Condé-sur-Sarthe: les surveillants refusent de prendre leur service

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La prison de Conds-sur-Sarthe le 6 mars 2019
La prison de Conds-sur-Sarthe le 6 mars 2019
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© AFP, JEAN-FRANCOIS MONIER

AFP, publié le mercredi 12 juin 2019 à 12h00

Une cinquantaine de surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) refusent mercredi de prendre leur service et manifestent devant l'entrée de l'établissement au lendemain de la prise d'otages de deux surveillants par un détenu, a constaté un correspondant de l'AFP.

"On a décidé de ne pas prendre le service ce matin à 7H00, l'équipe de nuit est toujours à l'intérieur", a déclaré à l'AFP Frédéric Eko, membre du Snepap-FSU. "Nous demandons plus d'écoute, car nous savions que ce détenu allait passer à l'acte, il avait changé de comportement et nous avions fait remonter l'information. Pourtant, il était classé auxiliaire, c'est-à-dire qu'il aidait à servir les repas, à faire le nettoyage, tout cela pour acheter la paix sociale", a ajouté le syndicaliste.

Contactée par l'AFP, l'administration pénitentiaire a indiqué qu'une partie des personnels présents était venue "suite à ce qui s'est passé mardi" tandis qu'une autre  "devait prendre son service et ne l'a pas fait". "Il n'y a pas de blocage de l'établissement", a-t-elle toutefois précisé.

La prise d'otages s'est déroulée mardi soir, trois mois après l'attaque de deux surveillants par un détenu radicalisé, qui avait provoqué un vaste mouvement social dans les prisons françaises.

Le détenu, Francis Dorffer, "armé visiblement d'une arme artisanale, un pic", selon une source syndicale pénitentiaire, a retenu pendant près de cinq heures dans sa cellule un surveillant et une stagiaire. Libérés en deux temps, avant et après minuit, les personnels pénitentiaires sont sains et saufs. Le détenu s'est rendu vers 0H30. 

Libérable en 2060, Francis Dorffer, né en 1984, est associé à au moins cinq autres prises d'otages. Classé "DPS" (détenu particulièrement signalé) et connu pour des troubles psychiatriques, il "n'est pas incarcéré pour des faits de terrorisme", selon l'administration pénitentiaire.

"On nous demande de faire remonter toutes les informations auprès de la direction mais cela n'est pas suivi de mesures. Quand un détenu est susceptible de passer à l'acte, nous voulons qu'il soit isolé des autres", insiste Frédéric Eko, qui demande des "réponses concrètes de la direction" et déplore que le matériel qui devait être livré ne l'ait été "qu'en partie" ou alors sans formation. 

"C'est comme si on donnait une arme à un agent et qu'on lui disait de se débrouiller avec, c'est de la négligence", assure le syndicaliste.

"Cela devient récurrent dans cet établissement qui est anxiogène. C'est comme si tout le monde s'attendait à ce qui s'est passé hier. On est perdus, on est paumés", a regretté de son côté Alassane Sall, de FO-pénitentiaire, pour qui "les leçons n'ont pas été tirées". 

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