Coronavirus : au moins 4.300 cagnottes mises en ligne pour soutenir les soignants et les plus démunis

Coronavirus : au moins 4.300 cagnottes mises en ligne pour soutenir les soignants et les plus démunis
Chaque soir, la Tour Eiffel rend hommage à toutes les personnes mobilisées pour lutter contre l'épidémie de coronavirus.

, publié le samedi 28 mars 2020 à 14h05

La pandémie de Covid-19 a fait émerger "un profond mouvement solidaire" et une prise de conscience sur "un lien social vital", analyse un médecin. 

Elan de générosité inédit chez les Français qui ne se contentent pas d'applaudir chaque soir à 20 heures les soignants, et plus généralement toutes les personnes mobilisées pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Les Français mettent également la main au portefeuille pour aider les personnels hospitaliers et les plus démunis face à la crise sanitaire. 

Évoquant une "incroyable mobilisation", l'entreprise de cagnottes en ligne Leetchi a répertorié près de 4.300 cagnottes ouvertes sur sa seule plateforme.

Elles sont majoritairement à destination des personnels soignants mais nombreuses sont celles venant en aide aux personnes en situation de fragilité depuis le début du confinement. 



D'après Leetchi, cet élan de générosité est inédit sur le site depuis l'incendie de la cathédrale de Notre-Dame-de-Paris en avril 2019, à la suite duquel quelque 2.500 cagnottes avaient été mises en ligne. "La plupart des cagnottes ont déjà récolté plusieurs dizaines de milliers d'euros", a précisé Leetchi dans un communiqué, en évoquant "deux qui dépassent les 100.000 euros : une en soutien au CHU de Bordeaux et une autre pour l'achat de masques". 

C'est d'ailleurs une des nouveautés dans cette bataille pour les plus vulnérables : certains appels aux dons concernent directement l'aide aux soignants, l'achat de masques, de matériels ou la recherche d'un vaccin. La Fondation de France, l'AP-HP et l'Institut Pasteur ont ainsi conjointement appelé à la solidarité pour soutenir "les soignants, les chercheurs et aider les personnes les plus vulnérables". Il s'agit notamment, précisent-ils, de financer "le développement de vaccins, fournir du matériel" aux personnels soignants et d'aider "les personnes âgées confinées seules". La fondation des hôpitaux de Paris - Hôpitaux de France a de son côté lancé avec la Fédération hospitalière de France (1.000 hôpitaux, 3.800 établissements médico-sociaux) un "Fonds d'aide d'urgence Covid 19" pour venir en soutien aux hôpitaux et aux Ehpad. 

Privées de leurs moyens de collecte traditionnels, les associations caritatives sont également nombreuses à recourir à cette nouvelle générosité. Impossible en effet de suspendre les actions de soutien auprès des plus pauvres. Le Secours Populaire a par exemple besoin de 10 millions d'euros,. Qu'il doit trouver sans passer par les traditionnelles chasses aux œufs, brocantes, braderies, lotos, etc. "50% de la collecte de fonds grand public de la Croix-Rouge repose aujourd'hui sur des collectes de face à face, que ce soit dans la rue ou grâce au porte-à-porte", explique de son côté Jean-Christophe Combe, le directeur général de la Croix rouge française.

Il parle de "30 millions d'euros d'impact si le confinement venait à s'étendre jusqu'à fin avril".  Pour contrer cette catastrophe, l'association a lancé un "appel à dons, pour répondre à l'urgence de la crise du Covid-19 (...) aux conséquences sociales collatérales potentiellement dramatiques".  De fait, le dispositif d'écoute et de livraison solidaire de nourriture et de médicaments pour les personnes vulnérables confinées en situation d'isolement social, appelé "Croix rouge chez vous", a déjà reçu "environ 20.000 appels" en cinq jours.  Également obligés de se tourner vers un appel aux dons spécifiques, Emmaüs Solidarité et la Fondation Abbé Pierre cherchent à financer des tickets services, quand le Samu Social suggère de donner ses titres restaurant.   

Autre difficulté en temps de confinement : les bénévoles. Les Restos du Cœur expliquent pourtant avoir besoin de "renforts pour continuer" ses missions. Et Médecins du monde continue d'effectuer des maraudes dans les camps de migrants et bidonvilles, appelant à la générosité du grand public pour "maintenir ce dispositif d'urgence". "Sans doute, des personnes seules, isolées, en situation de handicap, non accompagnées ou qui n'ont plus accès à des services d'aide à domicile mourront sans même être atteintes du Covid-19", rappelle Jean-Christophe Combe.

Mais au delà de ces grandes campagnes, la solidarité s'organise très souvent à l'échelle individuelle : des particuliers ont par exemple proposé de mettre gracieusement leurs logements à disposition des personnels soignants pour leur éviter des déplacements. D'autres prêtent main forte à leurs voisins ou à des personnes vulnérables en promenant leurs animaux de compagnie ou en faisant leurs courses.

La pandémie de Covid-19 a fait émerger "un profond mouvement solidaire" et une prise de conscience sur "un lien social vital", analyse le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez. Selon lui, le moteur n'est pas la peur mais une "réelle solidarité". 
"Paradoxalement, même si on ne s'est jamais senti autant isolé, on n'a jamais été autant relié aux autres. Notre individualisme est radicalement remis en question puisqu'on ne peut plus penser qu'à soi", poursuit-il.
 

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