Casa Nostra à Paris : «La vidéo des victimes est devenue virale dans le monde entier»

Casa Nostra à Paris : «La vidéo des victimes est devenue virale dans le monde entier»

Rue de la Fontaine-au-Roi (XIe). Le patron de Casa Nostra ne s'est pas présenté à son procès en appel, ce vendredi.

leparisien.fr, publié le vendredi 06 avril 2018 à 19h02

L'avocate générale a demandé en appel l'alourdissement de la peine infligée au patron du restaurant Casa Nostra (XIe), qui avait vendu la vidéo de ses clients, victimes d'une des attaques terroristes de 2015.

« 50 000 euros, adjugé, vendu ! Voilà les sinistres enchères auxquelles s'est livré Dimitri Mohamadi. En monnayant auprès du tabloïd britannique Daily Mail les images des clients affolés de sa pizzeria, Casa Nostra, prise pour cible par les terroristes du commando des terrasses, le 13 novembre 2015 ».

L'avocate générale de la cour d'appel de Paris a demandé ce vendredi, à l'issue d'un réquisitoire implacable, l'alourdissement des peines prononcées en première instance par le tribunal correctionnel, pour le gérant du restaurant et deux hommes qui l'ont aidé à réaliser, contre rémunération, la juteuse transaction : 15 000 euros d'amende et 6 mois de prison avec sursis pour Mohamadi, 6000 euros et 4 mois de détention avec sursis à l'encontre de son cousin et principal complice, et 1500 euros d'amende et un mois de d'emprisonnement avec sursis pour le troisième homme, un hacker sollicité pour « craquer » le film de vidéosurveillance de l'établissement, et le rendre exploitable par le Daily Mail.

« Parce que le malheur des cinq victimes (cinq clients filmés à leur insu, qui se sont constituées partie civile, NDLR) a été vendu et diffusé sans autorisation, dans une vidéo devenue virale à travers le monde », détaille la magistrate.

Un malheur devenu « commerce »Mais, dans la salle d'audience, le principal intéressé fait figure de grand absent : Dimitri Mohamadi n'a pas fait le déplacement. Son cousin non plus. Seul le hacker s'est présenté, et minimise considérablement son rôle : « Je ne les connaissais pas, on m'a juste demandé d'extraire la vidéo pour 1000 euros ».

En revanche, trois des jeunes parties civiles sont venues raconter, comme en première instance, le choc ressenti à la découverte de la vidéo du restaurant de la rue de la Fontaine-au-Roi (XIe), qui est venue s'ajouter à l'horreur de l'attaque : « Aujourd'hui encore, je ne parviens pas à raconter au psychologue ce que j'ai vécu : je décris les images que j'ai vues de moi-même. Au lieu d'être actrice, je suis devenue spectatrice : j'ai été dépossédée. Je ne parviens pas à reconstruire mes souvenirs », souffle une jeune fille à la barre.

« Ce film, insiste son avocat, on ne pourra jamais le faire retirer... Partons du principe qu'il va être consultable pendant les cinquante prochaines années. Et cela fait évidemment partie du préjudice causé par ce business choquant. Imaginez la colère que l'on peut ressentir lorsque son propre malheur est l'objet d'un commerce ».

La cour rendra son arrêt dans les prochaines semaines.

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