Controverse sur les lanceurs de balles de défense : la police recadre ses agents

Controverse sur les lanceurs de balles de défense : la police recadre ses agents
Un policier lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Bordeaux le 12 janvier 2019.

, publié le mercredi 16 janvier 2019 à 12h39

Face à la polémique, la police a procédé à une mise au point auprès de ses fonctionnaires. Dans un télégramme daté du mardi 15 janvier et adressé aux directions des forces de l'ordre, le directeur général de la police nationale rappelle les règles d'utilisation du lanceur de balles de défense, LBD 40, ce fusil d'épaule à un coup qui projette des balles semi-rigides de calibre 40 mm. Très utilisées lors des manifestations de "gilets jaunes", ces armes sont souvent décriées en raison des graves blessures qu'elles peuvent causer. 

Chaque samedi après les manifestations de "gilets jaunes", on recense plusieurs blessés dans leurs rangs. Certaines sont causées par des tirs de lanceurs de balles de défense, les LBD 40. Mâchoires, mains arrachées, oeil définitivement perdu, les blessures qu'ils causent sont très graves. Dernier exemple en date, le préfet de Gironde a saisi l'inspection générale de la police nationale (IGPN) après la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos montrant un gilet jaune blessé à la tête à Bordeaux samedi, à la suite de tirs policiers notamment au moyen de lanceur de balles de défense. Il a été placé en coma artificiel après avoir été opéré d'une hémorragie cérébrale, selon Libération. 

Rattrapé par la controverse, le patron de la police Éric Morvan a rappelé mardi 15 janvier, dans un télégramme adressé aux directions des forces de l'ordre, les circonstances dans lesquelles il est préconisé d'utiliser le LBD, des circonstances qui "correspondent aux émeutes urbaines auxquelles les policiers sont actuellement confrontés". Éric Morvan "demande" aux policiers "de veiller rigoureusement au respect des conditions opérationnelles" de cette arme. Il liste une série de règles à respecter : "les intervalles de distance (...) doivent être respectés", le policier manipulant le LBD 40 "ne doit être porteur que d'un seul type de munition", "le tireur ne doit viser exclusivement que le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieur". Le patron de la police nationale ajoute qu'après un tir, "il convient de s'assurer de l'état de santé de la personne et de la faire prendre en charge médicalement si son état de santé le justifie". 


Des blessures très graves 

Éric Morvan demande aux agents le "respect très strict des dispositions contenues dans ce message et de donner des instructions impératives afin qu'elles soient rappelées lors des briefings opérationnels précédant chaque opération de maintien de l'ordre". Il rappelle que l'utilisation du LBD doit répondre aux principes de "nécessité et de proportionnalité."

Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes" le 17 novembre et les mobilisations lycéennes qui s'en sont suivies, plusieurs personnes ont été blessées, parfois grièvement au visage, par des tirs de LBD lors de rassemblements en France. D'après le décompte du service de fact-checking de Libération, qui s'appuie sur les travaux du collectif militant "Désarmons-les", au moins 69 "gilets jaunes" ou journalistes ont été blessés par des tirs de LBD depuis le début de la mobilisation et au moins 14 d'entre eux ont perdu l'usage d'un œil. Selon une information de RTL mercredi, la police reconnaît que quatre manifestants ont perdu l'usage d'un œil et que deux ont eu la main arrachée. 


Interrogé par Le Monde lundi 14 janvier, le ministère de l'Intérieur ne communique pas sur le nombre de tirs de LBD depuis le début du mouvement des "gilets jaunes". "Le nombre de tirs, nous ne l'avons pas, puisqu'il n'est pas consolidé. Donner des chiffres maintenant serait approximatif, et très rapidement faux, donc, pour nous, pas opportun". 

"Une omerta incroyable de la police"

Pour David Dufresne, journaliste spécialisé sur les questions de maintien de l'ordre et qui recense chaque cas d'utilisation du LBD sur son compte Twitter, il y "entre 80 et 90 blessés graves, beaucoup à la tête" par des tirs de LBD ou de Flash-Ball, affirme-t-il au Monde. "Si on n'était pas quelques-uns à répertorier les incidents, et que les 'gilets jaunes' ne postaient pas sur les réseaux sociaux, on ne saurait rien. Il y a une omerta incroyable de la police", dénonce-t-il. 


Selon Libération, le Défenseur des droits a déjà demandé l'interdiction du LBD 40 dans les manifestations. Dans un rapport publié en décembre 2017, que Libération a consulté, le Défenseur des droits explique que cette arme "ne permet ni d'apprécier la distance de tir ni de prévenir les dommages collatéraux", car lors d'une manifestation, "les personnes visées sont généralement groupées et mobiles ; le point visé ne sera pas nécessairement le point touché".

Interrogé par le quotidien après une commande de 1.280 lanceurs de balles de défense en décembre dernier, le ministre de l'Intérieur a répondu que "les manifestations non déclarées de gilets jaunes ont pris une configuration de violences urbaines" et qu'il "n'était pas question dans ce cadre de laisser les policiers démunis d'armes intermédiaires face à la violence des participants à ces attroupements". Début décembre, quelque 200 personnalités avaient appelé à interdire "immédiatement" l'usage de ces fusils d'épaule. 

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