Coronavirus : faut-il généraliser le traitement à la chloroquine ?

Coronavirus : faut-il généraliser le traitement à la chloroquine ?
La députée LR Valérie Boyer, infectée par le Covid-19, est traitée avec de la chloroquine.

, publié le lundi 23 mars 2020 à 11h00

Plusieurs personnalités politiques demandent à l'exécutif de permettre rapidement l'utilisation de la chloroquine à grande échelle. L'efficacité de ce médicament anti-paludique est en cours d'évaluation.

Un  spécialiste des maladies infectieuses, le professeur Raoult, a conduit à Marseille une première étude prometteuse, mais sur seulement 24 patients. La députée LR Valérie Boyer, elle-même contaminée, est traitée à la chloroquine par le Pr Raoult. 

Plusieurs élus, notamment de droite, font monter la pression pour généraliser rapidement l'utilisation de la chloroquine pour traiter le Covid-19. Mais l'efficacité de cet anti-paludique est toujours en cours d'évaluation scientifique. Le spécialiste des maladies infectieuses Didier Raoult a conduit à Marseille une première étude prometteuse, mais sur un échantillon de 24 patients seulement.

La députée LR Valérie Boyer prend de la chloroquine

La députée Les Républicains (LR) des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer, infectée par le coronavirus, est elle-même suivie par le Dr Raoult et traitée avec de la chloroquine depuis le 16 mars, selon RTL. Elle "retourne à l'hôpital ce lundi 23 mars pour voir si sa charge virale a diminué ou non", a-t-elle expliqué à la radio. "Cela fait des années que Didier Raoult utilise ce médicament sur des malades", argue-t-elle. "Qu'est ce que l'on a d'autre à proposer ?", s'interroge la députée. "Nous n'avons pas affaire à un charlatan mais un homme de science", a-t-elle encore plaidé sur BFMTV.


Le maire LR de Nice, Christian Estrosi, lui aussi contaminé, a déclaré dimanche sur Radio J qu'il a "envie qu'on fasse confiance" à Didier Raoult. "L'hôpital de Nice aujourd'hui a été approvisionné avec Sanofi (en chloroquine, ndlr), comme d'autres établissements hospitaliers de notre pays (...) il y a des protocoles et à partir du moment où le médecin hospitalier se tourne vers les familles en demandant si elles sont d'accord, eh bien tant mieux", estime Christian Estrosi, qui lui-même va "bien".

"On n'a pas le temps d'expérimenter sur des souris pendant six mois"

"Je sais qu'il y a un débat médical, scientifique (...), mais lorsque, comme le dit le président de la République, la guerre est déclarée, on n'a pas le temps d'expérimenter sur des souris pendant six mois", a-t-il renchéri lundi sur BFMTV




"La chloroquine, pourquoi ne l'utilise-t-on pas ?", s'est aussi interrogé le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, dimanche sur France Inter. "Elle a un avantage, elle n'est pas chère. Est-ce que c'est parce que les grands labos aimeraient se faire de l'argent sur le dos de nos concitoyens ?", a-t-il poursuivi. Bruno Retailleau plaide pour "qu'on n'attende pas ce que les milieux académiques peuvent attendre, c'est-à-dire des règles standards, académiques, de la recherche de risques". 

"Peut-être faut-il simplement le prescrire en milieu hospitalier (...) De toute façon qu'est-ce qu'on risque ? Les gens meurent", insiste le sénateur. "On a eu suffisamment de retard sur les masques, les tests, le confinement, pour qu'on n'en prenne pas sur le traitement", observe-t-il. 

L'étude du Pr Raoult doit être reproduite "à plus large échelle" 

Le président du Conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni a pour sa part demandé au gouvernement "de consulter les praticiens et autorités sanitaires de l'île pour que la Corse puisse intégrer immédiatement le programme visant à confirmer l'efficacité du traitement".

Le ministre de la Santé Olivier Véran a demandé à ce que l'étude du professeur Raoult "puisse être reproduite à plus large échelle dans d'autres centres hospitaliers, par d'autres équipes indépendants". Un complément nécessaire car "jamais aucun pays au monde n'a accordé une autorisation de traitement sur la base d'une étude comme celle-ci", a-t-il fait valoir samedi. 

Expérimentations à Paris et Lille 

Olivier Véran espère des résultats d'ici 15 jours. "L'histoire de maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles, peuplée de déceptions, de prises de risques inconsidérées aussi", a-t-il averti. 

Le traitement à la chloroquine, "nous n'hésitons pas à le mettre en place mais nous suivons un protocole scientifique", a insisté dimanche sur LCI la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, en indiquant que des expérimentations se poursuivent "à Lille et à Paris".
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.