Coronavirus : près de 13.000 détenus en moins dans les prisons françaises

Coronavirus : près de 13.000 détenus en moins dans les prisons françaises
La prison de Villeneuve-Lès-Maguelone, le 23 mars 2020.

, publié le jeudi 14 mai 2020 à 14h59

La chute est liée à une baisse de la délinquance pendant le confinement, au ralentissement de l'activité judiciaire ainsi qu'à des libérations anticipées.

Près de 13.000 détenus ont été libérés des prisons françaises depuis le début de l'épidémie de coronavirus. La reprises de la délinquance et de l'activité judiciaire devrait cependant faire remonter la population carcérale, après cette chute "historique".

"L'activité pénale va reprendre car il faudra faire face à une délinquance de voie publique qui n'existait plus, et avec elle une probable remontée des incarcérations", a prévenu la ministre de la Justice Nicole Belloubet dans un entretien au Figaro, avant le déconfinement.

"Mais, je l'espère, pas au même rythme qu'auparavant. Il faut continuer de travailler pour éviter une remontée en flèche", a ajouté la garde des Sceaux. 


Le 6 mai, il y avait 59.782 détenus dans les 188 prisons françaises, contre 72.500 le 16 mars, ce qui représentait un record. La densité moyenne est tombée à 98% (110% dans les maisons d'arrêt). Une chute liée à une baisse de la délinquance pendant le confinement, au ralentissement de l'activité judiciaire ainsi qu'à des libérations anticipées pour les fins de peine afin d'éviter une crise sanitaire et sécuritaire en détention.  

Pour Jacky Coulon, de l'Union syndicale des magistrats (USM), la hausse des incarcérations est inévitable car "la délinquance va reprendre" et certaines affaires renvoyées pendant le confinement conduiront à des peines de prison. Le directeur de l'Administration pénitentiaire, Stéphane Bredin, estime que "cela va être progressif". "On n'aura pas 5.000 détenus en plus au 30 juin: parce que les sortants naturels (les fins de peine, ndlr) vont continuer à sortir et qu'une partie des mesures exceptionnelles vont se maintenir", dont les remises de fin de peine. 

Les milieux judiciaire et pénitentiaire sont unanimes: il ne faut pas retomber dans la surpopulation chronique qui plombait les prisons jusqu'à mi-mars et qui a valu à la France en janvier une condamnation de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

Pour le procureur de Paris Rémy Heitz, la chute de la population carcérale est "un acquis qu'il va falloir conserver très précieusement". "À nous de veiller afin que le rebond des incarcérations soit le plus limité possible", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. Pour cela, il compte se saisir de la réforme des peines, entrée en vigueur en plein confinement, le 24 mars. La loi limite les emprisonnements de courte durée qui sont "désocialisants et qui nourrissent la récidive". Les peines de moins d'un mois de prison sont désormais interdites et celles de moins de six mois doivent s'exécuter hors détention, notamment à domicile sous bracelet électronique. La loi développe le travail d'intérêt général. Les peines de moins d'un an pourront être aménagées dès l'audience. Les peines de plus d'un an seront en revanche exécutées alors que jusqu'à présent, les condamnations à de la prison ferme allant jusqu'à 2 ans étaient aménageables. 

Pour Cécile Marcel, directrice de la section française de l'Observatoire international des prisons (OIP), la réforme "ne suffira pas, si on continue de recourir à la comparution immédiate et à la détention provisoire comme avant"

La baisse de la population carcérale représente "une occasion historique", juge Adeline Hazan, la contrôleure générale des prisons. "On ne pensait pas qu'elle se présenterait un jour et elle ne se représentera pas. Si les pouvoirs publics ne la saisissent pas, ils auront une lourde responsabilité", met-elle en garde.

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