Coronavirus : les délais pour les tests "encore trop longs", déplore Jean-François Delfraissy

Coronavirus : les délais pour les tests "encore trop longs", déplore Jean-François Delfraissy
Une personne se fait tester au Covid-19 en Mayenne, le 1er juillet 2020.

, publié le mercredi 22 juillet 2020 à 07h50

Si la France a augmenté massivement sa capacité de tests, les délais restent trop longs. Le président du Syndicat des biologistes souligne un problème d'organisation. 

Pour enrayer l'épidémie de coronavirus, les autorités sanitaires encouragent les Français à se faire tester en cas de doutes.

Mais pour trop de personnes, suivre cette consigne se révèle compliquée, notamment en raison des délais nécessaires pour pouvoir faire un test. Car si le pays est capable de faire 700.000 tests par semaine "et même un million s'il le fallait", le ministre de la Santé, Olivier Véran a reconnu sur franceinfo qu'"il y a des endroits où on est à quasi saturation - où on teste énormément, comme l'Ile-de-France (...) - d'autres où il y a beaucoup de marge". "J'ai mobilisé les laboratoires pour qu'ils travaillent davantage les uns avec les autres, j'ai une liste de communes en Ile-de-France où les laboratoires ne font pas encore le moindre test, donc je leur ai dit : 'ça, c'est impossible'", a-t-il ajouté. 



"Les dates de rendez-vous sont encore trop longues, il y a des efforts à faire", a déploré de son côté Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique pendant la pandémie, qui l'a expérimenté à ses dépens, en appelant un laboratoire, sans donner son nom. Résultat : "un rendez-vous six jours plus tard".  Une semaine d'attente pour avoir un test virologique sur ordonnance dans un laboratoire d'analyses de la capitale, pour un jeune homme atteint d'une forte fièvre, selon l'un des témoignages recueillis par l'AFP. Dans un désert médical d'un département peu touché, ce n'est guère mieux, Michèle l'a découvert en cherchant "où faire un test". Confrontée à des médecins pas au courant, à des informations périmées sur le site de son agence régionale de santé (ARS), elle arrache au final un rendez-vous à "J+6"... 

Pourtant l'enjeu est de taille : détecter les porteurs du virus, en priorité ceux qui ont des symptômes, et le plus vite possible afin d'avertir à temps leurs contacts pour les tester et casser les chaînes de transmission. Pour le directeur de l'ARS francilienne, Aurélien Rousseau, trois facteurs de tensions favorisent les "goulets d'étranglement" : la reprise de la chirurgie (tests avant d'opérer), les tests avant de partir en congé et les envois massifs de bons de dépistage de l'Assurance maladie. Plus de 2 millions ont déjà été distribués.

"On aimerait que les politiques, avant de faire des annonces, travaillent avec les administrations pour que tout soit prêt", peste François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDB). "Ce n'est pas un problème technique, mais d'organisation (...) J'ai déjà dit il y a deux mois que dépister des milliers de gens au même endroit en même temps moment poserait problème. Il y a un temps incompressible de prélèvement, de nettoyage des salles pour assurer la sécurité", explique le biologiste. Sans oublier, les autres examens (cancers, diabètes...) et les congés du personnel fatigué", explique-t-il.

Les 40.000 techniciens de laboratoire peuvent désormais faire les prélèvement en plus des biologistes médicaux. Les préfets de département peuvent aussi autoriser des étudiants en médecine ou en soins infirmiers à en faire. Dans certaines régions les pompiers ou La Croix-Rouge aident. Mais le président du SDB "ne voit pas comment on peut y arriver s'il n'y pas plus de soignants qui s'y mettent" aussi. Allusion notamment aux plus de 200.000 médecins en activité qui pourraient participer aux prélèvements. Le syndicat a d'ailleurs mis en ligne un tutoriel montrant comment les effectuer correctement. 

Les tests salivaires virologiques sur machine "feraient gagner énormément de temps", dit-il aussi. Certains biologistes les utilisent "à titre expérimental et travaillent sur ce sujet avec le CNR" (centre national de référence), selon Lionel Barrand du Syndicat des Jeunes Biologistes Médicaux. Mais "ces tests-là ne sont pas fiables", a jugé le Pr Delfraissy, même s'il pense qu'ils vont évoluer et que "d'ici fin août", on pourra les avoir.

La possibilité prochaine de pouvoir faire le test classique sans ordonnance, annoncée par le président Macron le 14 juillet, va ajouter à l'encombrement et "nécessiter une organisation logistique", a reconnu le ministre de la Santé. "On l'a vu en Ile-de-France : quand on propose à un million de personnes de se faire tester, il y a un effet de saturation". Et la prise en charge par l'Assurance maladie du test (54 euros) sans ordonnance était lundi toujours en discussion, déplore François Blanchecotte.
 

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