Contraception : bientôt une pilule pour les hommes ?

Contraception : bientôt une pilule pour les hommes ?
Selon un sondage, 61% des hommes interrogés seraient prêts à utiliser la pilule contraceptive.

leparisien.fr, publié le vendredi 27 avril 2018 à 08h41

Des chercheurs américains pensent enfin avoir trouvé l'équivalent de la pilule contraceptive féminine. Un cachet qu'il suffirait de prendre une fois par jour pour éviter toute grossesse non désirée.

La pilule masculine, Arlésienne de la contraception ? Souvent annoncée, jamais commercialisée, elle pourrait enfin arriver dans nos pharmacies. Et c'est Outre-Atlantique que tout se joue. Des chercheurs américains viennent de présenter les conclusions de travaux très probants menés sur la diméthandrolone undécanoate (DMAU).

Cent hommes, de 18 à 50 ans, ont testé cette molécule combinant une hormone mâle et un progestatif. Au bout de 28 jours, avec le plus élevé des trois dosages, les analyses de sang ont révélé que les participants n'étaient plus en mesure de procréer.

« Ces résultats prometteurs sont sans précédents dans le développement d'un prototype de pilule masculine », s'enthousiasme Stéphanie Page, professeure de médecine à l'université de Washington et coauteur de l'essai clinique. De nouvelles études doivent encore confirmer que la DMAU prise tous les jours bloque bien la production de spermatozoïdes.

Des effets secondaires mineurs

D'autres recherches ont déjà été menées pour arriver à l'élaboration d'une pilule hormonale pour hommes, en vain. De nouvelles voies ont aussi été explorées comme le Risug (Réversible inhibition of sperm under guidance) ou Vasalgel, une injection de gel contraceptif dans l'urètre, à faire tous les dix ans. Ces solutions n'ont pas franchi la phase 3 des essais cliniques, dernier stade avant la mise sur le marché.

Pourquoi avance-t-on si lentement ? D'après Stéphanie Page, le développement de la pilule masculine se heurtait jusque-là à deux difficultés : la toxicité des formes orales de testostérones, qui peuvent causer une inflammation du foie, et leur élimination trop rapide par le corps, nécessitant deux prises quotidiennes.

Développée par les Instituts américains de santé (NIH), la DMAU contient de l'undécanoate, un acide gras, qui, toujours selon Stéphanie Page, ralentit cette élimination. Cette pilule doit cependant être avalée en même temps qu'un repas pour garantir son efficacité. Des effets secondaires, jugés mineurs par les scientifiques à l'origine du test, ont par ailleurs été signalés chez des participants comme une légère prise de poids et une baisse de libido (également constatée chez les femmes prenant la pilule), ainsi qu'une diminution du HDL, c'est-à-dire le « bon cholestérol ».

Les hommes prêts à franchir le pas ?

Aux difficultés à mettre au point cette pilule, se pose aussi la question de son acceptation. Les hommes y sont-ils prêts ? Oui, à 61 %, si l'on en croit un sondage CSA. « Mais il y a des résistances de la part de deux sexes », pointe le psychosociologue Gilles Azzopardi*.

« Beaucoup de femmes souhaitent rester maîtresses de leur corps et cette liberté individuelle passe par le contrôle de la contraception, souligne-t-il. Je les comprends. En cas d'accident, ce sont elles qui devront faire face aux conséquences. Au sein d'un couple en revanche, cette nouvelle contraception serait un choix en plus. Mais pas forcément une avancée vers davantage d'égalité. »

* « Men vs Monkeys », de Gilles Azzopardi, aux éditions Marabout, 320 pages, 6,90 €.

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