Christian, SDF et vedette de Twitter, son "journal de rue"

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 Christian Page photographié place Saint-Marthe, dans le nord-est de Paris, le 8 janvier 2018

Christian Page photographié place Saint-Marthe, dans le nord-est de Paris, le 8 janvier 2018

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© AFP, CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
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AFP, publié le mardi 09 janvier 2018 à 09h10

Son compte Twitter, suivi par plus de 19.000 personnes, est son "journal de rue": entre coups de gueule et coups de main, Christian, autoproclamé "SDF 2.0", y organise sa survie sans prétendre porter la parole de sans-abri que "plus personne ne défend".

Ce matin, Christian Page, 45 ans dont près de trois à la rue, est comme amputé: "La batterie est morte", lâche-t-il, pianotant sur son portable. "Je ne dis pas qu'il m'est vital... mais un peu quand même!"

C'est grâce à ce téléphone que, le jour de Noël, l'un de ses tweets a permis le retrait d'un dispositif anti-SDF - des barrières autour de grilles d'aération dégageant de l'air chaud - dans le nord de Paris.

Son message, partagé plus de 2.000 fois, a obligé la mairie de Paris à faire retirer l'installation deux jours plus tard. "Twitter, c'est pas une arme, mais c'est puissant", savoure ce néo-geek, reconnaissable à son bandana bordeaux et ses petites lunettes rectangulaires.

Depuis, les sollicitations médiatiques et le nombre de ses nouveaux abonnés vont crescendo. Christian, lui, relativise: "Concrètement, je suis toujours SDF".

"Dans une autre vie", ce natif de Versailles, qui a grandi en Suisse sur les bords du Lac Léman, était maître d'hôtel dans un restaurant du quartier cossu de la Madeleine (VIIIe), après une formation de sommelier. "Là bas, je servais Zlatan Ibrahimovic, Rafael Nadal, Jean Rochefort ou Sheila", énumère-t-il fièrement.

Mais un divorce en 2012 puis une dépression l'obligent à démissionner: "Je n'arrivais plus à sourire aux gens". Ses 545 euros de RSA ne lui permettent pas d'affronter quittances et factures qui s'accumulent jusqu'à son expulsion, en avril 2015.

Mais ce n'est qu'un matin de novembre 2016 que s'amorce sa popularité sur Twitter ( @Pagechris75). Ce jour-là, un employé de la Ville de Paris le réveille à l'aube à coups de jet d'eau glacée. Il n'a que six abonnés mais son tweet d'indignation lui vaudra "un sac de couchage tout neuf et les excuses d'Anne Hidalgo", affirme-t-il.

- 'Sentiment d'exister' -

Christian ne tweete pas uniquement pour déverser ses colères, mais aussi "pour demander un coup de main". Une sorte de "manche 2.0" pour celui qui refuse "le misérabilisme" de la mendicité classique.

"Toutes les fringues que j'ai sur moi, elles m'ont été données, la plupart via Twitter", affirme-t-il. Il en fait également profiter ses compagnons de galère, comme "ce copain dont les chaussures ne ressemblaient plus à rien".

Surtout, confronté à l'isolement et au rejet, le réseau social lui donne "le sentiment d'exister". "Le matin, je reçois des +Bonjour Christian+, des +bonne nuit+ le soir. Les petits messages, c'est peut-être bête, mais ça touche".

En 2018, il n'a dormi qu'une nuit dehors. Depuis quelques jours, il est hébergé chez une amie. Il n'a "pas envie de squatter" et ne reste jamais plus de deux semaines. Il reçoit des propositions de Laval, Lille ou Aix-en-Provence mais préfère Paris dont il est "tombé amoureux".

Pour Noël et le Nouvel An, un généreux hôte lui a laissé les clefs de son appartement dans le huppé XVIe arrondissement. L'été dernier, c'est l'humoriste de France Inter Guillaume Meurice qui lui a offert le gîte et le couvert: "C'est devenu un pote".

Malgré sa médiatisation croissante, Christian Page ne veut pas porter la parole des quelque 143.000 sans-abris de France, selon l'estimation de la Fondation Abbé-Pierre. "Si ma parole porte, ça me fait plaisir. Ça ramènera peut-être un sandwich à un SDF à l'autre bout de la France".

Il cherche les héritiers de l'Abbé Pierre, Coluche, Albert Jacquard ou Léon Schwartzenberg mais ne trouve "plus personne pour prendre fait et cause pour les SDF".

S'il profite de sa nouvelle notoriété pour relayer des "initiatives citoyennes", il n'a pas de mots assez durs pour "le Samu Social, Emmäus, les Restos du Coeur" qu'il qualifie de "supermarchés de la misère". "Vu leurs subventions et le nombre de SDF dehors, s'ils étaient efficaces, ça se saurait", enfonce-t-il.

Malgré tout, Christian reste optimiste, lui va "s'en sortir". Pour quelle nouvelle vie? "Tout peut arriver. Avec la chance que j'ai en ce moment, je devrais jouer à l'Euromillions!"

 
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