Coronavirus : les enfants peu touchés, mais vecteurs de la maladie

Coronavirus : les enfants peu touchés, mais vecteurs de la maladie
Un personnel soignant à Brescia, en Italie, le 13 mars 2020.

, publié le vendredi 13 mars 2020 à 16h26

Les scientifiques n'arrivent pas encore a déterminer pourquoi les enfants souffrent moins du coronavirus. Mais "nous savons que les enfants sont infectés", selon un épidémiologiste américain.

La fermeture des écoles est-elle une mesure adaptée ? Si certains en doutent, la décision prise par plusieurs pays dans le monde s'explique notamment par le fait que les enfants, qui sont moins gravement touchés par le nouveau coronavirus, restent vecteurs de la maladie.

Il n'y a eu que peu de cas rapportés d'enfants contaminés depuis l'apparition de la maladie fin décembre à Wuhan, en Chine. Ainsi, selon le rapport de la mission conjointe Chine-OMS publié fin février, seulement 2,4% des plus de 75.000 cas alors confirmés en Chine concernaient des individus de moins de 18 ans. Et une très faible part de ces mineurs avaient développé une forme grave (2,5%) ou critique (0,2%) de la maladie.



"Ils ne semblent pas être très malades ni en mourir", résume Justin Lessler, épidémiologiste à l'université américaine Johns Hopkins.

Mais "nous savons que les enfants sont infectés", assure-t-il à l'AFP. Les enfants "sont tout aussi susceptibles d'être infectés que les adultes", estime ainsi une récente étude à laquelle il a participé, portant sur la situation à Shenzhen, étude publiée il y a quelques jours sans passer le processus habituel de revue par d'autres scientifiques.

Alors pourquoi les enfants n'apparaissent-ils pas dans les statistiques ? Même infectés, "les enfants vont bien et ne vont pas à l'hôpital, donc ils ne sont pas testés", explique à l'AFP Sharon Nachman, professeur à l'école de médecine Renaissance de l'hôpital pour enfants Stony Brooks près de New York.

Les raisons pour lesquelles les plus petits ne manifesteraient que des symptômes légers ne sont pour l'instant pas claires, même s'il existe des hypothèses. "Pour eux, toute infection est une infection nouvelle", commente le Pr Nachman. "Ils voient tellement de maladies lors de leurs premières années que leur système immunitaire est au point et répond bien à ce nouveau virus", poursuit la spécialiste des infections pédiatriques, soulignant toutefois que l'absence actuelle de cas graves "ne veut pas dire que cela n'arrivera jamais".


"Ce n'est pas très clair, mais à mon avis, (les symptômes légers) sont liés à la biologie fondamentale du virus et aux types de cellules qu'il infecte", avance de son côté Ian Jones, professeur de virologie à l'université britannique de Reading. Dans tous les cas, les enfants contaminés, peu malades, "ne vont pas s'auto-confiner ni rester au lit (...), alors le risque qu'ils propagent le virus est plus grand", indique-t-il à l'AFP.

Un risque de propagation qui pose la question de la fermeture massive des écoles décidée dans certains pays, comme la Chine ou l'Italie, et maintenant la France. "C'est une mesure très raisonnable à ce stade", juge Sharon Nachman, estimant que cela peut ralentir la progression du virus. 

Un argument d'ailleurs mis en avant par le président français en annonçant la fermeture des crèches et établissements scolaires dès lundi. Si les enfants ne sont pas tous rassemblés dans une école, ils contaminent moins d'adultes d'un coup, ce qui évite de surcharger les hôpitaux.

"Ça aide à contenir la propagation de l'épidémie mais cela crée d'autres problèmes plus larges pour la société", avec des enfants privés d'éducation et des parents qui ne peuvent pas travailler, tempère de son côté le Dr Thomas House, de l'université de Manchester. C'est encore plus problématique si les parents sont des soignants qui ne peuvent pas aller travailler.


L'Unicef ne prend pas position sur les décisions des États, mais elle s'inquiète des "effets secondaires de l'épidémie et des mesures pour la contrôler, sur les enfants, y compris la fermeture des écoles". Dans un guide publié mardi avec l'OMS et la Croix-Rouge, l'organisation onusienne estime même que maintenir les écoles ouvertes pourrait permettre de combattre la propagation du virus en apprenant aux enfants les gestes barrière qu'ils peuvent ensuite expliquer au reste de leur communauté.

Certains experts sont beaucoup plus critiques, estimant que dans certaines circonstances, la fermeture des écoles est contre-productive. Par exemple en poussant les parents à confier leurs petits aux grands-parents, "un groupe beaucoup plus à risque", souligne le Pr Keith O'Neal, épidémiologiste à l'université de Nottingham. "Nous ne savons pas encore quel rôle les enfants jouent pour la propagation du virus", a-t-il insisté.

Une étude publiée vendredi dans Nature Medicine soulève d'ailleurs de nouvelles interrogations. Les chercheurs ont testé près de 4.000 personnes ayant été en contact avec un malade: 3,5% des adultes étaient contaminés et seulement 1,1% des enfants. Et sur les dix enfants positifs, peu symptomatiques, le virus a été trouvé dans des échantillons de selles même après sa disparition des voies aériennes. Alors les auteurs s'interrogent sur la "possibilité d'une transmission oro-fécale".

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