Coronavirus : le surpoids est-il un facteur aggravant ?

Coronavirus : le surpoids est-il un facteur aggravant ?
Le CHU d'Angers le 23 octobre 2013.

, publié le mercredi 08 avril 2020 à 14h06

Selon les premières données d'un registre national, 83 % des patients en réanimation à cause du coronavirus sont en surpoids, rapporte Le Monde. "L'obésité  d'une part, mais même le surpoids, (peuvent) devenir un facteur de risque d'infection sévère", a de son côté souligné mardi soir le directeur général de la Santé.

La France a passé mardi 7 avril la barre des 10.000 morts depuis le début de l'épidémie de coronavirus. Quelque 30.000 personnes sont par ailleurs hospitalisées, dont 7.131 cas graves en réanimation.

"C'est un indicateur que l'épidémie continue sa progression", a relevé le directeur général de la Santé Jérôme Salomon.



Parmi eux, combien sont en surpoids ? Les premières données du Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA), qui se base sur des informations concernant plus de 2.000 malades pris en charge dans 195 services de réanimation francophones, français essentiellement, révèlent que 83% des patients sont en surpoids ou obèses avec souvent une association avec un diabète ou une hypertension artérielle, a dévoilé mardi Le Monde. "Il s'agit dans les trois quarts des cas d'hommes et la médiane d'âge est de 63 ans", précise Matthieu Schmidt, réanimateur médical à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), coordinateur du registre. 



"Il y a très souvent un facteur de risque retrouvé dans les infections virales graves. Un lien entre le surpoids et la survenue d'une forme sévère a été démontré dans la grippe, en particulier", a de son côté affirmé mardi soir Jérôme Salomon. Le numéro 2 du ministère de la Santé a néanmoins assuré que les autorités sanitaires sont très attentives "à ce que les personnes en surpoids important signalent rapidement une détérioration de leur état clinique et en particulier l'apparition de difficultés respiratoires". 

Des facteurs aggravants

Pourquoi les patients en surpoids sont-ils plus à risque ? Le professeur Jean-Michel Oppert, à la tête du service de nutrition de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), explique au Monde que l'obésité "augmente le risque d'embolie pulmonaire". "Or l'infection au nouveau coronavirus expose déjà particulièrement aux complications thrombo-emboliques", précise-t-il. "D'autres anomalies associées à l'obésité peuvent pénaliser ces patients : des troubles ventilatoires, mais aussi un état inflammatoire 'à bas bruit' et un déficit immunitaire chronique. Ces facteurs sont délétères lors d'infections virales respiratoires comme la grippe ou le Covid", ajoute-t-il. 

Le sujet est néanmoins à prendre avec des pincettes. Karine Clément, professeure de nutrition à la Pitié-Salpêtrière et vice-présidente de l'Association française d'étude et de recherche sur l'obésité (Afero), souligne ainsi qu'il s'agit d'un "sujet controversé" car "cela dépend des causes de la réanimation". "Dans les données disponibles, on retrouve souvent l'association de plusieurs pathologies : diabète de type 2, hypertension artérielle, maladies cardiaques et obésité. Mais il faudrait savoir si une obésité à elle seule, sans comorbidité, prédispose aux formes sévères", explique-t-elle. 

En France, on dénombre environ 1,3 million de personnes en situation d'obésité sévère de grade 2, autrement dit avec un IMC supérieur à 35, et 600.000 en situation l'obésité de grade 3 (IMC supérieur à 40).

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