Confronté à la crise sanitaire un fabricant d'instruments de musique joue sa survie

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Des trompettes alignées dans l'atelier du fabricant de musique PGM Couesnon à Etampes-sur-Marne, le 11 octobre 2021 dans l'Aisne
Des trompettes alignées dans l'atelier du fabricant de musique PGM Couesnon à Etampes-sur-Marne, le 11 octobre 2021 dans l'Aisne
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© AFP, FRANCOIS NASCIMBENI
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publié le jeudi 14 octobre 2021 à 18h49

De Sidney Bechet à la fanfare de la Garde républicaine, ses clarinettes ou tambours ont fait le tour du monde. Mais désormais réduit au silence par la crise sanitaire, le séculaire fabricant d'instruments PGM-Couesnon "se bat pour survivre".

Le coup d'arrêt planétaire à la vie musicale, aux festivités et aux concerts a fait chuter de plus de 50% les commandes pour cette PME d'Étampes-sur-Marne, dans l'Aisne, l'une des deux dernières entreprises du secteur  en France. Pour 2021, le chiffre d'affaires devrait chuter de 520.000 à 270.000 euros. 

"On se bat pour survivre", déplore Sophie Glace, co-gérante avec sa mère, Ginette Planson. Avec une production de cuivres et de percussions destinée à 80% à l'export --notamment les fanfares militaires d'Afrique et d'Amérique latine-- "quand il y avait une crise en France, on se rabattait sur l'étranger mais là, c'était impossible". 

Dans l'atelier, un ouvrier découpe un pavillon de trompette dans une plaque de laiton, avant de le souder en arrondi, un autre affine au burin le pavillon d'un trombone. 

Rien à voir avec l'activité d'avant crise, quand tous les postes tournaient, chaudronnerie, repoussage, tournage, grattage, étirage, cintrage, pistonnerie.

- "Sauvegarder un savoir-faire" -

Les neuf salariés, tous ouvriers polyvalents et musiciens, sont en chômage partiel jusqu'à la fin de l'année. Formé "sur le tas", le trompettiste Bruno Villain, 21 ans d'ancienneté, a même obtenu l'accord de la direction pour travailler ponctuellement pour l'entreprise concurrente, à Mantes-la-Ville (Yvelines). 

"En tant que musicien, pouvoir créer un instrument du début à la fin, c'est magique", sourit-il. Il a pourtant du pendant quelques mois changer de registre, quand, "pour continuer à tenir", l'entreprise s'est diversifié, fabriquant notamment des luminaires pour un grand designer. 

"L'Afrique a été un peu moins touchée, il y a donc en ce moment un frémissement, une timide reprise des devis", veut espérer Sophie Glace. 

Mais en France, où la PME met notamment en musique la Garde républicaine, et malgré le pass sanitaire, "les formations musicales sont encore en jauge réduite et touchées aussi par une baisse des recettes". 

Pour sa mère, 78 ans, pas question pourtant de baisser les bras: "Il faut à tout prix sauvegarder ce savoir-faire perpétué depuis 1827", martèle cet ex-ouvrière..

- "Rouleau compresseur asiatique" -

Leader mondial dans la fabrication d'instruments à vents et percussions dans les années 1900, avec six sites de production en France, dont 600 salariés à Château-Thierry, Couesnon renait après la seconde guerre mondiale, porté par l'essor du jazz. 

Sidney Bechet, Alexandre Lagoya, Roy Eldridge, Bill Coleman, les grands noms de la musique vantent ses instruments. 

Mais en 1979, un incendie criminel ravage l'usine. "On était 165 salariés, les patrons n'en ont gardé que huit", se souvient Ginette Planson, alors licenciée. 

Elle reprend une activité de fabrication de housses d'instruments dans le sous-sol de sa maison et crée l'entreprise PGM, inventant au passage "des tambours en fibre de verre, plus résistant et plus léger, ça a très bien marché". 

Si bien qu'en 1999, elle rachète Couesnon, alors en liquidation judiciaire, assistée de sa fille, BTS de commerce international. Aujourd'hui, sa petite- fille veut aussi intégrer l'entreprise, "trois générations de femmes pour continuer à se battre".

Mais plus encore que la pandémie, la menace vient du "rouleau compresseur qui inonde le marché, le géant asiatique Yamaha", détaille Sophie Glace. 

Leurs instruments sont dix fois moins chers, reconnaît-elle, mais avec un bémol: "Le métal est bien moins résistant dans le temps, et surtout, cela crée une uniformisation du son, qui devient terrible dans le monde de la musique." 

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