Coronavirus et précarité : le Secours populaire tire la sonnette d'alarme

Coronavirus et précarité : le Secours populaire tire la sonnette d'alarme
Un bénévole du Secours populaire à Mulhouse, le 11 juin 2020.

, publié le mercredi 30 septembre 2020 à 08h30

"Des gens qui vivaient modestement et discrètement mais qui subvenaient à leurs besoins et qui aujourd'hui n'ont plus de quoi manger". Ce sont eux "les nouveaux visages de la pauvreté" : des anciens salariés, dont les petites entreprises ont fermé à cause de la crise sanitaire.

Un chiffre "absolument énorme".

Le Secours populaire s'est inquiété, mercredi 30 septembre, de l'explosion du nombre de nouveaux précaires dans le sillage de la crise sanitaire et du confinement. Une situation inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, selon l'association.

Pendant les deux mois du confinement, 1.270.000 personnes ont sollicité l'aide du Secours populaire dans ses permanences d'accueil -contre 3,3 millions sur toute l'année 2019. Parmi ces demandeurs, 45% étaient jusque-là inconnus de l'association, indique son baromètre annuel réalisé avec Ipsos. "Un chiffre absolument énorme", s'alarme Henriette Steinberg, secrétaire générale de l'association. "Mais j'ai bien peur que ce soit encore en train d'augmenter", explique-t-elle.

"Nous n'avons jamais vécu une situation pareille depuis la Deuxième Guerre mondiale, et il y a urgence", affirme la responsable associative. "Beaucoup n'avaient jamais demandé d'aide à personne. Et là, non seulement ils n'ont plus de quoi se nourrir, mais ils ne peuvent plus payer leur loyer ni l'électricité". Le confinement a aussi accentué les inégalités scolaires, avec le "manque de matériel informatique (ordinateurs, imprimantes) et d'accès à internet pour suivre l'école à distance, des logements exigus ne permettant pas de s'isoler pour étudier dans le calme", souligne l'association, rappelant que 500.000 enfants auraient décroché scolairement.


Pour 2020, le Secours populaire s'attend donc à un chiffre "largement supérieur" de demandes d'aide par rapport à l'année précédente.

Dans les rues de Paris, les files d'attente pour les distributions alimentaires continuent de s'allonger, face à l'afflux inédit de nouvelles personnes venant s'ajouter aux précaires dont la situation a empiré. Familles monoparentales, personnes âgées, étudiants, mais aussi intérimaires, ou travailleurs indépendants: personne ne semble plus à l'abri de la précarité, selon le Secours populaire. "Ce qui nous inquiète particulièrement, c'est la fermeture de petites entreprises, comme celles du bâtiment ou de la restauration qui représentent beaucoup d'emplois et qui sont obligées de licencier", poursuit Henriette Steinberg. "Vous n'avez qu'à regarder le nombre de rideaux baissés qui n'ont pas rouvert après le déconfinement", dit-elle.

"Ces anciens salariés, que personne n'aide aujourd'hui, ce sont eux les 'nouveaux visages de la pauvreté'", dit-elle. "Des gens qui vivaient modestement et discrètement mais qui subvenaient à leurs besoins et qui aujourd'hui n'ont plus de quoi manger". En France, la forte hausse du chômage déjà enregistrée en 2020 risque de continuer, avec 800.000 suppressions d'emplois attendues cette année selon la Banque de France.

Selon l'ONU, à l'échelle mondiale, la pandémie de Covid-19 pourrait faire basculer plus de 130 millions de personnes supplémentaires dans la faim chronique d'ici à la fin de l'année. 

En France, les étudiants, nombreux à occuper de petits boulots pour financer leurs études, sont eux aussi durement touchés par la crise, note l'association. Kab Niang, responsable de l'antenne du Secours populaire à l'université Paris-8, n'en revient toujours pas, lui qui a fait livrer plus de 1.800 colis alimentaires à ses camarades durant le confinement. "D'habitude on fait une cinquantaine de colis par mois. Mais en 24 heures, j'ai reçu 250 demandes. Et chaque semaine, les demandes étaient plus nombreuses", explique cet étudiant en master de littérature française. "Beaucoup d'entre nous n'avaient plus aucune source de revenus, c'était la galère, même pour payer un loyer de 300 euros en coloc ou en chambre universitaire", dit-il.

Pour compléter les aides fournies par les associations, surtout composées de produits de base comme les pâtes ou le lait, il a lancé une cagnotte avec les professeurs de fac, et récolté jusqu'à 50.000 euros. "De quoi acheter des fruits, des légumes ou des produits d'hygiène, mais aussi un 'fonds d'urgence' pour aider ceux qui étaient le plus mal à payer leurs factures", assure Kab Niang. Les distributions, là encore, ne sont pas prêtes de s'arrêter même si les demandes sur le campus "ont un peu diminué", selon lui. "Certains étudiants ont arrêté leurs études, après avoir perdu leur appart et leur boulot, ils sont découragés". Quant aux patrons, "ils ne veulent pas renouveler leurs CDD, car c'est trop incertain, si demain on reconfine".

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