Coronavirus : la chloroquine promue par le professeur Raoult peut augmenter le risque de décès, selon une étude

Coronavirus : la chloroquine promue par le professeur Raoult peut augmenter le risque de décès, selon une étude
Le professeur Didier Raoult.

, publié le vendredi 22 mai 2020 à 21h02

Une étude publiée dans The Lancet ce vendredi 22 mai démontre que ni la chloroquine, ni son dérivé l'hydroxychloroquine, ne sont efficaces contre le Covid-19. Les molécules augmentent le risque de décès et d'arythmie cardiaque.

La chloroquine, un traitement utilisé dans le monde entier pour lutter contre le coronavirus, préconisé par le désormais célèbre professeur Didier Raoult.

Donald Trump a lui-même annoncé lundi 18 mai qu'il en prenait, depuis deux semaines, comme traitement préventif. Pourtant, selon une vaste étude parue ce vendredi 22 mai dans The Lancet, ni la chloroquine, ni son dérivé l'hydroxychloroquine ne se montrent efficaces contre le Covid-19 chez les malades hospitalisés. Pire : ces molécules augmentent même le risque de décès et d'arythmie cardiaque. L'étude recommande de ne pas les prescrire en dehors des essais cliniques.



Menée sur près de 15.000 malades, il s'agit de la "première étude à large échelle" à montrer une "preuve statistique robuste" que ces deux traitements qui font couler tant d'encre, "ne bénéficient pas aux patients du Covid-19", déclare dans un communiqué le docteur Mandeep Mehra, auteur principal de l'étude publiée dans la prestigieuse revue médicale.

Ces patients ont reçu quatre combinaisons différentes à base de chloroquine (un anti-paludéen) et d'hydroxychloroquine (prescrit contre la polyarthrite rhumatoïde par exemple) : les traitements étaient soit administrés seuls, soit associés à un antibiotique de la famille des macrolides.

L'étude a analysé des données d'environ 96.000 patients infectés par le virus SARS-CoV-2 admis dans 671 hôpitaux entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020, sortis ou décédés depuis. Environ 15.000 d'entre eux ont reçu l'une des quatre combinaisons (chloroquine seule ou associée à l'antibiotique, hydroxychloroquine seule ou associée à ce même antibiotique), puis ces quatre groupes ont été comparés aux 81.000 malades du groupe témoin n'ayant pas reçu ce traitement.

Résultat, les quatre traitements ont tous été associés à un risque de mortalité bien plus élevé qu'au sein du groupe témoin (qui était de 9,3%) : 16,4% de décès pour la chloroquine seule, 22,2% quand elle était combinée à l'antibiotique; 18% pour l'hydroxychloroquine seule, et 23,8% quand elle était associée au même antibiotique. Les auteurs estiment ainsi que le risque de mortalité est de 34% à 45% plus élevé chez des patients prenant ces traitements que chez des patients présentant des facteurs de comorbidité, c'est-à-dire de facteurs de risques.

Une confirmation "urgente" demandée via des essais cliniques

Ils ont aussi découvert de sérieuses arythmies cardiaques graves plus fréquentes chez les patients recevant chloroquine ou hydroxychloroquine, surtout avec la combinaison hydroxycholroquine/macrolide (8% des malades contre 0,3% dans le groupe témoin).

Le risque d'arythmie serait au final cinq fois plus élevé avec la prise de ces deux molécules, même si le lien de cause à effet n'est pas directement prouvé, expliquent les auteurs qui demandent une confirmation "urgente" via des essais cliniques randomisés (patients choisis par tirage au sort) avant toute conclusion.

Soulignant que des études préliminaires à petite échelle ont déjà "échoué à identifier des preuves robustes d'un bénéfice" de ces deux traitements, "nous savons maintenant avec notre étude que les chances d'améliorer" l'état des malades du Covid-19 "sont plutôt minces", écrit le Dr Frank Ruschitzka, du centre hospitalier universitaire de Zurich, coauteur. L'hydroxychloroquine est actuellement testée dans plusieurs essais cliniques, dont l'essai européen Discovery.


Le traitement a provoqué la médiatisation du professeur Didier Raoult, à la fois décrié et adulé. Preuve de l'engouement autour de l'infectiologue, spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes : Epidémies: vrais dangers et fausses alertes, est rentré dans le top 20 des meilleures ventes de livres GfK/Livres Hebdo. Face aux nombreuses polémiques autour de la chloroquine, Didier Raoult regrettait mardi 19 mai d'assister à "une hallucination collective et une dramatisation autour de l'hydroxycloroquine. C'est un médicament banal. Ceux qui ne veulent pas en prendre atteignent un degré de folie extrêmement intéressant", a-t-il déploré, joint par Radio Classique.

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