Cigarette électronique : près de deux tiers des utilisateurs fument toujours en parallèle

Cigarette électronique : près de deux tiers des utilisateurs fument toujours en parallèle
Un magasin de cigarettes électroniques (illustration).

, publié le mercredi 28 octobre 2020 à 14h00

Parmi ces "vapoteurs fumeurs", moins d'un sur deux sont des fumeurs quotidiens. Parmi les 37% de "vapoteurs exclusifs", 34% sont d'anciens fumeurs.

Qui sont les vapoteurs ? Alors que 34,7% des 18-75 ans avaient déjà essayé l'e-cigarette et 5,3% l'utilisaient en 2018, dont 3,8% quotidiennement, selon les données du Baromètre Santé publique France de 2018, l'institut de sondage BVA a réalisé une enquête* à la demande de l'Anses pour lui donner "des informations précises sur les habitudes de consommation" et sur les produits et dispositifs utilisés "pour in fine mieux évaluer les risques liés aux substances qu'ils peuvent utiliser". "Les questions centrales sur la toxicité des produits, leurs effets à long terme, l'efficacité en tant que méthode de sevrage tabagique ou encore l'effet passerelle du vapotage vers le tabac" ont peu avancé ces dernières années, souligne l'agence sanitaire.



Selon les résultats diffusés mercredi 28 octobre, 63% des vapoteurs sont ainsi des "vapoteurs fumeurs", dont 43% sont des fumeurs quotidiens, c'est-à-dire qui consomment au moins une cigarette par jour. Parmi les 37% de "vapoteurs exclusifs", 34% sont d'anciens fumeurs, tandis que 3% indiquent n'avoir jamais fumé ou une fois seulement "pour essayer".

L'enquête montre également que les trois quarts des vapoteurs utilisent leur cigarette électronique tous les jours et qu'une majorité d'entre eux (58%) vape depuis "au moins deux ans". Seulement un tiers (36%) des utilisateurs de cigarettes électroniques ont l'intention de moins vapoter ou d'arrêter de vapoter dans les 12 prochains mois.

Parmi les principales raisons invoquées pour l'utilisation de la cigarette électronique, 68% déclarent l'utiliser pour arrêter de fumer.

Les trois quarts des vapoteurs estiment d'ailleurs que la vape est "le moyen le plus efficace pour arrêter de fumer", mais 84% jugent qu'"on peut devenir dépendant à la cigarette électronique". Le sondage met aussi en évidence que plus du tiers des vapoteurs utilisent des produits sans nicotine, dont 21% exclusivement, et qu'un tiers déclarent fabriquer exclusivement ou souvent leur "e-liquide", dont plus de 60% pour des raisons économiques.

Autres raisons invoquées pour l'utilisation de la cigarette électronique : "cela revient moins cher" que les cigarettes, indiquent 36% de vapoteurs, et la cigarette électronique est "meilleure pour la santé" que le tabac, d'après 30% des vapoteurs. Globalement, 70% des vapoteurs pensent que la cigarette électronique est "moins nocive" que le tabac, 23% "aussi nocive" et 7% "plus nocive".

Cette enquête a été publiée en parallèle d'un panorama inédit des substances contenues dans les produits du tabac et du vapotage par l'Anses. Cette base de données recense toutes les substances contenues dans les produits du tabac et du vapotage vendus en France. "On est la première agence européenne qui rend disponible l'intégralité de ces informations", qui doivent obligatoirement être déclarées depuis 2016, s'est félicité auprès de l'AFP Matthieu Schuller, directeur de l'évaluation des risques de l'Agence nationale de sécurité sanitaire. Cette base de données, qui sera actualisée "de manière mensuelle", constitue une "première étape" avant "une évaluation des risques" éventuellement liés à chacune de ces substances.


"Concrètement, si je suis vapoteur ou vendeur d'e-liquides et si je veux me renseigner sur un produit, je vais commencer par vérifier s'il a bien été enregistré auprès de l'Anses (...). Je peux ensuite consulter ses ingrédients majoritaires tels que déclarés et je peux enfin regarder si l'Anses a relevé des écarts dans la déclaration du fabricant pour ce produit", a précisé l'agence sanitaire. 

De fait, près de 4% des produits du vapotage vendus sur le marché français (3,3% à 4,2% selon l'année) ont déclaré au moins un ingrédient interdit car cancérogène, susceptible de favoriser les mutations génétiques (mutagène) ou toxique pour la fertilité ou le développement du foetus (reprotoxique). Dans les produits du tabac (cigarettes, tabac à rouler, cigares, tabac chauffé...) cette proportion est comprise entre 0,4% et 1,4% selon les années, et environ 0,2% comportent d'autres ingrédients interdits (vitamines, caféine, taurine...). "Dans une moindre mesure (...) l'Agence a mis en évidence des non-conformités portant sur des émissions supérieures au seuil réglementaire pour certaines cigarettes ou une concentration trop élevée en nicotine dans certains produits du vapotage", ajoute l'Anses.

Les liquides de vapotage sont généralement composés de glycérine végétale et de propylène-glycol, qui servent de support de dilution, de nicotine à différentes concentrations, et d'arômes artificiels (jusqu'à 15 dans certains mélanges). On y trouve également parfois des sucres, des édulcorants, des acides et des extraits de plantes. Si ces substances sont couramment utilisées dans d'autres produits de consommation comme les aliments ou les cosmétiques, leurs effets lorsqu'ils sont chauffés et inhalés sont encore mal connus.

Les cigarettes électroniques sont souvent utilisées comme outil d'aide à l'arrêt du tabac, dont les effets néfastes sur la santé sont eux connus de longue date. Les craintes sur les risques liés au vapotage avaient été notamment alimentés par une crise de maladies pulmonaires sévères ayant fait 60 morts l'an dernier aux Etats-Unis. La cause a depuis été identifiée : un ingrédient ajouté pour couper les e-liquides au cannabis, l'acétate de vitamine E.

*Enquête BVA réalisée en ligne du 6 au 18 février 2020 auprès d'un échantillon représentatif de 1.000 vapoteurs, quotidiens ou occasionnels, âgés de 18 à 75 ans.
 

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