Confinement : la consommation de farine s'envole

Confinement : la consommation de farine s'envole
En France, les ventes de farine ont plus que doublé (+147%) la semaine dernière par rapport à la même semaine l'an passé (illustration).

, publié le samedi 04 avril 2020 à 12h29

Confinés depuis près de trois semaines chez eux, les Français, mais aussi leurs voisins Italiens et Britanniques, se sont découverts une passion pour le pain maison. Une nouvelle lubie qui n'est pas sans conséquences sur les stocks et l'activité des boulangers.

"Quand je pense qu'il y a à peine un mois, les trois-quarts des habitants du quartier étaient allergiques au gluten, il y a un truc qui m'échappe" s'amuse Berentrice sur Twitter.

Cette traductrice parisienne du 18e arrondissement assure trouver de tout "sauf de la farine" dans les magasins de son "quartier bobo". En effet, depuis le début de la mise en place du confinement pour tenter d'endiguer la propagation du coronavirus, les Français se sont mis à la boulangerie et pâtisserie maison.




Conséquence : en trois semaines, la consommation de farine s'est envolée. En France, les ventes ont plus que doublé (+147%) la semaine dernière par rapport à la même semaine l'an passé, selon l'Association nationale des industries agroalimentaires (Ania). La semaine précédente, elles avaient triplé (+229%). Une nouvelle passion qui n'a pas seulement envahi le pays de la baguette et du croissant. En Grande-Bretagne, les achats de farine ont aussi doublé à quatre millions de paquets par semaine, selon l'association britannique des meuniers Nabim. Idem en Italie, où le principal syndicat agricole du pays, la Coldiretti, recensait un boom de 80% des achats au début du confinement.

En France, "la première motivation" de ces achats relève de "la précaution", estime auprès de l'AFP Stéphane Dahmani, chef économiste à l'Ania : "les ménages veulent limiter leurs sorties et réduire la fréquence d'achats extérieurs, y compris en boulangerie". "Certains ont même ressorti leur vieille machine à faire le pain", ajoute Lionel Deloingce, meunier en Normandie, en constatant des "ruptures brutales de stock" de farine dans de nombreux supermarchés. "L'heure n'est plus à la montée en gamme, mais à se nourrir tout simplement" de "produits alimentaires de base, longue durée et sains", constate Stéphane Dahmani.

Les usines travaillent en trois-huit

La farine en paquet ne représente que 5 à 6% du marché français de la farine. Plus de la moitié des sachets sont importés, d'Allemagne ou d'Italie notamment. Des problèmes logistiques liés au ralentissement de l'activité industrielle depuis le début de l'épidémie, en matière d'emballage ou de transport, expliquent les difficultés de réapprovisionnement dans les supermarchés, selon les professionnels.

"L'agroalimentaire français n'a pas échappé à la mondialisation sur des problèmes de compétitivité des tarifs : le coût du travail est plus bas en Europe de l'Est par exemple. Et la grande distribution, qui achète la farine, a longtemps été plus sensible à quelques centimes en moins au kilo qu'à l'origine des produits", ce qui explique, selon l'un d'eux, la disparition progressive des farines françaises sur les étals.Certains espèrent que cette crise permettra de rééquilibrer les approvisionnements.

Pour les amateurs de gâteaux maison, la meunerie est déjà en train de regarnir les rayons, assure Jean-François Loiseau, président du syndicat de la meunerie française et de la coopérative Axéréal et, à ce titre, d'Axiane Meunerie. "Les quelques entreprises qui fabriquent de la farine en sachet font maintenant le travail d'usine en trois-huit", y compris le samedi, détaille-t-il, en saluant l'adaptation rapide des salariés qu'il a fallu protéger aussi contre le virus. "Ce week-end on va travailler jour et nuit pour faire des palettes de paquets de 5 kilos pour approvisionner la GMS" (grandes et moyennes surfaces, NDLR), déclare de son côté Karine Forest, de la minoterie Forest (Saône-et-Loire).

Les boulangeries à la peine

Dans le même temps, les ventes de farine panifiable aux boulangers, qui pèsent plus de 50% du marché français de la farine, ont elles reculé de 30% environ en France depuis le début du confinement, selon une estimation de M. Deloingce : "beaucoup de boulangeries ont fermé ou réduit leur activité". "Économiquement, nos entreprises subissent une perte d'activité incommensurable", confirment dans une lettre ouverte Nathaniel Doboin et Thomas Teffri-Chambelland, fondateurs de la boulangerie Chambelland, dans le 11e arrondissement de Paris. 

Ils évoquent "des baisses de chiffres d'affaires allant de 40 à 70% en moyenne dans certaines boulangeries, et appellent "au civisme et à l'entraide": "soutenez vos commerces de proximité, soutenez vos artisans", concluent-ils. Un appel lancé sur les réseaux sociaux dès le 1er avril, au plus haut niveau de l'Etat, par la voix du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, qui invitait les Français "à acheter leur pain en boulangerie", malgré le confinement.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.