Confinement : l'augmentation des violences conjugales inquiète

Confinement : l'augmentation des violences conjugales inquiète
(Photo d'illustration)

, publié le samedi 28 mars 2020 à 17h23

Selon les chiffres annoncés cette semaine par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, les violences conjugales ont augmenté de plus de 30% depuis le début du confinement décidé par le gouvernement pour lutter contre le coronavirus.

Les craintes des associations étaient fondées. Mis en place le 17 mars dernier pour tenter d'enrayer la propagation du coronavirus, et prolongé au moins jusqu'au 15 avril, le confinement a engendré des augmentations des cas de violences conjugales. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a affirmé jeudi 26 mars que ces violences avaient augmenté de 32% en zone gendarmerie en une semaine et de 36% dans la zone de la préfecture de police de Paris.  

A Reims (Marne), la semaine passée, ces violences ont représenté 40% des gardes à vue, affirme à l'AFP le procureur Matthieu Bourrette, précisant qu'elles n'étaient "pas liées à une surconsommation d'alcool". La particularité : "des faits de violence entre personnes qui ne s'entendaient plus", qui étaient en instance de séparation, "mais qui devaient vivre au domicile, notamment pour des raisons économiques, et avec le confinement, ces personnes ne se supportent plus", explique-t-il. 

"On donne des réponses pénales (à ces faits de violence en confinement, ndlr), avec comme objectif premier de régler le problème de la séparation effective des parties, comme trouver des solutions de logement individualisé, détaille M. Bourrette. Selon lui, la lutte contre ces violences "reste un axe majeur de la politique pénale" malgré les "difficultés" qu'engendre le confinement, notamment "dans le contrôle judiciaire" et "le suivi psychologique des auteurs".

"Le confinement n'interdit pas de fuir les violences"

Autre difficulté de la situation actuelle : "s'approcher des femmes victimes", affirme Virginie Guérin, déléguée aux droits des femmes de la Marne. "Chaque semaine, nous faisons le point avec les associations de victimes pour assurer la continuité avec elles". Depuis une semaine, Nadège Bezard, juriste à l'association d'aide aux victimes Mars 51, n'a reçu qu'"une dizaine d'appels", mais ce n'est "quasiment que des violences conjugales ou intrafamiliales". "Le confinement, c'est l'exacerbation de ce que l'on connaît d'ordinaire", affirme Mme Bezard. Récemment, "on a dû exfiltrer une femme de l'hôpital parce que son mari violent l'attendait dans la salle d'attente". Elle insiste : "le confinement n'interdit pas de fuir les violences ! Nous sommes très attentifs à ce qu'il y ait toujours une place d'hébergement pour les femmes battues".

"La période de confinement favorise et démultiplie les situations de violence d'autant que personne ne donne l'alerte", s'alarme de son côté Karine Bonne, directrice du Centre départemental d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). Pour l'essentiel, il s'agit "de violences sexistes et sexuelles. Notre crainte, c'est que les femmes ne puissent pas s'enfuir. C'est la grosse difficulté", estime-t-elle. "De notre côté, nous intensifions les appels téléphoniques, les mails." 

Dispositif dans les pharmacies

Pour permettre aux femmes victimes d'appeler à l'aide, Christophe Castaner a annoncé jeudi qu'un dispositif sera mis en place pendant le confinement au sein des pharmacies pour alerter les forces de l'ordre. "Tout ce qui va dans le sens de permettre aux femmes de donner l'alerte est forcément bon", a réagi Nadège Bezard, même si selon elle "tout le monde devrait être lanceur d'alerte". 

Virginie Guérin a pour sa part "du mal à imaginer" que les femmes victimes "iront systématiquement voir les pharmaciens". "Et pourquoi uniquement les pharmacies ? Pourquoi pas le commerce alimentaire par exemple dans la mesure où le confinement exige que l'on fasse ses courses seul ? Et qui va devoir sensibiliser les pharmaciens ? Nous, l'ARS (Agence régionale de santé, ndlr), la préfecture ?", questionne-t-elle. 

Pour Karine Bonne, c'est "l'après-confinement qui va révéler l'ampleur du phénomène". "Les situations risquent d'être explosives", prédit la directrice, qui s'inquiète également pour les enfants : "Dans le huis clos familial, ils n'ont pas de moyens d'alerter. C'est très inquiétant". 

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