, qui avaient tous "de lourdes comorbidités" (d'autres maladies préexistantes). 




On ignore pourquoi les enfants sont moins gravement atteints. Certains scientifiques avancent l'hypothèse d'une "immunité croisée" : avoir été en contact avec les quatre autres coronavirus responsables de banals rhumes protégerait contre le SARS-CoV-2. Or, les enfants sont souvent enrhumés. Mais cela reste à ce stade une hypothèse.

Et des formes graves peuvent exister même chez les enfants, comme l'ont montré des cas d'une nouvelle maladie inflammatoire sans doute liée au Covid-19 observés au printemps dans plusieurs pays. Ils sont toutefois restés très rares.

2. Les enfants sont-ils moins infectés ?

Il n'y a pas de consensus sur cette question. Plusieurs études suggèrent que le virus semble moins infecter les enfants, surtout en-dessous de 10 ans.

Des échantillons représentatifs de la population ont été testés en Islande, en Espagne, à Genève ou en Italie, pour déterminer le taux de personnes contaminées ou ayant développé des anticorps : les enfants y étaient proportionnellement moins touchés que les adultes. "Ces différences sont faibles et restent à confirmer", prévient toutefois l'ECDC, qui appelle à "des études ciblées pour mieux comprendre la dynamique de l'infection et de la production d'anticorps" chez les enfants.

Aux Etats-Unis, une étude a été lancée en mai sur 2.000 familles pour mieux cerner l'incidence du Covid-19 chez les plus jeunes. "Nous devrions avoir des réponses, avec une bonne étude, d'ici la fin décembre", espère Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des maladies infectieuses. 

3. Les enfants sont-ils moins contagieux ? 

C'est une question cruciale et la véritable inconnue. Certaines études ont conclu que les enfants avaient une charge virale (c'est-à-dire une concentration de virus) comparable à celle des adultes, et qu'ils étaient donc potentiellement tout aussi contagieux.

Mais la charge virale n'est pas le seul critère : les enfants pourraient être moins contagieux car ils ont moins de symptômes, puisque c'est en toussant ou en éternuant qu'une personne infectée risque de transmettre le virus. "Quand ils présentent des symptômes, les enfants excrètent la même quantité de virus que les adultes et sont aussi contaminants qu'eux. On ne sait pas à quel point les enfants asymptomatiques peuvent infecter d'autres personnes", résume l'ECDC.

Cependant, des études ont montré que les enfants, surtout les plus jeunes, contaminaient rarement leurs proches. Parti d'un chalet en Haute-Savoie cet hiver, l'un des premiers foyers en France comprenait un enfant de 9 ans. Or, ce dernier n'a contaminé personne, alors qu'il avait été en contact avec 172 individus, dont 112 élèves et professeurs.

Une autre étude réalisée à Crépy-en-Valois (Oise), commune très touchée par l'épidémie en février-mars, conclut que les enfants de 6 à 11 ans transmettent peu le Covid-19 à l'école, que ce soit aux autres élèves ou aux adultes. Selon ces travaux, la contamination se fait plutôt des adultes vers les enfants que l'inverse.

Nombre d'experts appellent toutefois à distinguer les enfants des adolescents, dont le niveau de contagiosité semble davantage s'assimiler à celui des adultes.

4. A partir de quel âge les enfants sont-ils à risque ? 

"Les adolescents de 12 à 18 ans semblent avoir la même susceptibilité au virus et la même contagiosité vers leur entourage que les adultes. Ils font cependant des formes moins sévères de la maladie comparé aux adultes, avec une proportion de formes asymptomatiques autour de 50%", indique le Haut Conseil de la santé publique, dans un avis du 26 octobre. 

"Les enfants âgés de 6 à 11 ans semblent moins susceptibles, et moins contagieux, comparés aux adultes. Ils font des formes bénignes de la maladie, avec une proportion de formes asymptomatiques autour de 70%. Peu d'épidémies ont été documentées, mais une transmission silencieuse du virus entre enfants a été décrite. En revanche, elle ne semble pas affecter de façon significative les enseignants, mais peut s'accompagner de transmission intrafamiliale secondaire", poursuit le Haut Conseil. 

Quant aux tout-petits, "quelques foyers de transmission limités ont été décrits dans les crèches, sans forme sévère chez les enfants. Les personnels de crèche semblent peu touchés (...) mais des cas de transmission intra-familiale secondaire ont été décrits", indique l'avis. 

5. Un risque modéré en milieu scolaire, vraiment ?

"Les études rassurantes publiées pendant l'été 2020 sur le risque modéré d'épidémies en milieu scolaire l'étaient avant tout parce que la circulation du virus en Europe en post-confinement était faible. La situation a radicalement changé avec la reprise épidémique du mois d'octobre et doit nous conduire à reconsidérer l'ouverture des établissements scolaires", avertit le Haut Conseil de la santé publique dans le même rapport. 

6. A quel âge les enfants devraient-ils porter un masque ? 

Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les enfants de 12 ans et plus doivent porter le masque dans les mêmes conditions que les adultes. Elle enviage aussi que les enfants le portent à partir de 6 ans, à condition de prendre en compte une série de facteurs (le niveau de transmission du virus dans la zone où réside l'enfant, sa capacité à utiliser un masque correctement, etc.).

Certains spécialistes vont encore plus loin et réclament le port du masque dès 3 ans en milieu fermé. "Réduire le risque chez les petits enfants, c'est préserver le plus possible leur scolarisation et protéger leurs parents et grands-parents", estimait l'épidémiologiste Antoine Flahault au moment de la rentrée de septembre. D'autres, dont des pédiatres, objectent qu'un enfant si jeune n'est pas capable de garder un masque sur une longue durée.

Au-delà du masque, la pandémie pose la question de l'hygiène dans les écoles, pour limiter les risques de transmission. Or, avant l'arrivée du Covid-19, environ 43% des écoles dans le monde "ne disposaient pas d'installations de base pour le lavage des mains", selon l'OMS et l'Unicef. 

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