Condé-sur-Sarthe : Un détenu violent prend deux surveillants en otage avant de se rendre

Condé-sur-Sarthe : Un détenu violent prend deux surveillants en otage avant de se rendre
La prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) le 5 octobre 2021

publié le mardi 05 octobre 2021 à 21h34

Un détenu violent de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), Sofiane Rasmouk, condamné à perpétuité pour viol et tentative de meurtre, a agressé et retenu en otages pendant plusieurs heures deux surveillants, avant de se rendre en début d'après-midi.

"La prise d'otages est terminée. Le détenu s'est rendu. J'apporte mon soutien aux deux surveillants victimes et je félicite chaleureusement les personnels des Éris (équipes régionales d'intervention et de sécurité, ndlr) et du Raid qui ont permis ce dénouement rapide", a tweeté en début d'après-midi le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti.

Le ministre s'est rendu sur place dans l'après-midi pour s'entretenir avec l'une des victimes et avec des personnels de la prison, l'une des plus sécurisées de France.

L'un des surveillants, "un jeune homme surveillant stagiaire, est à l'hôpital. Il a été blessé à l'œil. (...) Ce jeune homme est particulièrement choqué", a déclaré M. Dupond-Moretti à l'issue de sa visite. La jeune surveillante prise en otage est également "profondément choquée". Elle a "vu son collègue à genou un poinçon sous la gorge", a-t-il ajouté.

Interrogé en soirée sur BFM, le ministre de la Justice a reconnu "une faille".

"Il y a une faille à l'évidence puisqu'un homme se retrouve armé et prend en otages des membres de l'administration pénitentiaire. Bien sûr qu'il y a eu faille", a dit M. Dupond-Moretti tout en rappelant que "le risque zéro n'existe pas".

La prison de Condé-sur-Sarthe est "une des plus sécuritaires de France", a estimé M. Dupond-Moretti.

Concernant l'arme utilisée par le détenu, M. Dupond-Moretti a précisé qu'on "ne savait pas" comment elle avait été fabriquée. "C'est une arme par destination. Ce n'est pas un couteau. Est-ce à partir d'une brosse à dents? Est-ce à partir d'une fourchette? C'est l'enquête qui le dira".

Selon un personnel pénitentiaire, il s'agit d'une lame d'une quinzaine de centimètres qu'il a "lui-même usinée". Les deux victimes ont reçu une prise en charge psychologique.

La prise d'otage, qui s'est produite mardi matin à 10H15, a pris fin à 14H00. La surveillante avait été libérée "volontairement" vers midi et son collègue l'a été après intervention du Raid, le preneur d'otage ayant alors "accepté volontairement de se rendre", a indiqué le procureur de la République d'Alençon François Coudert, lors d'une conférence de presse.

Il a précisé que le détenu était arrivé le 17 septembre dans l'établissement normand.

Selon le ministère, le détenu a réussi à ouvrir plusieurs portes de cellules.

- "ultrasécurisé sur le papier" -

De sources syndicale et policière, le preneur d'otages est Sofiane Rasmouk. Cet homme athlétique, diagnostiqué "psychopathe" lors d'un procès, a été condamné dans des affaires de viols, tentative de meurtre, vols, trafic de stupéfiants, outrages ou dégradations.

En septembre 2017, une peine de réclusion criminelle à perpétuité pour viol, tentative de viol et tentative de meurtre de deux jeunes femmes en 2013 avait été confirmée alors qu'il était en semi-liberté. La cour d'assises avait fait passer la mesure de sûreté de 18 à 22 ans.

Selon le procureur, il avait par ailleurs "déjà dans le passé été condamné pour des faits de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique dans un lieu de détention précédent". 

Interrogé par l'AFP, Me Francis Terquem, un de ses anciens avocats, a décrit "un taureau, une bête de la nature", un homme "incapable de gérer la moindre frustration".

Le centre pénitentiaire de haute-sécurité de Condé-sur-Sarthe, ouvert en janvier 2013, a connu plusieurs incidents graves alors qu'il est l'un des plus récents et modernes de France.

"Sur le papier, Condé est ultrasécurisée mais les moyens annoncés ne sont pas au rendez-vous", a déclaré à l'AFP Joseph Rousseau, secrétaire interrégional FO. "Nous attendons une arme incapacitante, des pistolets à impulsion électrique et la direction n'est pas du tout axée sur le sécuritaire".

Eric Dupond-Moretti s'est entretenu à ce sujet avec le personnel pénitentiaire qui a présenté "un certain nombre de revendications". Il s'est engagé à donner aux surveillants "une réponse rapide et la plus constructive possible".

En mars 2019, Michaël Chiolo, avait agressé deux surveillants avec un couteau en céramique. L'assaillant s'était ensuite retranché avec sa compagne pendant près de dix heures dans l'unité de vie familiale (UVF) de l'établissement. Après des tentatives de négociations, les forces d'élite de la police avaient lancé l'assaut, blessant l'assaillant et tuant sa compagne. 

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