Condamnation unanime après des tags racistes sur un centre culturel musulman à Rennes

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Des employés municipaux repeignent les murs extérieurs du centre culturel islamique Avicenne après des tags anti-musulmans, le 11 avril 2021 à Rennes
Des employés municipaux repeignent les murs extérieurs du centre culturel islamique Avicenne après des tags anti-musulmans, le 11 avril 2021 à Rennes
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© AFP, JEAN-FRANCOIS MONIER

publié le dimanche 11 avril 2021 à 20h57

"Les croisades reprendront", "Charles Martel sauve nous": des tags anti-musulmans découverts dimanche matin sur les murs extérieurs du centre culturel islamique Avicenne de Rennes ont provoqué un concert de condamnations, certains dénonçant même un "climat antimusulman".

"A deux jours du mois de Ramadan, les fidèles retrouvent leur mosquée taguée avec des phrases obscènes", a déploré auprès de l'AFP Mohammed Zaidouni, le président du conseil régional du culte musulman. "Nous sommes les enfants de la République et nous nous retrouvons avec la haine la violence et la barbarie", a-t-il ajouté.

Le gardien puis les fidèles ont découvert ces tags dimanche vers 06H00, lors de la prière du matin. "Non à l'islamisation", "Vive le Roy", "Mahomet prophète pédophile", "les croisades reprendront", "Charles Martel sauve nous", "France éternelle", "catholicisme religion d'Etat", "Allah faux dieu" ou "EELV=Traîtres", pouvait-on lire sur des photos transmises par le parquet.

Des croix chrétiennes, le chrisme ou une fleur de lys ont été également tagués sur les murs du centre Avicenne.

Une enquête pour "dégradations à raison de l'appartenance à une religion" a été ouverte par le parquet de Rennes et confiée à la sûreté départementale de Rennes. La peine encourue est de 4 ans de prison et 30.000 euros d'amende.

"Le parquet de Rennes (...) portera une attention toute particulière à l'enquête tendant à identifier et sanctionner le ou les auteurs de ces faits", a assuré le procureur de Rennes Philippe Astruc dans un communiqué, évoquant des faits "qui portent une atteinte symbolique grave" et "viennent troubler l'exercice paisible du culte".

"Les fidèles étaient choqués par de telles obscénités. C'était violent. Notre communauté musulmane est vraiment triste", a raconté M. Zaidouni, tout en appelant à "rester unis".

"Il y a certains qui cherchent à semer la zizanie en France et nous sommes dans le devoir de préserver le pays. On va s'unir tout à l'heure pour que Dieu préserve notre pays, la France, car il n'y a pas pire que la discorde au sein d'un pays", a-t-il ajouté.

"Les nombreuses inscriptions anti-musulmanes sur les murs de la mosquée Avicennes de Rennes sont inacceptables. Toute ma solidarité avec les musulmans de notre pays", a réagi sur Twitter le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui doit se rendre sur place à 18H00.

"Ces actes n'ont pas leur place en France, ils n'ont pas leur place à Rennes. Tout mon soutien aux Rennais et particulièrement aux fidèles choqués par ces actes indignes", a twitté la maire PS de Rennes Nathalie Appéré.

"Faire le lit des haines ne produit que plus de haine", a dénoncé Sandra Régol, numéro deux d'EELV.

La sénatrice LR Valérie Boyer a parlé de "honte" aux responsables de ces actes tandis que le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a dénoncé un "inacceptable vandalisme sectaire".

Le député de La France Insoumise Alexis Corbière a lui estimé que ces faits étaient "le résultat d'une ambiance détestable produite par certains".

"L'histoire récente nous apprend que les débats enflammés autour de l'islam ont souvent été accompagnés d'une recrudescence d'actes antimusulmans", a aussi pointé Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) dans un communiqué. "Force est de constater que certains débats autour du projet de loi de lutte contre +les séparatismes+ ont malheureusement servi de tribunes pour des haineux de tous bords", a-t-il ajouté.

"Il y a actuellement un climat anti-musulman en France que nous dénonçons avec force. Malheureusement, les déclarations de certains hommes politiques ne font qu'attiser ce climat", a déclaré à l'AFP Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national de lutte contre l'islamophobie.

A Nantes, la porte d'une mosquée a été détruite par un incendie dans la nuit de jeudi à vendredi, tandis qu'un homme de 24 ans revendiquant des idées néo-nazies a été mis en examen vendredi pour avoir menacé de s'en prendre à la mosquée du Mans.

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