Clap de fin pour Vittel Events, agence d'événementiel emportée par le Covid-19

Clap de fin pour Vittel Events, agence d'événementiel emportée par le Covid-19
Entrepreneure depuis 15 ans, Caroline Guery vient de se résoudre à rédiger un CV et chercher du travail. Codirigeante de Vittel Events, une agence d'événementiel des Vosges, la crise sanitaire a été fatale à son entreprise, ...

, publié le jeudi 25 février 2021 à 13h44

Entrepreneure depuis 15 ans, Caroline Guery vient de se résoudre à rédiger un CV et chercher du travail. Codirigeante de Vittel Events, une agence d'événementiel des Vosges, la crise sanitaire a été fatale à son entreprise, placée en liquidation judiciaire.

En l'espace de douze mois, son activité a quasiment été réduite à néant : finie l'organisation de séminaires et d'événements pour des collectivités ou des entreprises, malgré la présence de clients prestigieux, comme la Société Générale, Peugeot ou encore la SNCF, dans son portefeuille.

"On a perdu 95% de notre chiffre d'affaires", explique l'énergique dirigeante de 38 ans, cheveux-mi longs et lunettes à monture de bois sur le nez.

Mme Guery se souvient de la date où les choses ont commencé à dérailler pour cette TPE créée en 2013 et qui n'avait connue que des années de croissance jusque-là.

"C'était le 22 février 2020", raconte-t-elle dans ses locaux quelque peu dérangés par la nécessité de quitter prochainement les lieux. Ce jour-là une multinationale étrangère, propriétaire de plusieurs usines en France, lui annonce qu'elle annule la tenue d'un événement qui devait réunir 400 collaborateurs, craignant que le PDG du groupe ne reste bloqué dans l'Hexagone en raison des restrictions de déplacement.

- "Quelque chose de catastrophique" -

"A partir de là, je me suis rendue compte qu'on allait vers quelque chose de catastrophique". Dans les semaines qui suivent, son téléphone sonne sans arrêt : des clients renoncent aux prestations qu'ils avaient sollicitées, alors que tous les rassemblements, à caractère professionnel ou festif, sont interdits. Peu à peu, c'est le planning prévisionnel de toute une année de travail qui se vide.

Pour tenir, l'entreprise souscrit aux aides publiques : 1.500 euros par mois pendant le premier confinement, puis 10.000 euros à l'automne. De quoi "payer les charges", précise Caroline Guery. "Mais ça ne permet pas de penser à l'avenir". 

Hors de question, en revanche, de contracter un prêt garanti par l'Etat (PGE). "Mon but n'est pas de venir travailler pendant X années pour rembourser l'Etat, de s'endetter alors qu'on n'avait aucune visibilité !".

Sur le plan personnel, la situation se tend : dès la fin février, Caroline et son associé décident de ne plus se payer, pour limiter les sorties d'argent au minimum. Sans revenu, la dirigeante s'inscrit au RSA. 

"Quand vous allez faire les démarches sur le site de la CAF, alors que ça fait 15 ans que vous êtes cheffe d'entreprise, je peux vous dire que ce n'est pas un moment agréable", se remémore-t-elle. "Mais vous n'avez pas le choix, vous vous dites que vous avez cotisé pendant des années, que c'est à votre tour de saisir les mains tendues".

Ce qui va véritablement condamner l'entreprise, c'est le manque de perspective à moyen terme. "On a des clients, des sociétés d'envergure nationale, qui nous ont annoncé n'avoir aucun budget pour l'événementiel en 2021 et 2022, alors qu'ils nous commandaient une quinzaine de prestations par an", raconte Mme Guery, dépitée. "On a conscience que l'événementiel, c'est le premier budget qui saute dès que ça coince un peu". 

- "Décision douloureuse" -

Alors il a fallu prendre "la bonne décision, même si elle est douloureuse". Le 2 février, le tribunal de commerce d'Epinal a prononcé la liquidation judiciaire. Un huissier est passé faire l'inventaire des biens qui pourraient être vendus pour rembourser les créanciers, mais personne ne sait s'ils trouveront preneurs dans la période actuelle.

De toute cette expérience, Caroline Guery veut surtout retenir "le positif", mais elle garde un souvenir amer du "manque d'écoute" des pouvoirs publics. 

"J'ai le sentiment qu'on ne nous a pas fait confiance, comme si on ne savait pas faire notre métier. Quand je vois les restaurants, les bars, toutes les entreprises qui ont investi dans un protocole sanitaire et qui restent fermées, je pense qu'il y aurait pu y avoir d'autres solutions".

Même si, paradoxalement, les défaillances d'entreprises sont au plus bas, le cas de Vittel Events faisant encore figure d'exception, les PME et TPE sont "sous perfusion", souligne-t-elle.

"L'avenir est tellement incertain... quand j'ai annoncé la liquidation à nos fournisseurs, plus de la moitié d'entre eux m'ont répondu : +On sera certainement les prochains+".

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