Coronavirus : alors que les chiffres augmentent, faut-il s'inquiéter d'une reprise forte de l'épidémie ?

Coronavirus : alors que les chiffres augmentent, faut-il s'inquiéter d'une reprise forte de l'épidémie ?
Un patient à l'hôpital de Saint-Denis, le 17 juillet 2020.
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, publié le samedi 22 août 2020 à 17h00

Apparition de nouveaux "clusters", port du masque en extérieur obligatoire, augmentation de la prévention... l'été 2020 a été marqué en France par des indicateurs témoignants d'une circulation accrue de la Covid-19 sur tout le territoire.

Pour autant, la situation reste relativement stable dans les hôpitaux. Un paradoxe qui interroge à quelques jours de la rentrée, alors que les autorités multiplient les mises en garde.  

4500 nouveaux cas positifs à la Covid-19 en une journée. Ce chiffre, inédit depuis le mois de mai, a été relevé consécutivement jeudi 20 et vendredi 21 août par Santé publique France (SpF). Il est en augmentation régulière depuis plusieurs semaines (+ 43% la semaine dernière ; + 39% la précédente), alors que le taux de dépistage est "stable", observe l'agence sanitaire, dans son dernier bilan publié vendredi 21 août. L'organisme y fait état d'un doublement des cas tous les 17 jours.  

Une "forte progression de la circulation du virus" appuyée par d'autres facteurs, comme le nombre de nouveaux "clusters" -foyers de cas groupés- en "constante augmentation", et le taux de reproduction (dit "R", qui désigne le nombre moyen de personnes infectées par chaque porteur du virus), qui se situe autour de 1,3 depuis fin juillet. Au-dessus de 1, cela signifie que l'épidémie se développe. 

Résultat : les compteurs sont au rouge. Sept départements sont désormais considérés en "vulnérabilité élevée" face à l'épidémie : les Bouches-du-Rhône (Marseille), l'Hérault (Montpellier), Paris, la Seine-Saint-Denis (Bobigny), le Val-de-Marne (Créteil) et la Guyane (Cayenne). 31 autres départements sont eux placés en vulnérabilité "modérée". Si certains experts tirent la sonnette d'alarme, d'autres temporisent en analysant une situation actuelle en rien comparable à celle que la France connaissait au plus fort de l'épidémie, il y a quelques mois.  



"Répit estival" 

Si le nombre de cas positifs au virus la semaine dernière (16 800 environ) est supérieur à ce qu'il était mi-mars, au début du confinement, il est difficile à comparer. On y effectuait alors peu de tests, et principalement sur les patients les plus graves, alors qu'on en réalise aujourd'hui plus de 700 000 par semaine, et que plus de la moitié des tests positifs concerne des personnes sans aucun symptôme.  

Par ailleurs, les optimistes défendent que si le nombre de nouvelles contaminations augmente, on observe pas d'évolution notable du nombre de personnes hospitalisées ou en réanimation. En effet, depuis le pic atteint le 8 avril dernier, avec 7 148 patients en réanimation, ce chiffre n'a cessé de baisser jusqu'à fin juillet et évolue peu depuis (379 en fin de semaine).  

"On n'a pas d'augmentation des hospitalisations ou des décès, qui serait un signal d'alarme beaucoup plus inquiétant", explique l'épidémiologiste Antoine Flahault à l'AFP. "On bénéficie d'un formidable répit estival en Europe de l'Ouest", ajoute-t-il, constatant que ce n'est pas le cas ailleurs comme en Israël, en Afrique du Sud ou en Australie.  

Pas d'impact majeur sur les hôpitaux

 Aussi, le virus "semble circuler préférentiellement pour l'instant dans des populations peu fragiles, peu sensibles aux formes graves de l'infection: des populations jeunes ou des gens qui n'ont pas de facteur de risque", estimait récemment le virologue Vincent Maréchal sur France 2. 

Plus de cas positifs détectés mais pas d'impact majeur sur les hôpitaux : peut-être parce que les moins de 65 ans ont davantage repris leurs interactions sociales que leurs aînés, avec un moindre respect des gestes barrières (saluer sans s'embrasser, distance physique, lavage des mains, etc.), selon les dernières enquêtes des autorités sanitaires.

"Les changements de comportement tels qu'une meilleure hygiène" des mains et "la distanciation physique" font que les personnes contaminées le sont avec "une dose virale plus faible que dans la période avant le confinement, ce qui se traduit par une forme moins sévère de la maladie", avance également Brendan Wren, professeur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

"L'épidémie repart, ça c'est une chose à peu près certaine"

 "La situation est préoccupante", juge cependant Renaud Piarroux, chef de service à La Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Plus le nombre de nouveaux cas progresse, "plus les besoins en tests, en préleveurs en laboratoire, en traçage augmentent", et "plus le risque est grand d'être dans une situation où on aura du mal à repérer tous les cas" et où l'on perdra la main sur le virus, explique-t-il à l'AFP.

Pour d'autres médecins, la diffusion vers les populations à risque (âgées ou présentant un facteur de fragilité tels que le diabète ou l'obésité) de l'augmentation de la circulation du virus n'est qu'une question de temps. "Une augmentation" de la proportion de nouveaux cas, certes moins forte que dans d'autres classes d'âge, est déjà "observée chez les personnes âgées de plus de 65 ans", souligne SpF.

Et même si les chiffres dans les hôpitaux n'ont rien à voir avec ce qu'ils étaient au printemps, il y a bien une "tendance à la hausse des nouvelles hospitalisations et admissions en réanimation", avertit l'agence sanitaire.Les nouvelles hospitalisations de patients atteints de Covid-19 ont franchi la barre des 1.000 la semaine dernière contre 780 la semaine précédente, en augmentation depuis quatre semaines, et les nouvelles admissions en réanimation sont passées à 128, contre 122 début août et 105 fin juillet.

Alors qu'il entrait en moyenne 10 patients par jour en réanimation mi juin-début juillet, "on a atteint une vingtaine" actuellement, souligne l'épidémiologiste Catherine Hill. "L'épidémie repart, ça c'est une chose à peu près certaine". Elle déplore une politique de tests encore trop centrée sur les personnes présentant des symptômes et leurs cas contacts. 

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