Coronavirus : faut-il réduire la quatorzaine ?

Coronavirus : faut-il réduire la quatorzaine ?
"Il faut augmenter notre capacité à pouvoir faire des tests", martèlent les spécialistes (photo d'illustration)
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, publié le lundi 07 septembre 2020 à 12h44

Dans les médias, les spécialistes estiment que réduire la quatorzaine, comme l'envisage le gouvernement, est plutôt une bonne idée. En revanche, ils insistent sur les changements à apporter à la politique de tests, les délais de rendez-vous et de résultats restant trop long actuellement. 

Avec près de 25.000 nouveaux cas en trois jours, et des indicateurs qui continuent globalement de se détériorer, l'épidémie de Covid-19 continue de gagner du terrain et les spécialistes tirent la sonnette d'alarme.

Malgré ce contexte préoccupant, le gouvernement envisage d'assouplir une des mesures appliquées dans le cadre de la lutte contre le coronavirus : la "quatorzaine", cette période de deux semaines d'isolement préconisée aux malades et aux fameux "cas contacts" (susceptibles d'avoir été contaminés), pour limiter la transmission du Covid-19, pourrait être raccourcie. 




Le ministre de la Santé Olivier a indiqué samedi 5 septembre sur BFMTV qu'il avait demandé "aux autorités scientifiques de donner un avis pour savoir si on ne peut pas réduire" la période d'isolement pour les cas contacts, estimant que "cette fameuse quatorzaine (...) est sans doute trop longue"

Cet avis a été remis au gouvernement jeudi soir, mais n'a pas encore été rendu public, a indiqué le Conseil scientifique à l'AFP. Selon le JDD, il plaide pour un raccourcissement à sept jours de la durée d'isolement. La décision pourrait être prise "lors du prochain Conseil de défense", a affirmé dimanche la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.

"La contagiosité est essentiellement lors de la première semaine"

Le professeur Rémi Salomon, président de la Commission médicale de l'AP-HP, fait partie des scientifiques qui sont pour raccourcir cette période. "c'est une bonne idée", a-t-il jugé lundi matin sur Europe 1. "La contagiosité est essentiellement lors de la première semaine", rappelle le spécialiste. 

Interrogée sur Franceinfo à ce sujet, Anne-Claude Crémieux, professeure de maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis à Paris et membre de l'Académie nationale de médecine, estime effectivement que 14 jours d'isolement ne sont pas indispensables. "On a pas mal de données aujourd'hui pour mieux fixer cette fameuse période où on est contagieux. On sait qu'on est contagieux 48 heures avant la survenue des symptômes et jusqu'à 8 à 10 jours après. Ce qui fait qu'effectivement, aujourd'hui, la période de 14 jours apparaît trop longue et certaine pays, comme les Etats-Unis d'ailleurs, le Center for Disease Control, ont raccourci cette période d'isolement à dix jours", a-t-elle souligné.

La question des tests

Les deux experts préfèrent toutefois insister sur les changements à apporter à la politique de tests, les files d'attente et les délais de plus en plus longs pour obtenir les résultats amoindrissant l'efficacité de la riposte face au Covid-19. "C'est un vrai frein dans notre stratégie", a déploré Mme Crémieux. "On sait que pour que ça soit efficace, il faut pouvoir tester les personnes symptomatiques dans les 24 heures après la survenue des symptômes et leur donner le résultat immédiatement (...)  si on a les résultats huit jours après le début des symptômes, à ce moment-là, on est quasiment plus contagieux. Par conséquent, l'isolement ne sert à rien", a-t-elle martelé. 

"Il faut augmenter notre capacité à pouvoir faire des tests", a-t-elle insisté. Selon Olivier Véran, l'accès aux tests devrait s'améliorer d'ici "deux, trois semaines au plus tard".

"Trier" les bonnes et mauvaises quatorzaines

Même écourté, faire respecter l'isolement reste un défi, avertit toutefois Rémi Salomon. Auprès de l'AFP, le néphrologue pédiatrique appelle à réfléchir à "des mesures économiques, des indemnités" pour les populations précaires et les professions indépendantes, qui aujourd'hui refusent parfois d'aller "se faire tester par crainte d'être isolées, d'être obligées de s'arrêter" de travailler.

L'isolement, s'il est essentiel pour empêcher l'épidémie de se propager, entraîne en effet de lourdes conséquences pratiques et économiques, qu'il s'agisse d'un salarié renvoyé chez lui, d'un indépendant devant suspendre son activité ou d'un enfant que ses parents devront garder. Raccourcir sa durée pourrait donc en limiter l'impact, mais ce serait un mauvais calcul, selon l'épidémiologiste Catherine Hill. "Une stratégie qui consiste à laisser le virus circuler, c'est une grenade dégoupillée, qui coûtera bien plus cher que de bien faire les choses", déclare-t-elle, estimant qu'il n'y a pas de justification à ce raccourcissement".

Si on veut alléger le fardeau des quarantaines, on fait les choses "dans le désordre", estime aussi Martin Blachier, médecin de santé publique interrogé par l'AFP. Il faudrait d'abord "trier" les bonnes et les mauvaises quatorzaines, car aujourd'hui "90% sont inutiles" selon lui, parce qu'elles concernent des cas contacts qui ne sont pas vraiment "à risque".

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