Conflans-Sainte-Honorine : qui était l'enseignant tué ?

Conflans-Sainte-Honorine : qui était l'enseignant tué ?
Des élèves rendent hommage au professeur tué vendredi à Conflans-Sainte-Honorine, samedi 17 octobre.

, publié le samedi 17 octobre 2020 à 13h45

Enseignant "dévoué", "super gentil", "très apprécié", Samuel Paty, 47 ans, a été assassiné vendredi soir. Un hommage national lui sera rendu. 

Enseignant d'un collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), "à fond dans son métier" selon ceux qui l'ont côtoyé, Samuel Paty, 47 ans, a été décapité vendredi dans un attentat. Samedi matin, des roses blanches ont été déposées à l'entrée du collège du Bois d'Aulne, situé dans un quartier pavillonnaire de cette ville de 35.000 habitants du nord-ouest parisien. En file indienne, des dizaines d'élèves et de parents se succèdent pour déposer une rose blanche au pied des grilles.

Pas un mot, pas un bruit, juste quelques affichettes "Je suis enseignant" brandies comme un défi à l'horreur.



"Quand j'ai vu 'prof - Bois d'Aulne - décapitation', j'ai fait le lien direct : 'C'est Monsieur Paty'", assure Martial, 16 ans, accouru vendredi soir devant le collège avec des amis dès qu'il a appris la nouvelle, en sortant de son entraînement de football. Ce lycéen se souvient très bien de son professeur d'histoire-géographie de 4e dans cet établissement scolaire réputé calme. Samuel Paty, cheveux bruns coupés courts, était "petit", portait des lunettes, "avait toujours une chemise", se rappelle Nathan, 16 ans, un autre ancien du Bois d'Aulne.

Ce père de famille était connu pour son investissement auprès de ses élèves. "Il était à fond dans son métier", qu'il "aimait beaucoup", confie Martial. "Il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait". Le professeur était "très apprécié", assure de son côté Armelle, dont le fils de 13 ans fréquente le collège. 

Marie, actuellement en seconde, est venue devant son ancien établissement déposer des fleurs en "hommage à son ancien professeur". "Je me souviens de son cours sur la liberté d'expression. On avait parlé de Charlie, on avait fait des dessins qui sont encore accrochés dans le collège", explique la jeune fille, émue, venue avec deux copines.

Samuel Paty a été décapité dans une rue proche du collège, vers 17h. Les vacances scolaires de la Toussaint à peine sonnées, l'assaillant, un Russe tchétchène de 18 ans, s'est jeté sur lui, avant d'être, un peu plus tard, abattu par les policiers. Emmanuel Macron, qui s'est rendu sur les lieux vendredi soir, a dénoncé un "attentat islamiste caractérisé" et appelé "la nation toute entière" à s'unir derrière les enseignants pour "les protéger et les défendre".

Selon les premiers éléments de l'enquête, l'enseignant avait montré à ses élèves de 4e, la semaine dernière, une caricature de Mahomet. Un signalement était parvenu à Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d'élèves, à cause des tensions suscitées par son initiative auprès de certains parents d'élèves. Selon une source proche du dossier, un parent d'élève indigné avait porté plainte contre Samuel Paty, qui avait en retour déposé une plainte en diffamation contre lui. L'homme se trouve actuellement en garde à vue. 

La victime aurait, selon Rodrigo Arenas, "invité les élèves musulmans à sortir de la classe" avant de montrer un dessin du prophète accroupi avec une étoile dessiné sur ses fesses et l'inscription "une étoile est née". "C'était toutes les années qu'il faisait cela", souligne Virginie, 15 ans, qui a connu l'enseignant. "C'était au programme pour l'EMC (enseignement moral et civique, ndlr), c'était pour parler de la liberté par rapport à l'attentat de Charlie Hebdo, il montrait ces images, les caricatures", affirme la jeune fille, précisant que cette année, "ça a pris plus d'ampleur". 

Mais cette année, un père d'élève a publié une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il qualifie l'enseignant de "voyou" qui "ne doit plus rester dans l'Education nationale" et invite d'autres parents d'élèves à se mobiliser. Depuis cette "histoire", Samuel Paty "n'était pas dans son assiette", avait observé Myriam, une collégienne de 13 ans, en mimant son attitude renfrognée quand il déambulait dans les couloirs. "J'entendais des élèves parler 'ah il est raciste'", dit-elle. D'autres qualificatifs circulaient sur son compte comme "islamophobe", glisse-t-elle à demi-mot.

Hugo, en 3e, était un des élèves de Samuel Paty, qui lui dispensait des cours de soutien chaque semaine. "Il était super, très conciliant, et à l'écoute", assure-t-il. Mais "depuis la semaine dernière l'ambiance était tendue, c'était sûr que ça allait mal finir". Sa mère Sabrina acquiesce : "il m'en parlait beaucoup depuis une semaine, on a même reçu un texte de la principale sur l'intranet, qui disait qu'il y avait des problèmes entre des parents d'élève et ce prof".

"Il n'a pas fait ça pour créer des polémiques ou pour manquer de respect aux petits ou pour faire de la discrimination", affirme Nordine Chaouadi. Son fils de 13 ans entamait sa deuxième année de cours avec Samuel Paty. "Il me dit, 'il était super gentil ce monsieur'", explique le père.

Un hommage national sera rendu à ce professeur d'histoire-géographie, a annoncé samedi l'Elysée. Il sera organisé en coordination avec la famille. 
 

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