Charente-Maritime: une pollution d'origine inconnue interdit la plage d'Aytré

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"Baignade Interdite" indique le 19 mai 2018 un panneau placé à l'entrée de la plage d'Aytré (Charente-Maritime) en raison d'une pollution persistante dont personne n'arrive à détecter la cause.
"Baignade Interdite" indique le 19 mai 2018 un panneau placé à l'entrée de la plage d'Aytré (Charente-Maritime) en raison d'une pollution persistante dont personne n'arrive à détecter la cause.
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© AFP, XAVIER LEOTY

AFP, publié le lundi 21 mai 2018 à 10h17

Pas de courant, peu de vagues, abritée au fond d'une baie, la longue plage d'Aytré (Charente-Maritime), juste au sud de La Rochelle, a tout pour séduire le touriste, mais elle restera fermée tout l'été, victime d'une pollution persistante dont personne n'arrive à détecter la cause.

L'eau de mer de cette plage d'1,5 km de long est polluée par l'Escherichia coli, aussi appelée E. coli ou colibacille, et par l'entérocoque, deux bactéries intestinales très communes chez les mammifères, y compris l'être humain.

Depuis un durcissement de la législation française il y a cinq ans abaissant le seuil de tolérance à 1.000 bactéries pour 100 ml d'eau, cette pollution épisodique a déjà contraint le maire de la petite commune de 9.000 habitants à signer des arrêtés temporaires d'interdiction de baignade.

En 2017, "la plage a été fermée au moins un mois", rappelle l'édile PS Alain Tuillière. Mais cette année, la mort dans l'âme, il s'est résolu à interdire la baignade tout l'été, privant sa commune d'une importante source de revenus. Sinon, dit-il, la préfecture s'en serait chargée.

L'élu a tout tenté pour trouver les raisons de cette pollution, mais le mystère reste entier.

"La qualité des eaux de baignade est suivie depuis les années 1980 à Aytré comme ailleurs, rappelle Frédéric Le Rallier, responsable du pôle public et santé environnementale de l'Agence régionale de santé (ARS) à La Rochelle. Mais Aytré est la seule commune de Charente-Maritime à avoir encore des problèmes".

"Je ne sais même plus combien nous avons pu mener d'études depuis les années 2000", soupire Jacques Garel, ancien adjoint au maire chargé du patrimoine. "Nous avons multiplié les recherches, les études et les observations avec la communauté d'agglomération de La Rochelle et le département. On a contrôlé tout ce qui vient de terre, du sous-sol et de la mer. On n'a rien trouvé".

- Même les mouettes -

Réseau d'assainissement, réseau pluvial, nappe phréatique, marais humide et campings ont été vérifiés. Même les maisons qui bordaient la plage avant le passage de la tempête Xynthia, rachetées par l'Etat et rasées depuis, mais aucune pollution n'a été mise en évidence. De plus, "il s'agit d'un phénomène aléatoire", relève le maire.

Mystère supplémentaire, la consommation des huîtres élevées dans la baie n'a jamais été remise en cause. "On n'a reçu aucune alerte des services vétérinaires", dit Frédéric Le Rallier.

Les pistes les plus improbables ont aussi été explorées: à trois km au nord, le port de plaisance de La Rochelle, le plus grand d'Europe, a été un temps dans le collimateur. "Mais le cône de déjection créé par les courants passe plus au large", soupire le vice-président de l'Agglomération rochelaise en charge du tourisme, Jean-Louis Léonard (LR). "Aucune pollution particulière n'a été constatée dans son chenal d'accès."

Même les mouettes ont été soupçonnées: l'entrée de la baie d'Aytré leur sert de zone de repos et l'origine du colibacille serait "plutôt d'origine animale", pense l'élu. Mais aucune étude ne démontre formellement la culpabilité des volatiles. "D'autant que des pics de pollution ont été mesurés quand elles n'étaient pas là."

La municipalité et l'agglomération ne désarment pas. La qualité de la vase qui recouvre la baie d'Aytré va être étudiée pendant trois ans par des universitaires de La Rochelle.

Car de plus en plus de regards se tournent vers le profil géographique de cette baie, très plate, très vaseuse, où les courants entrent peu et renouvellent peu l'eau de mer. "Dans le nord de la France, il existe des cas de pollution similaires, sur des plages très plates", souligne ainsi le responsable de l'ARS.

"Il faut trois années de relevés positifs pour rouvrir une plage", relève Frédéric Le Rallier. "La baignade pourrait être ré-autorisée en 2021".

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