Ces parents qui décident de faire l'école à la maison

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 Le nombre d'enfants scolarisés à domicile a quasiment doublé entre 2008 (13.500) et 2015 (près de 25.000)

Le nombre d'enfants scolarisés à domicile a quasiment doublé entre 2008 (13.500) et 2015 (près de 25.000)

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AFP, publié le mardi 21 novembre 2017 à 09h10

Vendredi, 15H00. Alors que des millions d'élèves sont en classe, une vingtaine d'enfants jouent dans un square parisien. Pour eux, l'école c'est quand ils veulent et "à la maison", un choix qui s'explique souvent par une déception ou une méfiance envers l'institution.

Une quarantaine de familles se retrouvent chaque fin de semaine dans ce jardin du centre de Paris, où les enfants s'amusent en groupe et les parents discutent. Leur point commun: ils pratiquent l'instruction à domicile. 

Un choix qui séduit des parents déçus de l'école, méfiants vis-à-vis de l'institution, contraints par la maladie ou le handicap de leur enfant, ou encore pour des raisons confessionnelles.

Ils ont cette liberté: en France, c'est l'instruction qui est obligatoire, pas l'école. Seule une infime minorité de petits Français en âge d'aller en classe est aujourd'hui concernée (0,3%) par ce mode d'enseignement. Mais le nombre d'enfants scolarisés à domicile a quasiment doublé entre 2008 (13.500) et 2015 (près de 25.000).

La déscolarisation se fait parfois en cours d'année, parce que l'enfant est "en souffrance". Virginie raconte que son fils de 5 ans, inscrit en maternelle, faisait "des cauchemars", ne supportait pas les bagarres dans la cour de récré, devenait lui-même agressif. 

"On a longuement réfléchi, on s'est dit qu'il n'avait pas besoin d'être en collectivité si c'était trop difficile pour lui", confie-t-elle. Déscolarisé depuis quelques mois, le changement est "miraculeux", se félicite cette mère, convaincue que "de nombreux enfants ne sont pas heureux à l'école".

Parfois, les enfants n'y mettent pas les pieds avant l'adolescence.

Jean-Paul Boulet a fait l'amère expérience de l'échec scolaire avec ses deux fils, pour des raisons différentes: "l'un était précoce et s'ennuyait en cours", "l'autre ne suivait pas en classe". Lorsqu'il a eu sa fille, il s'est dit avec sa femme qu'elle ne "passerait pas par là".

Après avoir regardé des écoles aux méthodes alternatives type Montessori, qu'ils jugent "trop chères", c'est une publicité dans leur région (Pyrénées orientales) qui les a décidés à faire les cours à la maison.

- "On apprend avec la vie" -

Quand la fillette était au niveau primaire, ils consacraient moins de deux heures par jour à la faire travailler, et ajoutaient aux leçons des "activités parascolaires en pagaille" (sport, activités artistiques, sorties culturelles..).

Une fois au collège, ils ont utilisé les cours par correspondance. "Je faisais des chantiers, ma femme de la comptabilité à distance. Nous étions tous les deux très disponibles", concède-t-il. Une condition indispensable pour choisir ce mode d'éducation. 

Sa fille a désormais réintégré un lycée, avec plaisir, "parce qu'elle en avait envie", explique-t-il. "Elle savait qu'elle pouvait décider d'arrêter si ça ne lui plaisait pas".

Chaque année, un inspecteur vérifie que le socle commun de connaissances est acquis. Si certains parents imposent à leurs enfants des horaires de travail, un peu comme à l'école, d'autres profitent des activités du quotidien pour les instruire. "On apprend avec la vie, mais ce n'est pas du travail: par exemple on fait des maths en cuisinant un gâteau", explique Hortense, 12 ans. 

Elle considère comme une "chance" de ne pas aller à l'école: "on n'est pas stressé et on a le choix dans ses activités". "Elle ne passera le bac que si elle en a envie", appuie sa mère. 

C'est aussi "le système" qui est rejeté par ces familles, au bagage culturel souvent élevé, et en quête d'une philosophie éducative différente. "Je pense qu'il est difficile aujourd'hui d'être motivé par l'école", lâche Caroline Pinet, mère de huit enfants instruits à domicile, qui avait pourtant fait des études pour devenir enseignante, et est mariée à... un prof.

"Formatage, esprit de compétition... Je ne voyais pas l'intérêt de mettre mon enfant à l'école", confie de son côté Manon, qui n'a elle-même fréquenté les bancs de l'école que cinq jours dans sa vie. Pianiste, elle explique avoir fait ce qu'elle avait envie et espère bien qu'il en sera de même pour son fils de 5 ans.

 
31 commentaires - Ces parents qui décident de faire l'école à la maison
  • Tous les enfants qui font l'école à la maison passent moins de temps à s'ennuyer et retiennent plus de choses qu'un enfant scolarisé!!! La scolarité à la maison est une bonne chose et les enfants ont une vie sociale, des amis!!! Ils profitent de tous les instants pour enrichir leurs expériences et si ils sont fatigués, ils peuvent se reposer!!! Qui d'entre nous peux dire, je me souviens des années d'apprentissage au primaire et j'étais épanoui? ça n'a pas changé aujourd'hui, retournez sur les bancs de l'école, c'est long et monotone!!! Les enfants qui font l'école à la maison sont plus ouverts, n'ont pas de problèmes relationnels et surtout ils ne sont pas formatés, c'est un plaisir d'écouter ces enfants "philosopher", penser par eux-mêmes!!!!

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    Taigalune  (privé) -

    C'est tout à fait exact .
    A la condition que ce soit fait correctement et sérieusement

  • Des parents peuvent avoir plusieurs raisons pour scolariser leur(s) enfant(s) à domicile :
    * le niveau des connaissances transmises leur semble trop faible;
    * l'environnement et l'ambiance ne leur plaisent pas et éventuellement, l'enfant est brimé par ses camarades;
    * l'enfant présente un handicap mal pris en compte par l'institution;
    * ils dénoncent une idéologie de l’École qui ne concorde pas avec la leur.

    Après les motivations, il faut aussi voir les effets. L'article présente quelques cas de réussite, mais les réactions sont partagées.
    La première difficulté réside dans les compétences et la disponibilité des parents. Certes, un couple cultivé et ayant du temps libre enseignera aisément à ses enfants jusqu'à la fin du Primaire, mais les difficultés commenceront au Collège, et pas seulement à cause des contenus à maîtriser; par exemple, un logement est rarement équipé de matériel de TP pour les SVT ou la Physique.
    Les conflits avec les pairs, tant qu'ils restent raisonnables, participent à la formation de la personnalité. Sauf s'il peut s'installer à son compte ou vivre de ses rentes, l'enfant devenu adulte devra s'accommoder des volontés de son employeur et des frictions avec ses collègues; il est probablement difficile d'apprendre cela à 18 ou 20 ans, ou en trois ou quatre heures par semaine dans un club sportif.
    Le risque de "formatage" par le système éducatif est bien moindre que par les parents. En général, un élève du Primaire change de "maître" tous les ans (ou presque) et il a plusieurs professeurs en Secondaire. Même si certains ont quelques "dadas", tous n'ont pas les mêmes; Antoine Polochon, le "prof d'Histoire" qui ne s'intéresse qu'à Napoléon, est un personnage de BD sans équivalent réel et un "prof de Maths" passionné par la Géométrie synthétique ne fera pas l'impasse sur le calcul algébrique.
    L'apprentissage par la vie pratique amplifie le principal défaut de la pédagogie de projet : l'enfant a la satisfaction de participer à des réalisations visibles, mais les tâches sont souvent les mêmes et en fin de compte, les apprentissages sont peu variés. La fillette de 12 ans qui "fait des maths" en préparant des gâteaux maîtrisera probablement la proportionnalité, mais elle n'apprendra ainsi ni les nombres premiers, ni le B-A-BA de la Géométrie.
    En fait, pour débattre sereinement, il faudrait disposer de statistiques sur ce que sont devenus à trente ans les enfants scolarisés à domicile.

  • L'école communale est pour ceux qui aiment la collectivisation de leur vie jusqu'aux cercueil.

  • ces parents sont souvent de milieux sociaux favorisés et cultivés et le summum pour ces gens là c'est la coupure bio ( ou tout du moins ils pensent que ça l'est ! ) , le lin, le chanvre, l' accouchement à la maison, les tisanes et les matelas de feuilles, pas de viande, pas d'œuf mais un peu d'herbe et j'en passe et des meilleures : j' habite un département " assez pommé " où nous les avons vu arriver par centaines et au bout de deux ou trois ans quand les voisins en ont eu ras le bol de les dépanner et que papas et mamans ont coupé les vivres : ils sont repartis et leurs gamins se sont retrouvés comme les autres dans le circuit de MR et MME tout le monde !

  • Copie conforme de la mode Étasunienne d'il y a dix ans... "Supers résultats" sur ma nièce expatriée... La pauvre totalement paumée dès qu'elle sort de son cocon.

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