Complotistes, anti-vaccins, opposés à Emmanuel Macron, plutôt éduqués... Qui sont les anti-masques ?

Complotistes, anti-vaccins, opposés à Emmanuel Macron, plutôt éduqués... Qui sont les anti-masques ?
Une étude publiée lundi dresse le portrait des anti-masques en France

, publié le lundi 07 septembre 2020 à 07h52

La fondation Jean-Jaurès s'est penchée sur la question et publie une première étude dressant le portrait-robot de ces militants atypiques.

La fondation Jean-Jaurès publie ce lundi 7 septembre une étude sur les anti-masques en France. Le chercheur en sociologie Antoine Bristielle a mené ce travail, fondé sur un peu plus d'un millier de réponses à un questionnaire en ligne.

L'étude analyse aussi les arguments avancés par les anti-masque : il serait "inutile", voire "dangereux", et l'épidémie de Covid contre laquelle il est conseillé serait terminée ou n'aurait jamais existé. Enfin, l'obligation de porter le masque dans les espaces publics clos partout en France, et dans les rues de certaines villes, serait un moyen "d'asservir la population, de la priver de sa liberté".



Seuls 2% des sondés font confiance à Emmanuel Macron

"Si ces quatre arguments se heurtent méthodiquement à l'ensemble des faits scientifiques, ils en disent néanmoins déjà beaucoup sur le profil des individus qui les développent : défiance institutionnelle, refus des contraintes, croyance dans les thèses complotistes", note le chercheur.

Ainsi, 90% des répondants pensent que "le ministère de la santé est de mèche avec l'industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins", contre 43% de la population. Seuls 2% des sondés font confiance à Emmanuel Macron, contre 34% des Français. Les hôpitaux, eux, ne récoltent la confiance que de 53% des personnes interrogées alors que 82% des Français leur font confiance.

Deux tendances se dégagent : un appétit pour les thèses complotistes et une défiance immense envers les institutions. D'habitude, selon la littérature scientifique, cela correspond à des "'individus plutôt jeunes et appartenant aux classes populaires", souligne l'étude.

63% de femmes

Or, ici, les femmes sont surreprésentées (à près de 63%), l'âge moyen est relativement élevé, "cinquante ans", et le niveau d'éducation est "assez haut", avec en moyenne des personnes ayant obtenu un diplôme de niveau Bac +2.

Parmi ces militants en ligne, "les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 36%", selon l'étude, "alors que leur poids n'est que de 18% dans l'ensemble de la population française". Quant aux ouvriers et employés, ils "ne représentent que 23% des anti-masques interrogés, soit la moitié de leur poids réel dans la population française". Un profil atypique qui s'explique par l'adhésion de nombre d'entre eux à un courant de pensée anglo-saxon, peu représenté en France : le libertarisme.

Libertaires et populistes

"Ce qui caractérise le mieux les anti-masques présents sur les réseaux sociaux", décrypte auprès de l'AFP Antoine Bristielle, c'est leur "adhésion au libertarisme". 95% pensent que le gouvernement s'immisce beaucoup trop dans notre vie quotidienne. Ce courant de pensée est caractérisé avant tout par un refus très fort de tout contrainte de l'Etat et un attachement tout aussi fort aux libertés individuelles.

Politiquement, le profil de ces anti-masques est lui aussi singulier : au premier tour de l'élection présidentielle de 2017, "18% se sont abstenus, 14% ont voté blanc ou nul et 10% n'étaient même pas inscrits sur les listes électorales". Soit un total de plus de 40% de personnes qui ne se sont pas prononcées, contre moins de 25% au niveau national. Ce rejet "des institutions et des partis politiques classiques se traduit également par des attitudes populistes", note Antoine Bristielle. 

Quant à ceux acceptant de se positionner sur une plus classique opposition droite/gauche, ils sont 36% à se dire de gauche, contre 46% de droite. Des chiffres comparables, selon Antoine Bristielle, à ceux que l'on trouve chez les soutiens du professeur Didier Raoult, dont le profil sociologique est également comparable.

Un public, souligne le chercheur, rarement enclin à manifester. A Paris, fin août, ils n'étaient qu'une poignée place de la République à protester contre le masque.

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