Contre l'islamophobie, 13 500 manifestants ont défilé dimanche à Paris

Contre l'islamophobie, 13 500 manifestants ont défilé dimanche à Paris
Une manifestante voilée d'un drapeau français lors de la manifestation contre l'islamophobie à Paris.

, publié le dimanche 10 novembre 2019 à 17h48

Le comptage du cabinet indépendant Occurrence dépasse les espérances des organisateurs, qui attendaient 10 000 manifestants. 

La manifestation se dispersait dans le calme, ce dimanche soir, vers 18 h, place de la Nation, à Paris, après avoir réuni plusieurs milliers de manifestants autour de la lutte contre l'islamophobie. Des groupes restaient encore sur place, allumant leurs téléphones portables, levés au ciel, en signe de solidarité.

Aucun incident ou débordement n'ont été signalés durant la manifestation, qui a démarré en début d'après-midi à la Gare du Nord. 




Emanant de plusieurs personnalités et organisations comme le Collectif contre l'islamophobie en France, cet appel avait provoqué une polémique au sein de la classe politique sur fond de débat ravivé sur le port du voile et la laïcité depuis plusieurs semaines. Depuis l'appel à  manifester, la classe politique, et en particulier la gauche, n'a eu de cesse de se déchirer autour de sa participation ou non à ce rassemblement. 



"Vivre ensemble, c'est urgent", "Oui à la critique de la religion, non à la haine du croyant", "Stop à l'islamophobie", pouvait-on entendre dans le cortège. "On vient alerter, dire qu'il y a un niveau de haine à ne pas dépasser. On est ouverts à la critique mais il ne faut pas dépasser certaines limites dans l'agression", a indiqué un manifestant, Larbi, un entrepreneur de 35 ans. "On veut se faire entendre, prôner une société mixte et le vivre ensemble, ne pas être écartés de la société" a déclaré Asmae Eumosid, une femme voilée de 29 ans venue d'Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). "On entend tout et n'importe quoi sur l'islam et sur les femmes voilées aujourd'hui. On essaie de stigmatiser les musulmans, de les mettre à l'écart de la société", a assuré cette ingénieure dans l'automobile.

Plusieurs élus de la France insoumise étaient présents dans le cortège dont son chef de file Jean-Luc Mélenchon, qui a appelé avant le départ de la marge à ne pas "confondre quelques personnes avec la valeur de la cause qui est servie". Autres personnalités politiques présentes dans le cortège : le porte-parole du PCF Ian Brossat, la sénatrice EELV de Paris Esther Benbassa ou encore la députée PCF des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon. Le NPA, Génération.s, Lutte ouvrière égaient également présents ainsi que des représentants de la CGT. Controverse autour de certains signataires de l'appel à manifester



L'appel à manifester a été lancé par plusieurs personnalités et organisations comme le NPA ou encore le Collectif contre l'islamophobie en France. Le message initial était de dire "STOP à l'islamophobie", à la "stigmatisation grandissante" des musulmans, victimes de "discriminations" et d'"agressions" dont "l'attentat contre la mosquée de Bayonne (...) est la manifestation la plus récente".



Depuis cet appel à manifester lancé le 1er novembre dans le quotidien Libération, quatre jours après l'attaque de Bayonne et sur fond de débat ravivé sur le port du voile et la laïcité, la classe politique se déchire autour de la participation à ce rassemblement, en raison notamment de l'identité de certains signataires de l'appel comme le Collectif contre l'islamophobie (CCIF) accusé de liens avec les Frères musulmans. "S'il y a en effet ici des gens qui nous dérangent, il y a aussi des gens avec qui on est plus à l'aise", avait souligné Jean-Luc Mélenchon en annonçant sa présence à la marche.


Une partie de la gauche, comme le PS et le PRG, a décidé ne pas s'associer à la marche. Certains ont relativisé leur soutien initial, comme l'eurodéputé EELV Yannick Jadot et le député LFI François Ruffin. Le PCF a rappelé l'"extrême urgence de dire stop" à l'islamophobie, malgré les réserves de son secrétaire national Fabien Roussel, mal à l'aise avec le mot d'ordre. 

La notion d'islamophobie

Autre pierre d'achoppement, la notion-même d'"islamophobie". Sur BFMTV, la députée Aurore Bergé, porte-parole de LREM, s'est élevée contre "une marche qui attaque l'État et qui utilise un terme (islamophobie) dont on sait bien qu'il est utilisé à des fins politiques". En revanche, "si demain il y avait une grande marche pour lutter contre le racisme sous toutes ces formes, nous serions les premiers à être présents", a-t-elle ajouté.

Pour la présidente du RN Marine Le Pen, "tous ceux qui vont se rendre à cette manifestation seront main dans la main avec les islamistes, c'est-à-dire ceux qui développent dans notre pays une idéologie totalitaire qui vise à combattre les lois de la République française". 

"Il y a une volonté de saboter la manifestation, évidemment", a dénoncé le conseiller municipal de gauche à Saint-Denis, Madjid Messaoudene, un des initiateurs de l'appel. "Depuis la tribune, nous faisons face à une alliance d'une nature surprenante, entre le PS, le RN, ou encore le gouvernement, qui sont tous vent debout contre une marche antiraciste, c'est hallucinant", s'insurge l'élu. 
 

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